EPR2 : le nouveau nucléaire fera-t-il baisser la facture d'electricité des Français ?

Six nouveaux réacteurs nucléaires doivent renforcer la production électrique française. Pour financer ce chantier colossal, l’État prévoit un mécanisme financier inédit. Mais sécuriser les revenus d’EDF suffira-t-il à alléger la facture des ménages ?

Nucléaire français : un chantier colossal et une facture encore incertaine.
Nucléaire français : un chantier colossal et une facture encore incertaine.

La France prévoit de construire six réacteurs nucléaires EPR2, répartis entre Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et Bugey (Ain). Cette évolution de l’EPR reprend ses principales caractéristiques, avec une conception simplifiée et standardisée pour faciliter la construction en série. Le coût prévisionnel du programme atteint 72,8 milliards d’euros aux conditions économiques de 2020.

Pour financer ce chantier, la France a proposé à l’Union européenne un mécanisme inédit : le contrat pour différence (CfD), destiné à encadrer les revenus tirés de la vente d’électricité. EDF vise une première mise en service à Penly en 2038, sous réserve des aléas du chantier.

Stabiliser les revenus d'EDF ?

Pour soutenir cet investissement, l’État propose un contrat pour différence (CfD) de quarante ans. EDF continuerait à vendre l’électricité sur le marché de gros. Si le prix de marché est inférieur au prix de référence fixé par le contrat, l’État verse une compensation. S’il est supérieur, EDF reverse une partie de l’écart à l' État.

Ce dispositif diffère de l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH), qui a pris fin en 2025 et obligeait EDF à céder à ses concurrents une partie de son électricité nucléaire historique au prix réglementé de 42 €/MWh. Le CfD vise à rendre les recettes du nouveau nucléaire plus prévisibles et à faciliter son financement. Il ne fixe toutefois pas directement le prix payé par les ménages.

Volume de référence : un paramètre déterminant

Prenons un exemple simplifié : un volume de référence de 60 TWh, un prix d’exercice de 100 €/MWh, une production réelle limitée à 36 TWh et un prix de marché de 50 €/MWh. Pour isoler l’effet du mécanisme, on suppose que l’électricité produite est vendue au prix moyen annuel du marché, on exclut les autres recettes et on retient un prix de marché supérieur aux coûts variables de production.

Dans ces conditions, l’État compenserait 50 €/MWh sur les 60 TWh de référence, soit 3 milliards d’euros. Avec les ventes d’électricité, les recettes totales d’EDF atteindraient alors 4,8 milliards d’euros. Si la compensation portait uniquement sur les 36 TWh effectivement produits, elles seraient de 3,6 milliards.

Ces montants illustrent le fonctionnement théorique du contrat : ils ne constituent ni une estimation des recettes réelles des EPR2, ni une mesure de leur rentabilité. Ils ne disent pas non plus, à eux seuls, ce que paieront les ménages.

Clause d'ajustement en cas de prix élevés ?

Si le prix de marché dépasse le prix d’exercice alors que la production est faible, un calcul strictement fondé sur le volume de référence pourrait conduire EDF à reverser des sommes correspondant à une quantité d’électricité supérieure à celle effectivement produite.

Recettes d'EDF selon le contrat CfD en fonction du prix de marché de l'électricité Pour un paramètre X fixé à 10 %. (c) Alexis Vessat
Recettes d'EDF selon le contrat CfD en fonction du prix de marché de l'électricité Pour un paramètre X fixé à 10 %. (c) Alexis Vessat

Le projet de contrat prévoit donc une clause d’ajustement, qui ne s’appliquerait que sous certaines conditions. Le seuil de production déclenchant cette clause varie avec le prix de marché : à production donnée, elle ne s’appliquerait qu’à partir d’un niveau de prix suffisamment élevé.

Lorsque ces conditions sont réunies, le reversement dû à l’État serait calculé à partir de la production réelle, augmentée d’une composante forfaitaire. Cette dernière correspondrait à un pourcentage, désigné par la variable X, du prix d’exercice multiplié par le volume de référence.

Un équilibre à trouver entre financement et intérêt général

Le mécanisme doit sécuriser les revenus du producteur sans affaiblir ses incitations à produire, à entretenir les réacteurs et à les remettre en service. La Commission européenne examine notamment les risques de distorsion du marché et de surcompensation. Les modalités de révision des paramètres devront également préserver la transparence et la prévisibilité du contrat.

L’État prévoit également un prêt bonifié couvrant 60 % des coûts de construction estimés, destiné à réduire le coût du financement. L’ensemble des aides proposées reste soumis à l’examen européen.

La facture des ménages reste en jeu

Le CfD pourrait réduire certains risques financiers et faciliter le financement des EPR2. Mais il ne garantit pas une baisse des factures d’électricité. Celle-ci dépendra du coût final du programme, de l’évolution des prix de marché et des modalités selon lesquelles les éventuels gains seront répercutés sur les consommateurs.

L’État pourrait verser des compensations lorsque les prix sont bas et recevoir des reversements lorsqu’ils sont élevés. Le bilan de ces flux reste incertain. Sécuriser les revenus d’EDF et rendre l’électricité moins chère pour les Français sont donc deux objectifs distincts : le contrat peut contribuer au premier, sans garantir à lui seul le second.

À ce stade, le CfD est donc un outil de financement et de partage des risques, pas une promesse de baisse des factures des ménages.

Référence de l'article

Alexis Vessat. (2026). Prix de l’électricité nucléaire : les dessous du mécanisme envisagé par l’État pour les nouveaux EPR2.