Super El Niño en vue : la nouvelle prévision du Centre européen (ECMWF) annonce un scénario d’épisode très intense
Le Centre européen (ECMWF) a publié la première prévision d’El Niño réalisée en juin, après la fin de la barrière de prévisibilité. Les résultats renforcent le scénario d’un épisode très intense et augmentent la confiance dans les projections pour le second semestre.

Le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) a publié ce vendredi 5 juin une nouvelle mise à jour de ses prévisions pour El Niño 2026-2027. Cette actualisation revêt une importance particulière puisqu’il s’agit de la première prévision réalisée après la période connue sous le nom de barrière de prévisibilité, une phase durant laquelle les modèles climatiques présentent généralement davantage d’incertitudes.
Les résultats continuent de montrer un réchauffement très intense du Pacifique équatorial et renforcent la possibilité d’un Super El Niño au cours du second semestre. La confiance dans les projections concernant l’évolution du phénomène et ses conséquences potentielles sur le climat mondial et celui du Brésil s’en trouve ainsi renforcée. Découvrez ci-dessous ce que révèle cette nouvelle prévision de l’ECMWF ainsi que les principaux effets attendus au Brésil au cours du second semestre.
Fin de la barrière de prévisibilité : une confiance accrue dans les prévisions
La barrière de prévisibilité correspond à la période mars-avril-mai. Durant ces mois, les océans et l’atmosphère connaissent des évolutions plus rapides qu’à d’autres moments de l’année. De faibles variations temporaires de la température de l’océan ou des configurations atmosphériques peuvent alors entraîner des erreurs amplifiées dans les prévisions pour le reste de l’année.
Pour cette raison, les prévisions élaborées après le mois de mai sont généralement considérées comme plus fiables pour évaluer l’intensité future d’El Niño. Les principaux enseignements de cette mise à jour sont les suivants :
- Il s’agit de la première prévision parmi les grands centres météorologiques mondiaux réalisée en juin, après la fin de la barrière de prévisibilité ;
- Le signal d’un épisode fort à très fort est maintenu par rapport aux précédentes prévisions ;
- La cohérence des projections renforce la confiance dans le scénario envisagé pour le second semestre.
Ces résultats confirment une tendance observée depuis plusieurs mois par les principaux modèles climatiques et régulièrement mise en avant par Meteored.
La nouvelle prévision maintient le signal d’un réchauffement exceptionnel du Pacifique
La prévision de l’ECMWF, initiée le 1er juin, continue d’indiquer que les anomalies de température de surface de la mer (TSM) dans la région Niño 3.4 devraient dépasser 2 °C dès l’hiver et se maintenir à ce niveau tout au long du second semestre.
Les anomalies absolues comme les anomalies relatives demeurent supérieures à 2 °C, seuil généralement utilisé pour caractériser les épisodes très intenses. Les anomalies absolues correspondent à l’écart entre la température de l’océan et la moyenne climatique, tandis que les anomalies relatives tiennent également compte du réchauffement observé dans les autres océans tropicaux afin d’isoler plus précisément le signal propre à El Niño.

Parmi les principaux points mis en avant par cette prévision figurent :
- Des anomalies supérieures à 2 °C qui persistent et continuent de se renforcer entre juillet et au moins novembre ;
- Certains membres individuels de l'ensemble de prévision affichent même des valeurs supérieures à 4 °C entre octobre et novembre ;
- Le signal d'un réchauffement intense reste cohérent d'une mise à jour du modèle à l'autre.
Cette nouvelle prévision renforce ainsi la possibilité d'un épisode exceptionnellement intense dans le Pacifique équatorial. Une analyse plus robuste doit toutefois prendre en compte la concordance entre les différents modèles climatiques.
Dans ce contexte, la prochaine mise à jour du traditionnel « plume » de modèles de l'IRI-Columbia, prévue le 19 juin, permettra de vérifier si les autres modèles climatiques continuent eux aussi à envisager un El Niño très intense.
Quels seraient les impacts d'un Super El Niño au Brésil ?
Alors que les épisodes faibles peuvent ne pas être suffisamment puissants pour engendrer une réponse atmosphérique capable de modifier les régimes de circulation, de précipitations et de températures à l'échelle du globe, les épisodes intenses ou très intenses augmentent la probabilité de voir apparaître les schémas classiques associés à El Niño.
Les effets régionaux dépendent toutefois de nombreux facteurs atmosphériques et de leurs interactions avec d'autres échelles climatiques. Ils n'évoluent pas de manière linéaire avec l'intensité des anomalies observées dans l'océan Pacifique.
La prévision des anomalies de précipitations de l'ECMWF, établie en juin, montre que des cumuls de pluie supérieurs à la normale devraient persister dans le sud du Brésil durant tout le second semestre, avec des anomalies mensuelles dépassant 50 mm entre juillet et décembre.
Dans le même temps, la sécheresse devrait progressivement s'installer dans les régions Nord et Nord-Est, puis s'étendre au Centre-Ouest et au Sud-Est à partir du mois de novembre, ce qui pourrait conduire à une saison des pluies déficitaire.

Si ce scénario se confirme, les conséquences pourraient être importantes dans différentes régions du pays. Outre des cumuls de pluie supérieurs à la normale et une augmentation des phénomènes extrêmes dans le sud du Brésil, la sécheresse pourrait entraîner des dommages à la biodiversité amazonienne ainsi que des répercussions sur les populations locales, favoriser la multiplication des incendies et réduire la productivité agricole dans le Centre-Ouest.
Par ailleurs, une autre source majeure de préoccupation concerne l’approvisionnement en eau de São Paulo, la plus grande métropole d’Amérique du Sud. Actuellement, le système de réservoirs de Cantareira fonctionne avec moins de 40 % de sa capacité en ce début de mois de juin et dépend fortement de la saison des pluies pour reconstituer ses réserves.

Concernant les températures, les prévisions mensuelles indiquent que le mois de juillet devrait encore rester relativement modéré, avec des températures conformes aux normales de saison dans le Centre-Sud du pays (en gris sur la carte) et des anomalies comprises entre +0,5 °C et +2 °C dans les régions du Centre-Nord, en particulier dans le Nordeste.
Entre octobre et décembre, en revanche, les températures moyennes devraient fortement augmenter. Les anomalies les plus importantes pourraient atteindre jusqu'à +4 °C au-dessus des normales de saison, favorisant la survenue de vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses.
Les vagues de chaleur sont considérées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme l'une des principales causes de mortalité liées aux phénomènes météorologiques et climatiques.