Les forêts françaises continuent de s'étendre, mais sont en mauvaise santé

Les forêts françaises continuent de gagner du terrain, mais leur état de santé se dégrade. La mortalité des arbres a plus que doublé en vingt ans, notamment sous l'effet du changement climatique.

Les forêts couvrent environ un tiers du territoire métropolitain en France, un chiffre qui progresse d'années en années
Les forêts couvrent environ un tiers du territoire métropolitain en France, un chiffre qui progresse d'années en années

Les forêts françaises continuent de gagner du terrain, mais cette progression cache une réalité beaucoup moins encourageante.

Selon le dernier bilan de l'IGN, la mortalité des arbres a en effet été multipliée par 2,5 en seulement deux décennies, sous l'effet notamment du changement climatique et de la multiplication des épisodes de sécheresse et de fortes chaleurs.

Des forêts toujours plus nombreuses, mais des arbres de plus en plus fragiles

Les forêts couvrent aujourd'hui 17,7 millions d'hectares en France métropolitaine, soit près d'un tiers du territoire. Leur superficie continue par ailleurs de progresser, avec environ 100 000 hectares supplémentaires chaque année en moyenne sur les quinze dernières années. Une évolution qui pourrait sembler rassurante face au changement climatique, mais qui ne reflète pas nécessairement l'état de santé réel des arbres.

En effet, malgré cette progression, la mortalité forestière a fortement augmenté ces dernières années. D'après l'Inventaire forestier national, celle-ci atteignait en moyenne 18,1 millions de mètres cubes de bois par an entre 2016 et 2024, contre seulement 7,4 millions de mètres cubes entre 2005 et 2013. Autrement dit, les arbres meurent aujourd'hui beaucoup plus rapidement qu'il y a une vingtaine d'années.

Avec les sécheresses et les canicules touchant la France ces dernières années, les arbres deviennent plus vulnérables aux maladies et aux parasites
Avec les sécheresses et les canicules touchant la France ces dernières années, les arbres deviennent plus vulnérables aux maladies et aux parasites

Cette évolution s'explique notamment par la succession des sécheresses et des fortes chaleurs estivales en France, qui fragilisent progressivement les arbres. Privés d'une partie de l'eau dont ils ont besoin, ceux-ci deviennent plus vulnérables aux maladies et aux attaques de certains parasites. Les conditions climatiques plus chaudes peuvent notamment favoriser la prolifération d'insectes comme les scolytes, particulièrement problématiques pour certaines essences.

La plupart des espèces forestières sont désormais concernées, même si elles ne réagissent pas toutes de la même manière. Certaines sont touchées par des maladies spécifiques, tandis que d'autres semblent surtout souffrir de la répétition des sécheresses, des canicules et des autres aléas météorologiques. Une situation particulièrement préoccupante dans un contexte où les températures moyennes continuent d'augmenter.

Une capacité à stocker le carbone qui diminue

Cette dégradation de la santé des forêts ne concerne pas uniquement les arbres eux-mêmes. Elle affecte également leur croissance, avec une production biologique annuelle moyenne qui a diminué d'environ 8 % au cours de la dernière décennie par rapport à la période 2005-2013. La forêt française pousse donc moins vite alors même que sa superficie continue d'augmenter.

Cette situation a également des conséquences importantes sur le rôle joué par les forêts dans la lutte contre le changement climatique. En absorbant du CO₂ grâce à la croissance des arbres, les écosystèmes forestiers constituent en effet un important puits de carbone. Or celui-ci s'est nettement affaibli ces dernières années.

Entre 2016 et 2024, les forêts françaises ont ainsi séquestré en moyenne 39 millions de tonnes de CO₂ par an, contre 63 millions de tonnes entre 2005 et 2013. Cela représente une baisse d'environ 38 % en une décennie. L'IGN souligne néanmoins que ce puits de carbone aurait tendance à se stabiliser ces dernières années, un signe légèrement plus encourageant.

Et la situation pourrait s'avérer encore plus préoccupante dans les prochaines années. Le bilan publié par l'IGN porte en effet sur la période 2016-2024 et ne prend pas encore en compte les conséquences des canicules, des incendies et de la sécheresse historique observés durant l'été 2026. Les prochaines données permettront donc de mesurer plus précisément l'impact de ces conditions climatiques extrêmes sur les forêts françaises.

Une situation qui rappelle finalement que l'augmentation de la surface forestière ne suffit pas à garantir la bonne santé des forêts. Avec des températures plus élevées et des sécheresses de plus en plus fréquentes, leur capacité de résistance dépendra désormais autant de leur extension que de leur adaptation à un climat de plus en plus chaud.

Référence de l'article

GEO & AFP. (2026). Forêts : une mortalité qui a plus que doublé depuis 20 ans en France (IGN).