Feux d'artifice : blessures, pollution, biodiversité...la facture collective des festivités
Brûlures, pollution de l’air et animaux perturbés : les feux d’artifice ont des conséquences qui dépassent leur prix d’achat. En Europe, les risques sanitaires et environnementaux relancent le débat sur leur utilisation.

Une explosion lumineuse ne dure que quelques secondes. Ses conséquences peuvent, elles, marquer une vie entière.
Des blessures qui ne se limitent pas aux brûlures
Dans un article d’opinion publié dans le British Medical Journal (BMJ), des chercheurs de l’Université de Californie à Los Angeles alertent sur les blessures provoquées par les feux d’artifice : brûlures graves, lésions liées aux ondes de choc, traumatismes crâniens, amputations de doigts et pertes définitives de la vue.
Les risques ne sont pas répartis uniformément. Les enfants, les jeunes hommes, les habitants des zones rurales et les personnes issues de milieux socio-économiques défavorisés figurent parmi les groupes particulièrement exposés. Les passants peuvent également être blessés, même sans avoir manipulé d’engin pyrotechnique.
Les données disponibles donnent une idée de l’ampleur du problème, sans permettre une comparaison directe entre pays. Aux Pays-Bas, les célébrations du Nouvel An 2025-2026 ont entraîné 1 239 prises en charge dans les services d’urgence hospitaliers ou chez les médecins généralistes de garde, soit 7 % de plus que l’année précédente. En Italie, 283 personnes ont été blessées, dont 54 hospitalisées.
En Angleterre, 123 admissions à l’hôpital ont été attribuées aux feux d’artifice pendant l’année 2024-2025. Ce dernier chiffre ne recense donc pas toutes les blessures, mais uniquement les cas ayant nécessité une hospitalisation.
Ces statistiques restent partielles : de nombreux pays ne disposent pas de registres nationaux systématiques. Les chercheurs appellent ainsi à mieux documenter les accidents pour mesurer les risques et adapter la prévention.
Des effets qui dépassent le spectacle
La pollution atmosphérique constitue un autre coût difficile à percevoir au moment des festivités. La combustion des compositions pyrotechniques libère notamment des particules fines, dont les PM2.5, capables de pénétrer profondément dans les voies respiratoires.
Au Royaume-Uni, des hausses ponctuelles de ces particules sont observées autour de Bonfire Night. Il serait toutefois incorrect de les attribuer exclusivement aux feux d’artifice : les feux de joie et les conditions météorologiques participent également aux concentrations mesurées.
Une estimation britannique évalue à 114 411 livres sterling par tonne le coût des dommages associés aux émissions de PM2.5, aux prix de 2025. Ce montant correspond à une valeur de référence pour les effets sanitaires de ces particules, et non à la facture environnementale des seuls feux d’artifice.
La faune subit également les perturbations sonores et lumineuses. Une étude menée aux Pays-Bas a observé, lors des festivités du Nouvel An, environ 1 000 fois plus d’oiseaux en vol que pendant les nuits ordinaires. Les dérangements peuvent s’étendre sur plusieurs kilomètres.
Ce résultat ne peut pas être transposé mécaniquement à toutes les célébrations, mais il révèle l’ampleur possible de la réaction des oiseaux à ces explosions. Les animaux domestiques et d’élevage sont eux aussi susceptibles de subir un stress important. À cela s’ajoutent les résidus pyrotechniques et les déchets laissés dans les espaces publics.
Un prix d'achat qui ne dit pas tout du coût économique
En économie, ces conséquences relèvent des externalités négatives : une activité génère des coûts qui ne sont pas intégralement payés par ceux qui l’organisent, la vendent ou en profitent. Les dépenses de soins, le nettoyage des lieux publics et les nuisances subies par les riverains peuvent ainsi être supportés par la collectivité. Leur coût total reste difficile à établir, faute de données permettant d’isoler précisément la part imputable aux feux d’artifice.
Le commerce donne toutefois une indication de l’importance économique du secteur. En 2024, l’Union européenne a importé depuis les pays tiers 120 000 tonnes de feux d’artifice, pour une valeur de 406,7 millions d’euros. Par rapport à 2023, les volumes ont progressé de 9,5 % et la valeur de 21,5 %.

Les Pays-Bas représentaient 37 % de ces importations, l’Allemagne 35,6 % et la Pologne 7,4 %. Ces parts décrivent les flux commerciaux enregistrés, et non nécessairement la consommation finale de chaque pays : une partie des marchandises peut transiter par des plateformes logistiques avant d’être réexportée.
La Commission européenne chiffre par ailleurs à 452 millions d’euros les importations de l’ensemble des articles pyrotechniques en 2024, dont environ 407 millions pour les seuls feux d’artifice. Ces deux montants ne doivent donc pas être additionnés.
Au Royaume-Uni, les importations de feux d’artifice ont représenté en moyenne 27 millions de livres sterling par an entre 2021 et 2024. Une éventuelle restriction du marché ne se traduirait cependant pas automatiquement par une économie équivalente pour les ménages ou la collectivité : les dépenses pourraient être réorientées vers d’autres loisirs, tandis que les effets sur l’emploi et les activités commerciales dépendraient des mesures adoptées.
Encadrer les usages plutôt que déplacer les risques ?
La réglementation européenne distingue quatre catégories de produits, de F1 à F4, selon leur niveau de danger et les conditions d’utilisation. Les âges minimaux fixés par la directive sont de 12 ans pour les F1, 16 ans pour les F2 et 18 ans pour les F3. Les F4 sont réservés aux personnes disposant de connaissances spécialisées. Les États membres peuvent renforcer ces seuils. En France, les F2 et F3 sont réservés aux personnes âgées d’au moins 18 ans, tandis que les F4 nécessitent une qualification spécifique.
Les chercheurs du BMJ préconisent de renforcer la prévention sur la durée, notamment auprès des enfants et des adolescents, avec des campagnes scolaires, des témoignages de victimes et des avertissements illustrés sur les emballages. Le recours à des spectacles professionnels plutôt qu’à des tirs individuels peut aussi limiter les manipulations dangereuses et faciliter l’organisation des festivités.
Au Royaume-Uni, une consultation gouvernementale sur la réglementation des feux d’artifice, clôturée en octobre 2026, a recueilli plus de 140 000 réponses. Ce niveau de participation témoigne de l’importance du débat public, sans préjuger de ses conclusions.
Les spectacles de drones ou de lasers constituent des alternatives possibles, à condition d’en évaluer aussi les impacts : consommation énergétique, fabrication des équipements et fin de vie. L’enjeu reste de limiter les dommages, de protéger les populations et les écosystèmes, et de mieux répartir les responsabilités.
Un feu d’artifice ne coûte donc pas seulement ce qu’il affiche sur son emballage : une partie de sa facture est réglée par les victimes, les collectivités et les écosystèmes.
Références de l'article
Narmin Nahidi. (2026). Fireworks provide a few minutes of joy, but the economic and environmental costs last much longer.
Marta Iraola Iribarren. (2026). Feux d'artifice : des experts alertent sur les blessures et réclament plus de réglementation.