Insolite : le guano d'oiseau marins pourrait-il permettre de protéger nos littoraux en France ?

Les déjections d'oiseaux marins ont un rôle particulièrement important dans la protection des littoraux sableux. Ceux-ci limitent en effet l'érosion engendré par l'assaut des vagues et la montée du niveau des mers.

Les déjections d'oiseaux apportent des éléments importants pour le développement de la végétation littorale
Les déjections d'oiseaux apportent des éléments importants pour le développement de la végétation littorale

Des chercheurs ont mis en évidence l'importance du guano d'oiseaux marins pour certaines espèces végétales, dont le développement favorise la formation de dunes de sable, permettant ainsi de protéger nos littoraux.

L'importance des oiseaux marins

Des chercheurs de l'Université d'Utrecht aux Pays-Bas ont étudié les effets du guano sur la flore de cinq îles de la province néerlandaise de Groningue, dans le nord du pays. Appelées îles Wadden ou îles Frise, ces îles sont inaccessibles à l'Homme, ce qui leur donne un intérêt scientifique tout particulier.

Sur place, les scientifiques néerlandais ont prélevé des échantillons de sol afin d'y mesurer la teneur en azote mais ont également effectué des mesures de la taille des plantes. Ceux-ci ont ensuite analysé les tendances grâce aux données satellites et aux modélisations numériques et ont ainsi pu constater que les plantes exposées au guano des oiseaux marins observaient un meilleur développement et retenaient donc mieux le sable.

L'explication est en fait assez simple. Pour survivre et se développer, les plantes ont besoin de deux types d'isotopes d'azote, un léger et un lourd. Si les plantes côtières sont souvent riches en isotopes légers, celles-ci le puisant dans l'air et l'eau, la présence d'isotopes d'azote lourds est plus variable, excepté lorsque le guano est présent. Les déjections d'oiseaux marins sont en effet riches en azote, permettant ainsi un apport important en isotope lourd, essentiel pour le développement des plantes.

De ce fait, les chercheurs ont pu mettre en évidence que le bon développement des espèces végétales littorales sur ces îles était étroitement lié à la présence d'oiseaux marins. Or, ces espèces végétales ont un effet non-négligeable sur la géomorphologie de ces îles sableuses.

Un élément essentiel pour nos littoraux

Selon les chercheurs en charge de cette étude publiée dans la revue Biogeosciences, les déjections d'oiseaux permettent un meilleur développement des graminées dunaires, comme l'oyat et le chiendent des sable. Ceci a pour conséquence une meilleure retenue du sable, ce qui est essentiel à la formation des dunes.

Les scientifiques néerlandais ont d'ailleurs remarqué que, dans les zones de reproduction, ces plantes poussent plus vite en début de saison grâce aux nutriments du guano, ce qui permet là aussi de retenir davantage de sable.

Or, les îles Wadden sont des îles barrières, c'est à dire qu'elles se présentent sous la forme de longs bancs de sable ou de sédiments parallèles aux côtes permettant de protéger les littoraux continentaux des assauts des vagues et des tempêtes. Ce type d'île est également présent sur la côte est de l'Amérique du nord mais également sur la côte est de l'Australie et sur certaines parties de la côte sud-est de l'Amérique du Sud.

Le maintient du sable sur ces îles est ainsi primordial pour les littoraux situés derrière cette barrière naturelle, maintient qui s'effectue donc en grande partie grâce à la végétation alimentée par les déjections d'oiseaux marins. Comme le soulignent les chercheurs néerlandais, « Ce phénomène est particulièrement important aujourd’hui, alors que la montée du niveau de la mer et l’érosion côtière menacent les habitats de nombreux oiseaux côtiers ».

Ainsi, cette étude montre à quel point il est important de maintenir et de protéger les populations d'oiseaux marins sur nos côtes. Leur présence et surtout leurs déjections limitent en effet nettement l’érosion accélérée des littoraux sableux de la végétation comme c'est notamment le cas sur la côte Atlantique ou certains secteurs du pourtour méditerranéen (Camargue, Roussillon, est de la Corse, etc,...).

Référence de l'article :

Montée des eaux: le guano d'oiseaux marins pourrait sauver nos bords de mer, Geo (16/03/2026), Louis Tardy