Insolite : pourquoi des scientifiques ont-il drogué des saumons ?

Pourquoi des saumons sauvages ont été exposés à de la cocaïne et à de la benzoylecgonine ? Si cette étude scientifique peut paraître très étonnante, elle démontre pourtant une nouvelle conséquence de l'Homme sur la biodiversité.

Un groupe de saumons sauvages ont été exposés à de la cocaïne afin d'étudier des changements dans leurs comportements
Un groupe de saumons sauvages ont été exposés à de la cocaïne afin d'étudier des changements dans leurs comportements

Des scientifiques australiens et suédois ont étudié le comportement des saumons sauvages après avoir été exposés à de la cocaïne et ont obtenu des résultats étonnants. Mais pourquoi cette expérience a-t-elle été menée ?

Une expérience étonnante

Ce lundi 20 avril 2026, des chercheurs de l'université Griffith en Australie et de l'université suédoise des sciences agricoles ont publié une étude assez insolite. En effet, ceux-ci ont étudié comment la drogue pouvait affecter les mouvements et comportements des poissons sauvages dans leur habitat.

Ceux-ci se sont notamment concentrés sur la cocaïne et ses effets sur une centaine de saumons sauvages prélevés dans le lac Vättern en Suède. Les scientifiques ont en effet exposé ces poissons à de la cocaïne et de la benzoylecgonine, un métabolite formé par cette drogue dans le foie, puis on suivi leurs mouvements.

Les chercheurs ont ainsi pu constater que les poissons drogués à la cocaïne étaient bien plus actifs, parcourant une distance hebdomadaire environ 1,9 fois supérieure à celle des poissons sains, tandis que les individus exposés au métabolite nageaient 12,3 kilomètres de plus.

Pourquoi cette étude ?

Si les résultats peuvent paraître étonnants, nous sommes également en droit de nous demander pourquoi les scientifiques ont décidé de droguer ces poissons pour étudier leur comportement par la suite, qui plus est spécifiquement avec de la cocaïne et son métabolite.

Comme l'a précisé Marcus Michelangeli, la pollution des eaux par les drogues ou autres médicaments représente aujourd'hui « un risque majeur et croissant pour la biodiversité ». En effet, nous constatons aujourd'hui des concentrations de plus en plus élevées de drogues illicites et de produits pharmaceutiques dans les cours d'eau, qui finissent donc par se retrouver dans les océans.

Cette étude avait ainsi pour but de montrer que ce phénomène de plus en plus répandu et important à travers le monde n'était pas sans conséquence sur les êtres vivants, celui-ci entraînant des changements de comportement parfois très importants comme ce fut le cas sur les saumons étudiés, ce qui est « préoccupant » selon les chercheurs.

D'après le professeur Michael Bertram de l'université suédoise des sciences agricoles, l'étude en question « montre que les médicaments ne constituent pas seulement un problème de société, mais aussi un défi environnemental concret ». Il est ainsi nécessaire d'améliorer le traitement et la surveillance des eaux usées à travers le monde, leur rejet dans la nature pouvant avoir des conséquences particulièrement néfastes sur la biodiversité.

De plus en plus de cocaïne consommée

En mars dernier, une étude avait d'ailleurs révélé l'ampleur et l'augmentation de la consommation de drogues (et notamment de la cocaïne) en Belgique, en utilisant justement des données issues d'une analyse des eaux usées de 128 villes dans 26 pays européens.

Cette analyse avait également permis de mettre en avant l'augmentation de la détection dans les eaux usées de résidus d'ecstasy, de cocaïne et d'amphétamine entre 2023 et 2024 et paradoxalement une diminution des résidus de cannabis.

Ces résultats ne semblent cependant pas si étonnants. Selon l'ONU, la consommation de cocaïne augmente en effet progressivement d'années en années. Ainsi, 25 millions de personnes auraient consommé de la cocaïne en 2023 à travers le monde, contre 17 millions en 2013 et 14 millions en 2000.

De ce fait, les rejets de résidus de cette drogue dure se sont de plus en plus importants au fil des années dans les eaux usées, eaux usées qui se répandent ensuit dans nos cours d'eau avant de se retrouver dans nos milieux naturels avec des conséquences on ne peut plus néfastes pour de nombreuses espèces, comme l'a démontré l'étude des chercheurs australiens et suédois, qui n'est donc finalement pas si insolite.

Référence de l'article :

Une étude prouve que les saumons toxicomanes nagent deux fois plus que les autres, 20 minutes et AFP, 22/04/2026