La France va-t-elle vraiment relancer l'exploitation d'hydrocarbures et les forages pétroliers en Outre-Mer ?

Lutte acharnée en vue entre le Sénat et le gouvernement français : alors que le premier vient de voter l'autorisation des forages pétro-gaziers en Outre-Mer, le second s'y oppose, au nom de l'écologie. De quoi s'agit-il concrètement ?

La "loi Hulot" a mis fin en 2017 à la recherche et à l'exploitation des hydrocarbures en France (photo d'illustration).
La "loi Hulot" a mis fin en 2017 à la recherche et à l'exploitation des hydrocarbures en France (photo d'illustration).

Par 227 voix pour, contre 105, le Sénat vient de voter ce jeudi 29 janvier une proposition de loi autorisant les forages pétroliers et gaziers en Outre-Mer. Un texte défendu par le sénateur de Guyane Georges Patient : pourquoi souhaite-t-il lever l'interdiction en vigueur depuis 2017 ? Pourquoi le gouvernement français y est-il opposé ? Revue de détails.

L'or noir à portée de forage ?

La proposition de loi portée par Georges Patient visait à lever dans les territoires d'Outre-Mer l'interdiction de l'exploitation des hydrocarbures. Celui-ci met notamment en avant le développement économique qui en résulterait pour la Guyane, alors que les Outre-Mer paient selon lui "le prix du dogmatisme écologique".

Il pointe du doigt le fait que malgré l'interdiction d'exploration en France, de nouveaux producteurs de pétrole ont émergé, comme la Guyana, le Sénégal ou la Mauritanie, et bientôt Chypre et le Suriname. Dans le même temps, précise-t-il, "le Danemark relance la production de son plus grand champ gazier, la Grèce et l'Italie lancent de nouvelles prospections en Méditerranée"...

Il estime inégalitaire le fait que toute la côte des Guyanes, du Venezuela jusqu'au Brésil, "regorge de pétrole, sauf la partie française". Le sénateur Horizons Vincent Louault, rapporteur du texte, accuse aussi le gouvernement en métropole de freiner le développement économique de la Guyane, alors que "cette proposition est une remontée du terrain qui doit se respecter", précise-t-il.

Alors que l'or noir est à portée de forage, selon Georges Patient, celui-ci juge ridicule que l'exploitation des propres ressources pétrolières de la Guyane soient interdite, alors que la France importe le pétrole produit à quelques kilomètres du département, parfois avec l'aide et l'argent de TotalEnergies.

Des dégâts sur les écosystèmes

Dès avant le début des débats au Sénat, le gouvernement, via la voix de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s'est opposé au texte. Celle-ci a même mis sa démission dans la balance, alors que sa collègue des Outre-Mer, Naïma Moutchou, soutenait la proposition de loi.

Monique Barbut défend son pragmatisme, en expliquant qu'aucun pays n'a fait le bonheur de sa population grâce au pétrole, et que "laisser croire qu'on va rendre plus riches les Guyanais grâce aux hydrocarbures est une idée contestable". Forer du pétrole au large de la Guyane allait dans tous les cas à l'encontre de la "loi Hulot", qui a mis fin en 2017 à la recherche et à l'exploitation des hydrocarbures en France.

La France tient donc sa parole fermement, en tant que première nation à avoir annoncé la fin de l'exploration des fonds marins. Mais y a-t-il vraiment des réserves de pétrole brut dans les fonds marins guyanais ? Selon Monique Barbut, "Total a foré pendant 10 ans et n'en a pas trouvé". Forer en mer causerait par ailleurs des dégâts irrémédiables sur les écosystèmes côtiers fragiles et sur la pêche au large, estime-t-elle.

Adoptée au Sénat ce jeudi, où la majorité est de droite, la proposition est encore loin d'être validée : elle devra pour cela être votée dans les mêmes termes par l'Assemblée nationale, si elle est inscrite à l'ordre du jour. Quasiment impossible, alors que les députés sont encore plus attachés que les sénateurs à la loi Hulot, dans le cadre de l'Accord de Paris. Que feront les deux députés de Guyane, Jean-Victor Castor et Davy Rimane ?

Références de l'article :

Le Parisien. "Le gouvernement ne veut pas de forages pétroliers en Outre-Mer", confirme la ministre de l'Écologie, Monique Barbut.

Politico. Le Sénat vote l'autorisation des forages pétrogaziers dans les outre-mer.