Des scientifiques alertent : une pluie invisible de substances chimiques est en train de tomber sur la planète

Les fluides frigorigènes et les gaz introduits pour protéger la couche d’ozone génèrent, de manière silencieuse, une substance chimique persistante et « éternelle » appelée TFA, désormais détectée partout.

Les chercheurs ont découvert que les substances chimiques de remplacement introduites pour protéger la couche d’ozone ont généré de grandes quantités d’un composé PFAS persistant qui s’accumule désormais dans l’ensemble de l’environnement à l’échelle mondiale. Image créée par IA.
Les chercheurs ont découvert que les substances chimiques de remplacement introduites pour protéger la couche d’ozone ont généré de grandes quantités d’un composé PFAS persistant qui s’accumule désormais dans l’ensemble de l’environnement à l’échelle mondiale. Image créée par IA.
Lee Bell
Lee Bell Meteored Royaume-Uni 6 min

Lorsque les CFC ont été progressivement éliminés dans le cadre du Protocole de Montréal en raison de leur rôle dans la destruction de la couche d’ozone, les substances chimiques destinées à les remplacer ont été saluées comme un immense succès. Les HCFC et les HFC, comme on les appelle, ont alors été utilisés dans les réfrigérateurs, les systèmes de climatisation et les procédés industriels à travers le monde, tandis que la couche d’ozone commençait à se reconstituer. Tout semblait donc avoir parfaitement fonctionné.

Une étude récente, menée par l’Université de Lancaster, a toutefois révélé que ces produits de substitution n’étaient peut-être pas aussi bénéfiques pour l’environnement qu’on le pensait. Les scientifiques à l’origine de ces travaux ont découvert qu’ils engendraient en réalité un nouveau problème.

Où finit cette substance chimique ?

Les chercheurs ont constaté qu’en se dégradant dans l’atmosphère, les HCFC et les HFC produisent de l’acide trifluoroacétique (TFA), une substance appartenant à la famille des PFAS, des composés chimiques synthétiques. Ceux-ci sont souvent qualifiés de « polluants éternels » car ils résistent à la dégradation et persistent dans l’environnement pendant des périodes extrêmement longues.

Les chercheurs estiment que les substituts des CFC ainsi que certains gaz anesthésiants ont déposé environ 335 500 tonnes de TFA à la surface de la Terre entre 2000 et 2022.

Les scientifiques ont déterminé que les dépôts d’acide trifluoroacétique présents dans les glaces de l’Arctique proviennent de gaz réfrigérants capables de parcourir des milliers de kilomètres dans l’atmosphère avant de se dégrader et de retomber sur Terre. Image créée par IA.
Les scientifiques ont déterminé que les dépôts d’acide trifluoroacétique présents dans les glaces de l’Arctique proviennent de gaz réfrigérants capables de parcourir des milliers de kilomètres dans l’atmosphère avant de se dégrader et de retomber sur Terre. Image créée par IA.

L’équipe a utilisé des modèles de transport chimique pour suivre la manière dont ces gaz se déplacent dans l’atmosphère, réagissent avec d’autres composés puis retournent finalement vers la surface terrestre par le biais des précipitations ou de dépôts directs. Les chercheurs ont ensuite comparé leurs résultats à des données réelles, notamment des mesures effectuées dans l’eau de pluie et des échantillons de glace prélevés dans l’Arctique.

Les résultats obtenus dans l’Arctique se sont révélés particulièrement remarquables. Les modèles ont montré que la quasi-totalité du TFA détecté dans les glaces reculées de l’Arctique provenait de substances chimiques utilisées pour remplacer les CFC, alors même que cette région se situe à des milliers de kilomètres des zones où ces gaz sont employés.

« Les substances utilisées pour remplacer les CFC ont une longue durée de vie et peuvent être transportées dans l’atmosphère depuis leur lieu d’émission jusqu’à des régions reculées comme l’Arctique, où elles peuvent se décomposer pour former du TFA », a expliqué Lucy Hart, auteure principale de l’étude.

« Nos résultats apportent la première preuve concluante que la quasi-totalité de ces dépôts peut être expliquée par l’action de ces gaz. »

Un problème qui continue de s’aggraver

Ces dernières années, du TFA a également été détecté dans le sang et l’urine humains. L’Institut fédéral allemand des substances chimiques a récemment proposé de le classer comme potentiellement toxique pour la reproduction humaine. De son côté, l’Agence européenne des produits chimiques le considère déjà comme nocif pour la vie aquatique, même si certaines agences estiment que les concentrations actuelles demeurent inférieures aux seuils de risque. Il reste néanmoins préoccupant de constater que le TFA continue de s’accumuler et que, une fois présent dans l’environnement, son élimination est pratiquement impossible.

Comme certains de ces composés de substitution restent dans l’atmosphère pendant plusieurs décennies, la production de TFA issue de ces sources n’a pas encore atteint son maximum. Les chercheurs estiment que ce pic pourrait être atteint entre 2025 et 2100. À cela s’ajoute une source plus récente de contamination : le HFO-1234yf, un fluide frigorigène présenté comme une alternative respectueuse du climat et désormais largement utilisé dans les systèmes de climatisation automobile. Or, lui aussi produit du TFA lorsqu’il se décompose.

« Les HFO constituent la dernière génération de fluides frigorigènes synthétiques commercialisés comme des alternatives plus respectueuses du climat aux HFC », a expliqué Ryan Hossaini, coauteur de l’étude.

« Plusieurs HFO sont connus pour produire du TFA lors de leur dégradation, et l’utilisation croissante de ces substances chimiques dans les systèmes de climatisation automobile en Europe et ailleurs ajoute une incertitude supplémentaire quant aux niveaux futurs de TFA dans notre environnement. »

Référence de l'article :

An invisible forever chemical rain is falling across the planet, published by Lancaster University, June 2026.