Changement climatique : le manchot royal s'adapte mieux que d'autres espèces, mais à quel prix ?

La plupart des espèces, qu'elles soient animales ou végétales, subissent les effets du changement climatique, notamment dans leur cycle de reproduction. Pour le manchot royal, il semble que les variations du climat aient joué en sa faveur, mais jusqu'à un certain point selon les scientifiques.

Le manchot royal semble plus résilient que d'autres espèces face au changement climatique.
Le manchot royal semble plus résilient que d'autres espèces face au changement climatique.

À ne pas confondre avec son cousin le manchot empereur, le manchot royal pond de plus en plus tôt ! En près d'un quart de siècle, sa période de reproduction a été avancée de dix-neuf jours, d'après une étude publiée dans Science Advances ce 11 mars.

Pour Gaël Bardon, ingénieur de recherche au centre scientifique de Monaco et co-auteur de l’étude, « un changement de cette ampleur est rare chez les animaux. Si on compare avec les passereaux, en Europe, par exemple, on peut généralement observer un changement de deux à trois jours maximum par décennie. »

Des données scientifiques exceptionnelles

Les scientifiques ont étudié une population de manchots royaux de l’archipel de Crozet, dans l’océan indien austral pendant 24 ans. « Depuis les années 2000, chaque année, nous plaçons une puce sous-cutanée sur 300 à 450 poussins », explique Céline Le Bohec, chercheuse en écologie au CNRS et co-autrice de l’étude, une collecte de données « exceptionnelles. »

Grâce à ces travaux approfondis, l'équipe de chercheurs a pu s’appuyer sur les données de vie de 17 000 manchots royaux. « Cette étude est d’intérêt général pour énormément de chercheurs. Nous disposons de peu d’observations de cette envergure sur ce genre d’espèce. Ces résultats vont permettre de confirmer, ou non, certaines théories », a réagit Camille Lemonnier, chercheuse en écologie à l’université de Gand en Belgique, qui n’a pas participé aux travaux.

Un cycle de reproduction en avance

Les chercheurs ont établi un lien entre la température de l’océan indien austral et la reproduction des manchots royaux. La hausse de la température de l'eau modifie la productivité du plancton, ce qui impacte la population de poisson, et in fine, des oiseaux qui se nourrissent de ces derniers.

Les manchots royaux se montrent donc résilients face au réchauffement climatique en adaptant leur calendrier de reproduction. Les scientifiques ont noté une hausse du succès reproductif avec une augmentation du nombre de poussins d’un an. Le taux de réussite reproducteur est ainsi passé d’environ 44 % en 2000 à près de 62 % en 2023.

Même si les résultats de cette étude s'apparente à une bonne nouvelle quant à la résilience de l'espèce, les chercheurs mettent en garde sur les limites de cette adaptation. Se reproduire plus tôt dans la saison expose aussi l'animal à d'autres risques comme les tempêtes hivernales et des ressources alimentaires moindres.

Pour Céline Le Bohec, « nous sommes encore dans un niveau de réchauffement qui permet l’adaptation. Mais si les conditions changent de manière plus drastique, ce ne sera pas viable. »

Références de l'article :

Libération, Biodiversité Les manchots royaux se montrent plutôt résilients face au changement climatique