À 17 ans, elle peut « remonter le temps » : une adolescente française intrigue les scientifiques ! Découvrez pourquoi

Une adolescente française peut revivre avec une précision cinématographique n’importe quel jour de sa vie, avec un niveau de détail incroyable. Son cas défie ce que nous pensions savoir sur la mémoire humaine.

TL est une jeune Française atteinte d’hypertimésie, une condition médicale rare avec environ 100 cas documentés. Elle se caractérise par une mémoire prodigieuse, capable de décrire en détail des événements passés ou de les imaginer dans le futur. Image générée par Gemini (Google AI).
TL est une jeune Française atteinte d’hypertimésie, une condition médicale rare avec environ 100 cas documentés. Elle se caractérise par une mémoire prodigieuse, capable de décrire en détail des événements passés ou de les imaginer dans le futur. Image générée par Gemini (Google AI).

La littérature et l’art l’avaient pressenti bien avant les neurosciences. En 1942, Jorge Luis Borges imagina Ireneo Funes, un jeune Uruguayen qui, après une chute de cheval, se retrouve doté d’une mémoire parfaite et incontrôlable : il se souvenait de chaque feuille de chaque arbre qu’il avait vue, chaque fois qu’il l’avait vue, incapable d’oublier quoi que ce soit.

Borges le présente non comme un héros mais comme quelqu’un paralysé par ses propres souvenirs, incapable de penser car penser exige de généraliser et généraliser exige d’oublier.

Près d’une décennie plus tôt, Salvador Dalí peint des horloges se déformant sur les objets sur lesquels elles reposent. La Persistance de la mémoire suggère avec un génie dérangeant que le temps n’est ni rigide ni linéaire, que la mémoire le déforme et l’étire à sa guise.

Deux œuvres qui, des décennies plus tard, ont trouvé leur équivalent réel : TL, une adolescente française de 17 ans dont la mémoire défie tout ce que la science pensait savoir sur la manière dont le cerveau conserve le passé.

Se souvenir de tout, absolument tout

La plupart d’entre nous oublient ce que nous avons mangé au petit-déjeuner mardi dernier. Pourtant, TL, une étudiante française de 17 ans, peut vous dire exactement ce qu’elle faisait le 6 juillet 2015 : quels vêtements elle portait, comment était le ciel, ce qu’elle a ressenti. Non pas comme un souvenir flou mais comme si elle le revivait à l’instant même, en haute définition, comme le Funes de Borges. Des chercheurs de Institut du Cerveau et de Université Paris Cité ont documenté son cas et ce qu’ils ont découvert a laissé l’équipe avec plus de questions que de réponses.

Pour la plupart, une photo aide à reconstituer un événement du passé. La mémoire de TL lui permet de se souvenir de détails que nous négligeons : les sensations, la date et l’heure exactes, la position du soleil...
Pour la plupart, une photo aide à reconstituer un événement du passé. La mémoire de TL lui permet de se souvenir de détails que nous négligeons : les sensations, la date et l’heure exactes, la position du soleil...

TL souffre d’hypertimésie, aussi appelée mémoire autobiographique hautement supérieure (HSAM, pour ses sigles en anglais). Une condition si rare que, jusqu’en 2021, moins de 100 personnes dans le monde avaient été formellement diagnostiquées. Il ne s’agit ni d’un truc ni d’un entraînement : ses souvenirs sont involontaires, automatiques et apparaissent d’eux-mêmes.

C’est comme si le bouton « supprimer » dans son cerveau n’existait tout simplement pas.

Une pièce blanche où vit le passé

Ce qui a le plus surpris la neuropsychologue Valentina La Corte et son équipe, c’est la manière dont TL organise ses souvenirs. Elle les décrit comme stockés dans une immense pièce blanche et rectangulaire au plafond bas, divisée en sections : vacances, famille, amis, école.

La science n’a pas encore réussi à percer tous les secrets de la manière dont le cerveau traite les pensées du passé, du présent et du futur.
La science n’a pas encore réussi à percer tous les secrets de la manière dont le cerveau traite les pensées du passé, du présent et du futur.

Mais TL ne se contente pas d’observer le passé en spectatrice. Parfois, elle le revit de l’intérieur de la scène ; d’autres fois, elle l’observe de l’extérieur, comme si elle était une autre personne. Cela a conduit les chercheurs à se poser une question encore plus déroutante : peut-elle aussi « voyager » vers l’avenir ? La réponse les a laissés sans voix.

TL étiquette chaque souvenir avec une date, les personnes présentes et ce qu’elle a ressenti. C’est littéralement comme disposer d’une archive mentale avec son propre moteur de recherche.

Lorsqu’elle imagine des événements futurs, elle les décrit avec une richesse de détails sensoriels bien supérieure à celle d’une personne moyenne : lieu, lumière, température, émotions anticipées. Comme si elle s’en souvenait avant même qu’ils ne se produisent.

La limite entre se souvenir et revivre

Le cas de TL est le premier à évaluer de manière complète les capacités de voyage mental dans le temps d’une personne atteinte d’hypertimésie. Il soulève une question dérangeante : où s’arrête la mémoire et où commence autre chose ? Les chercheurs eux-mêmes reconnaissent que certains souvenirs pourraient être influencés par des photos, des récits familiaux ou des rêves, ce que TL elle-même admet.

Oublier n’est pas un défaut : c’est une fonction de protection.

La science de l’oubli montre qu’oublier n’est pas un défaut mais une fonction de protection. Sans ce filtre, le cerveau s’effondrerait sous le poids émotionnel de tout ce qui a été vécu. Jill Price, premier cas documenté d’hypertimésie en 2006, l’a décrit sans détour : « Ma mémoire est comme un film qui ne s’arrête jamais ». Pour elle, ce n’était pas un don mais un fardeau.

TL, pour l’instant, semble mieux la gérer, mais les chercheurs avertissent qu’il reste encore presque tout à découvrir : comment évolue-t-elle avec l’âge ? Peut-on apprendre à la contrôler ? Qu’en est-il de la santé mentale à long terme ?

Pour le moment, TL continue d’aller à l’école, de vivre sa vie d’adolescente, accumulant de nouveaux souvenirs qu’elle ne pourra jamais effacer. Pendant ce temps, les neuroscientifiques tentent de comprendre ce que son cerveau possède que le reste des mortels n’a pas.

La réponse pourrait bien changer tout ce que nous pensons savoir sur qui nous sommes et pourquoi nous nous souvenons de ce dont nous nous souvenons.

Référence de l'article :

La Corte, V., Piolino, P. & Cohen, L. (2025). Autobiographical hypermnesia as a particular form of mental time travel. Neurocase. DOI: 10.1080/13554794.2025.2537950