France : pourquoi les lacs de montagne changent de couleur ?

Les eaux des lacs de montagne français sont en train de changer progressivement de couleur à cause de la prolifération des algues vertes, conséquence des activités humaines.
L'eau turquoise caractéristique des lacs d'altitude des Pyrénées et des Alpes et en train de peu à peu virer au vert
L'eau turquoise caractéristique des lacs d'altitude des Pyrénées et des Alpes et en train de peu à peu virer au vert

Et si la couleur bleue caractéristique des lacs de haute altitude ne devenant plus qu'un souvenir ? Selon une étude de l'université Savoie Mont Blanc, ceux-ci changent en effet peu à peu de couleur.

Les lacs verdissent !

Vous l'aurez peut-être remarqué, les lacs de montagne, connus pour leur eau cristalline et leur couleur bleue profonde changent progressivement de couleur au fil des années. En effet, ceux-ci tirent de plus en plus vers le vert, un phénomène visible dans les Pyrénées et les Alpes.

Ce changement de couleur vers le vert est en fait dû à la prolifération des algues vertes, qui se multiplient dans ces zones humides pourtant situées à haute altitude. Toutefois, retrouver ce type d'algues à plus de 2 000 mètres d'altitude n'est pas normal et est un phénomène récent, ce qui explique ce changement progressif de colorimétrie ces dernières années.

Selon le Centre alpin de recherche sur les Réseaux trophiques et Écosystèmes Limniques, les écosystèmes humides montagnards sont très sensibles aux apports de nutriments, comme l'azote et le phosphore.

Or, lorsque ces nutriments sont présents en grande quantités, ils favorisent la prolifération des algues vertes, ce qui fait donc verdir les lacs de haute montagne mais perturbe également la qualité de l'eau et la biodiversité.

Selon les recherches menées sur le sujet, c'est notamment l'azote qui engendre la multiplication des algues vertes dans ces écosystèmes, l'engrais azoté est d’ailleurs connu pour favoriser le développement des végétaux et donc des algues.

Néanmoins, l'azote étant un nutriment essentiel à la vie, celui-ci est naturellement présent dans l'atmosphère, le sol et même les roches. En sachant cela, comment expliquer cet apport de plus en plus important ces dernières années dans ces écosystèmes pourtant situés majoritairement à l'écart des activités humaines ?

Une contamination accidentelle

En 2023, la doctorante Maria page de l'université de Savoie Mont Blanc a analysé la composition de l'eau de 26 lacs situés entre les Pyrénées et les Alpes françaises afin de comprendre d'où pouvait bien venir ces grandes quantités d'azote. Selon ses résultats, plus de 50% de l'azote présent dans 25 des 26 lacs étudiés provenait de l'atmosphère, majoritairement sous forme d'ammonium, le reste provenant de processus naturels.

Un résultat logique quand nous prenons en compte que les concentrations d'azote réactif (ammonium et/ou nitrate) dans l'atmosphère ont augmenté de +1 300% depuis 1860 en raison des activités humaines. Ce sont d'ailleurs principalement les utilisations d'engrais en agriculture intensive et la combustion d'énergies fossiles qui sont à l'origine de ces importantes quantités d'azote atmosphérique.

D'autres études ont également démonté que les déchets humains et les déchets du bétail sont également responsables d'une partie de l'excès d'azote en montagne. Une fois dans l'atmosphère, l'azote réactif peut en effet parcourir de longues distances avant de se déposer en haute montagne, le plus souvent sous forme de molécules de nitrates et d'ammonium, qui sont très appréciées par les algues.

Ces différents paramètres expliquent donc le changement de couleur observé dans les lacs de haute altitude ces dernières années. Encore une fois, l'influence de l'Homme a un effet néfaste sur ces écosystèmes que l'on pourrait pourtant penser préservés de par leur situation géographique. Ce phénomène ne devrait d'ailleurs malheureusement pas aller en s'arrangeant.

Référence de l'article :

Les lacs de montagne changent de couleur, et ce n'est pas naturel : voici ce qui se passe vraiment, Futura-Sciences (02/03/2026), Karine Durand