Réapprendre à voir la nature : le pari d'une nouvelle éducation écologique à l'école. La France concernée ?
Face au changement climatique et à l’érosion de la biodiversité, l’école est confrontée à un défi majeur : transmettre des connaissances, mais aussi recréer un lien concret entre les jeunes et le monde vivant.

Sauriez-vous reconnaître les espèces d’arbres de votre quartier ou nommer les oiseaux qui fréquentent votre jardin, ou comprendre le rôle d’un insecte dans un écosystème ? Pour de nombreux jeunes, la réponse à ce questionnement n’a plus rien d’évident.
Les scientifiques parlent aujourd’hui d’« extinction de l’expérience », un phénomène qui décrit la diminution progressive du contact direct avec la nature. Ils évoquent également la « cécité végétale », cette tendance croissante à ne plus remarquer les plantes pourtant omniprésentes autour de nous.
Cette déconnexion inquiète. Les recherches montrent qu’une familiarité avec la nature favorise la curiosité, le bien-être et l’engagement en faveur de sa protection. Dans un contexte marqué par l’accélération du réchauffement climatique et le déclin de la biodiversité, comprendre le vivant devient une compétence essentielle car il est difficile de protéger ce que l’on ne connaît pas.
Le Royaume-Uni veut remettre l'observation au cœur de l'apprentissage
C’est précisément le constat qui a conduit l’environnementaliste britannique Mary Colwell à défendre pendant plus de quinze ans la création d’un enseignement consacré à l’histoire naturelle. Son combat est aujourd’hui en passe d’aboutir avec un nouveau programme en cours de consultation publique au Royaume-Uni.
Les élèves y apprendront à identifier les espèces locales, à comprendre le fonctionnement des habitats naturels et à analyser les effets des activités humaines sur les écosystèmes, notamment ceux liés au changement climatique.
Le programme prévoit 20 heures de terrain sur un total de 150 heures d’enseignement, soit moins de 15 % du temps consacré à la discipline. Une avancée saluée par les scientifiques, même si beaucoup estiment que l’observation de la nature nécessite davantage de temps pour développer une véritable culture écologique.
Cette approche s’inscrit dans une longue tradition naturaliste britannique, héritée notamment de Gilbert White, pionnier de l’observation de la nature au XVIIIᵉ siècle. Ses travaux ont contribué à populariser l’idée que comprendre le vivant commence par une observation attentive du monde qui nous entoure.
L’objectif est clair : former des citoyens capables de comprendre les liens qui unissent les espèces, les habitats et les activités humaines.
En France, une éducation au climat déjà bien développée ?
La France a choisi une approche plus transversale. Les enjeux environnementaux sont intégrés dans les programmes du CP à la terminale, à travers les sciences, la géographie, l’enseignement moral et civique ou encore des projets interdisciplinaires. Les ressources pédagogiques s’appuient largement sur les travaux du GIEC, référence scientifique mondiale sur le changement climatique.
Les guides Le climat entre nos mains, développés par l’Office for Climate Education, permettent par exemple aux élèves d’explorer le fonctionnement du climat à travers des expériences et des enquêtes scientifiques. D’autres initiatives abordent les liens entre climat, biodiversité, océans et sociétés humaines.
L’objectif n’est pas seulement de comprendre les mécanismes du réchauffement climatique, mais aussi d’identifier les solutions d’atténuation et d’adaptation.
L’apprentissage passe aussi par l’action. Des défis nationaux d'économies d'énergie ont déjà mobilisé plus de 1 200 écoles, collèges et lycées. Les élèves y apprennent à réduire concrètement la consommation énergétique de leur établissement, tout en découvrant les enjeux de la transition écologique.
Comprendre pour mieux agir
Au-delà des connaissances scientifiques, l’éducation écologique cherche à développer une compétence devenue essentielle : comprendre les interactions entre le climat, la biodiversité et les sociétés humaines.
Dans un monde où plus de 60 % de la population mondiale devrait vivre en ville d’ici 2050, apprendre à observer et à comprendre la nature, y compris en milieu urbain, devient un enjeu majeur.
L’école ne peut évidemment pas résoudre seule les crises environnementales. En revanche, elle peut donner aux jeunes les outils pour les comprendre, développer leur esprit critique et nourrir un lien durable avec le vivant. C’est sans doute l’une des conditions pour construire des sociétés capables de s’adapter aux défis de notre siècle.
Référence de l'article
Seirian Sumner. Eco‑literate children can be stewards of nature – here’s how to boost environmental education.
Ministère de l'éducation nationale. Comprendre les causes et les enjeux du changement climatique.