51 solutions pourraient déclencher des "points de bascule" pour accélerer la transition écologique
Une étude de l’Université d’Exeter et de l’Earthshot Prize identifie 51 domaines de solutions qui pourraient atteindre un "point de bascule positif" et accélérer les transformations environnementales d’ici 2030.

Dans le domaine du climat et de l’environnement, le terme "point de bascule" évoque généralement une dégradation qui s’accélère et devient difficile à inverser. Le nouveau rapport de l’équipe Green Futures Solutions de l’Université d’Exeter pour l’Earthshot Prize s’intéresse à une autre possibilité : un changement positif qui, une fois suffisamment avancé, commence à s’entretenir lui-même.
Et si certaines solutions pouvaient entraîner les autres ?
Le rapport applique pour la première fois la science des points de bascule positifs aux cinq Earthshots : protéger et restaurer la nature, améliorer la qualité de l’air, restaurer les océans, construire un monde sans déchets et agir pour le climat. Il identifie 51 domaines de solutions dans lesquels des mécanismes d’auto-renforcement pourraient accélérer la transformation.
Concrètement, une solution peut d’abord avoir besoin d’investissements, de démonstrateurs ou de politiques publiques pour émerger. Si elle devient ensuite plus abordable et plus facile à adopter, son succès peut attirer de nouveaux financements et stimuler l’innovation. L'adoption progresse alors plus rapidement. Le rapport distingue ainsi trois phases : émergence, accélération et stabilisation.
Le solaire illustre déjà cette mécanique
L’électricité solaire est l’un des exemples les plus avancés. Selon le rapport, le photovoltaïque a déjà franchi un point de bascule à l’échelle mondiale. Les auteurs identifient également les véhicules électriques comme étant en train d’atteindre ce seuil dans certains marchés.
Cette évolution repose notamment sur les coûts. Le prix du solaire a chuté d’environ 90 % en dix ans, tandis que les renouvelables représentent désormais les nouvelles capacités de production électrique les moins chères dans la plupart des marchés. Le rapport décrit une dynamique où la baisse des coûts facilite le déploiement, qui stimule à son tour les investissements et l’innovation.
L’intérêt de cette dynamique est qu’elle ne reste pas cantonnée au secteur électrique. Une électricité propre et moins chère facilite l’électrification des transports et des bâtiments et peut contribuer à la transformation de l’industrie. Le rapport parle ainsi d’une "cascade" susceptible de soutenir plusieurs transitions en même temps.
Les cinq Earthshots sont d’ailleurs étroitement liés. Ils dépendent en partie des mêmes infrastructures, mécanismes de financement et décisions publiques. Une dynamique favorable dans un domaine peut donc faciliter les autres. Le rapport pointe aussi un obstacle majeur : le déficit d’investissement dans les énergies propres dans les pays du Sud, qui risque de ralentir les progrès là où les besoins sont les plus importants.
Des océans à la qualité de l’air, les effets peuvent se cumuler
Les auteurs retrouvent cette logique dans la protection des océans. Des aires marines protégées correctement conçues et effectivement appliquées peuvent permettre aux populations de poissons et à la biodiversité de se rétablir en quelques années. Les bénéfices deviennent alors visibles pour les communautés, notamment en matière de sécurité alimentaire et de résilience, ce qui peut renforcer le soutien à de nouvelles mesures de protection.
La qualité de l’air offre un autre exemple. Les combustibles polluants utilisés pour cuisiner et se chauffer constituent la première source mondiale d’exposition aux particules fines. 2,1 milliards de personnes les utilisent encore. Leur remplacement par des solutions énergétiques propres pour les ménages pourrait réduire d’au moins 80 % les émissions nocives associées à ces usages et diminuer les décès prématurés liés à la pollution domestique.
Dans plusieurs marchés, les modèles de paiement à l’usage et l’électrification rurale contribuent déjà à rendre ces solutions accessibles. Le rapport cite notamment le cas de d.light, qui indique donner accès à une énergie solaire abordable à 200 millions de personnes en Afrique, ainsi que celui de Mukuru Clean Stoves et de ses cuisinières à combustion plus propre.
Le même raisonnement apparaît dans la gouvernance de la qualité de l’air. Des capteurs peu coûteux rendent la pollution visible ; cette visibilité favorise la mobilisation du public et la pression sur les autorités ; des normes plus strictes peuvent ensuite améliorer la qualité de l’air et renforcer le soutien à de nouvelles mesures. À Bogotá, les politiques mises en œuvre depuis 2018 ont contribué à réduire la pollution atmosphérique de 24 %, selon le rapport.
Le véritable seuil est aussi économique et social
D’autres exemples apparaissent dans les déchets, l’agriculture ou l’adaptation au changement climatique. Environ 40 % des déchets mondiaux finissent encore dans des décharges à ciel ouvert, tandis que le gaspillage alimentaire dépasse un milliard de tonnes par an. La construction et la démolition représentent à elles seules environ 30 % des déchets solides produits dans le monde.
L’adaptation au changement climatique peut elle aussi fonctionner selon cette logique. Plutôt que d’attendre qu'une inondation, une sécheresse ou une tempête provoque des dégâts pour débloquer les financements, l’action anticipée permet de mobiliser des fonds avant l’événement lorsque les prévisions atteignent un seuil défini. Cette approche a permis de réduire de 30 à 60 % la mortalité et les dommages par rapport aux réponses mises en œuvre après les catastrophes.
Trois conditions pour passer le seuil
Pour qu’un point de bascule positif soit atteint, trois conditions doivent cependant être réunies : abordabilité, accessibilité et attractivité. Une solution doit pouvoir concurrencer économiquement l’option qu’elle remplace, être disponible pour les personnes qui doivent l’adopter et présenter suffisamment de bénéfices ou de garanties pour devenir un choix évident.
Le rapport ne prétend donc pas que 51 transitions sont sur le point de se produire. Il cherche plutôt à repérer les domaines où les mécanismes permettant une accélération sont déjà présents ou peuvent être renforcés. C’est aussi ce qui fait l’intérêt de cette approche : une solution environnementale ne se mesure plus uniquement à son efficacité propre, mais à sa capacité à faire évoluer les pratiques, les marchés et les politiques autour d’elle.
L’enjeu est désormais de savoir où concentrer les efforts pour que certaines transformations cessent de progresser seules et commencent à entraîner les suivantes.
Référence de l'article
The Earthshot Prize. (2026). The tipping points playbook: The Earthshot Prize and the University of Exeter reveal how to make environmental repair unstoppable.