Ce que l'action climatique peut changer immédiatement pour notre santé

Respirer un air plus sain, marcher davantage, mieux se nourrir, vivre dans un logement plus confortable : l’action climatique peut améliorer notre santé bien avant que ses effets sur le climat mondial deviennent perceptibles.

Les bénéfices de l’action climatique ne se mesurent pas seulement en degrés de réchauffement en moins, mais aussi en maladies et en décès évités.
Les bénéfices de l’action climatique ne se mesurent pas seulement en degrés de réchauffement en moins, mais aussi en maladies et en décès évités.

Le changement climatique est déjà un problème de santé publique. Chaleurs extrêmes, pollution, maladies infectieuses, troubles respiratoires ou cardiovasculaires : ses effets se manifestent dans toutes les régions du monde et touchent plus durement les populations les plus vulnérables. Réduire les émissions de gaz à effet de serre reste donc indispensable pour limiter ces risques futurs.

La santé peut bénéficier dès aujourd'hui

Oui, l'action climatique peut améliorer la santé à court terme, parfois en quelques jours ou quelques semaines. C’est ce que les chercheurs appellent les « co-bénéfices en santé » : des effets positifs qui résultent directement des mêmes politiques mises en œuvre pour réduire les émissions.

Cette perspective change beaucoup de choses. Les bénéfices climatiques d’une réduction des émissions se jouent à l’échelle mondiale et sur plusieurs décennies. Les bénéfices sanitaires, eux, peuvent être locaux, immédiats et directement perceptibles.

Sortir des fossiles, c'est mieux respirer... littéralement

La combustion du charbon, du pétrole et du gaz ne produit pas seulement du CO₂. Elle émet aussi des particules fines, des oxydes d’azote, du dioxyde de soufre et d’autres polluants associés aux maladies cardiovasculaires et respiratoires.

Selon une étude, la pollution de l’air liée à la combustion des énergies fossiles serait responsable de 5,13 millions de décès prématurés par an dans le monde chez les plus de 25 ans. 99 % de la population mondiale est exposée à des concentrations de PM2.5 supérieures aux recommandations de l’OMS.

Surtout, ces effets ne sont pas uniquement futurs. Des études montrent que l’exposition aux principaux polluants atmosphériques, tels que les PM2.5, PM10, NO₂ ou ozone,est associée à la mortalité à court terme, parfois dans les heures ou les jours qui suivent.

Selon le Committee on the Medical Effects of Air Pollutants (COMEAP), 30 % de la réduction du risque de mortalité associée à une amélioration de l’exposition aux PM2.5 intervient dès la première année.

En France, les scénarios de neutralité carbone étudiés estiment qu’une diminution des concentrations de PM2.5 pourrait être associée à une baisse de 3 % de la mortalité toutes causes confondues chez les plus de 30 ans dès 2030, et de 1 % pour le NO₂. Il s’agit d’estimations issues de scénarios, et non d’une prédiction du nombre exact de décès qui seront évités.

Moins de voitures, plus de mouvement

La transition des transports peut agir sur plusieurs facteurs à la fois : émissions polluantes, bruit, activité physique et santé mentale. Dans le monde, 31 % des adultes et 80 % des adolescents n’atteignent pas les recommandations d’activité physique de l’OMS.

En France, plus de 60 % des trajets domicile-travail de moins de 5 km sont encore réalisés en voiture.

Les estimations montrent qu’ une activité physique suffisante pourrait éviter environ 3,9 millions de décès par an dans le monde chez les 40–74 ans. En France, deux scénarios de neutralité carbone privilégiant la sobriété et la mobilité active estiment 11 700 à 25 000 décès évités en 2030, ainsi que 19 milliards d’euros de coûts sanitaires évités cette année-là. Il s’agit de projections de scénarios, et non de décès déjà évités.

Dans l'assiette comme dans le logement

La transformation de l’alimentation offre un autre levier : réduire la consommation de viande rouge et transformée et augmenter celle de légumes et de légumineuses peut simultanément réduire les émissions et améliorer la santé. En France, certains scénarios de neutralité carbone estiment jusqu’à 40 000 décès évités par an grâce à ces évolutions alimentaires.

La rénovation thermique agit, quant à elle, sur la précarité énergétique, le confort et certaines pathologies respiratoires. Elle peut donc réduire à la fois les émissions et les risques sanitaires liés à des logements froids ou mal isolés.

Toutes les transitions ne se valent pas

Le bénéfice sanitaire dépend toutefois de la manière dont la transition est conçue. Une politique centrée uniquement sur le remplacement des voitures thermiques par des véhicules électriques n'a pas les mêmes effets qu'une stratégie qui réduit aussi la place de la voiture et facilite la marche, le vélo et les transports collectifs.

L'enjeu est donc plus large. Concevoir des politiques climatiques qui améliorent aussi les conditions de vie et réduisent les inégalités de santé est possible. Ces bénéfices, parce qu'ils sont concrets, locaux et parfois immédiats, peuvent aussi renforcer l'adhésion à l'action climatique.

Référence de l'article

Kevin Jean. (2023). Tout ce qui est bon (ou presque) pour le climat est bon pour la santé.
Lucie Adélaïde, Kévin Jean, Micheline Pham. (2025). ACTION CLIMATIQUE ET SANTÉ : une même urgence, des bénéfices partagés.