Moins de neige, plus d'incertitudes : quel avenir pour les sports d'hiver ?
Des courses annulées, des saisons incertaines, des glaciers en recul : le réchauffement climatique transforme les sports d’hiver. Comment les stations peuvent-elles préparer leur avenir ? Un nouveau rapport de l’OMM et de la FIS explore des pistes d’adaptation.

Pour les amateurs de ski, la qualité d’un hiver se mesure souvent à l’épaisseur du manteau blanc, à la fraîcheur de la neige et au nombre de journées passées sur les pistes. Pour les stations, ces conditions déterminent aussi une grande partie de leur activité économique. Or, les repères climatiques qui ont longtemps rythmé les saisons hivernales évoluent.
Des saisons plus difficiles à prévoir
Au cours de la saison 2025-2026, 25 courses de Coupe du monde ont été annulées en raison des conditions météorologiques, selon un calcul interne de la Fédération internationale de ski et de snowboard (FIS).

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la durée d’enneigement diminue dans presque toutes les régions du monde, d’environ cinq jours par décennie, avec des pertes plus marquées à basse altitude.
En Suisse, depuis 1970, les jours de chutes de neige ont diminué de moitié sous 800 mètres. En hiver, l’altitude de l’isotherme zéro degré, le niveau où la température atteint 0 °C, est passée d’environ 600 à 850 mètres en une cinquantaine d’années. Cette remontée rend l’enneigement moins probable à basse altitude et augmente la probabilité de précipitations sous forme de pluie.
Les glaciers alpins sont également touchés. En Suisse, le bilan de masse glaciaire de 2026 a été le deuxième plus négatif jamais enregistré, après celui de 2022. Entre 2022 et 2026, les taux de fonte ont dépassé de plus de deux fois ceux de toute autre période de cinq ans suivie auparavant. Le volume de glace a diminué de près de 20 % depuis 2021, selon GLAMOS, le réseau suisse de surveillance des glaciers.
La neige artificielle ne suffit pas !
De nombreuses stations ont recours à la production de neige artificielle pour maintenir leurs pistes ouvertes. Cette technique peut sécuriser certains secteurs, mais elle nécessite des conditions suffisamment froides et humides, ainsi que de l’eau et de l’électricité. Avec la hausse des températures, les périodes favorables à sa production se raréfient. Les besoins en eau peuvent aussi entrer en concurrence avec d’autres usages, notamment pendant les épisodes de sécheresse.
Une étude publiée dans Nature Climate Change, portant sur 2 234 stations réparties dans 28 pays européens, mesure l’ampleur du défi. Sans neige artificielle, 53 % des stations présenteraient un risque très élevé d’approvisionnement en neige avec un réchauffement mondial de 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Cette proportion atteindrait 98 % avec 4 °C de réchauffement.
La neige produite réduit ces risques, sans les supprimer. Dans un scénario où elle pourrait couvrir 50 % de la superficie skiable de chaque station, la part des sites exposés à un risque très élevé tomberait à 7 % à +2 °C et à 71 % à +4 °C. Ce bénéfice s’accompagne toutefois d’une hausse des besoins en eau et en électricité, ainsi que de l’empreinte carbone. L’enjeu est donc de déterminer où, quand et avec quelles ressources produire cette neige.
Prévoir aujourd’hui pour décider demain
Dans leur rapport conjoint Weather and Climate Services for Ski Resorts, publié le 3 novembre 2026, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et la FIS proposent de mieux intégrer les informations météorologiques et climatiques aux décisions des stations.

Le guide distingue trois horizons. Au quotidien, les observations en temps réel, les prévisions à court terme et les bulletins d’avalanche aident à organiser les remontées mécaniques, le damage, la sécurité et la production de neige.
À l’échelle saisonnière, les prévisions éclairent les dates d’ouverture et de fermeture, les besoins en personnel, les budgets et la gestion de l’eau et de l’énergie. Elles ne prédisent pas précisément les chutes de neige plusieurs mois à l’avance, mais indiquent les scénarios les plus probables.
À plus long terme, les projections climatiques aident à évaluer les infrastructures, les capacités d’enneigement et les possibilités de diversification. Des outils comme ClimSnow, développé notamment avec Météo-France et l’INRAE, permettent d’étudier l’évolution de l’enneigement à l’échelle d’un site, selon son altitude et l’orientation de ses pentes. Pour les territoires très dépendants du ski, ces informations peuvent aussi nourrir les réflexions sur la diversification touristique et la pérennité des emplois.
L’avenir des sports d’hiver dépendra aussi de la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de l’évolution des modèles touristiques. Diversifier les activités et préserver les ressources naturelles seront essentiels pour accompagner les territoires, leurs emplois, leurs communautés et les écosystèmes de montagne.
Référence de l'article
Organisation Météorologique Mondiale, International Ski and Snowboard Federation (FIS). (2026). Report on weather and climate services for ski resorts supports winter sports.