Les nouvelles prévisions confirment un phénomène Super El Niño historique, avec un réchauffement supérieur à 3 °C

Les principaux centres internationaux de prévision climatique renforcent le scénario d’un Super El Niño historique. La convergence des modèles, l’intensification du réchauffement prévu et les conditions records déjà observées dans l’océan Pacifique confortent l’hypothèse selon laquelle l’épisode de 2026-2027 pourrait être le plus intense depuis le début des relevés.

Les anomalies de température à la surface de la mer observées le 19 juillet 2026 montrent une vaste zone du Pacifique équatorial affichant des températures supérieures de plus de 3 °C aux normales. Crédit : traitement réalisé par Meteored à partir des cartes mondiales de la NASA.
Les anomalies de température à la surface de la mer observées le 19 juillet 2026 montrent une vaste zone du Pacifique équatorial affichant des températures supérieures de plus de 3 °C aux normales. Crédit : traitement réalisé par Meteored à partir des cartes mondiales de la NASA.

Le graphique en éventail des prévisions d’El Niño de l’Institut international de recherche sur le climat et la société, l’IRI de l’Université Columbia aux États-Unis, l’une des principales références mondiales pour le suivi et la prévision de l’ENSO — El Niño-Oscillation australe —, a été mis à jour ce lundi 20 juillet.

Ce nouvel ensemble de simulations renforce un scénario évoqué depuis plusieurs mois par les principaux centres météorologiques : El Niño 2026-2027 devrait atteindre une très forte intensité, avec des anomalies susceptibles de dépasser 3 °C entre octobre et décembre. Il pourrait ainsi devenir l’épisode le plus intense jamais enregistré.

Cette mise à jour est particulièrement importante, car elle rassemble les prévisions de 24 modèles climatiques initialisés en juillet, après que le Pacifique équatorial a atteint des températures records pour cette période de l’année.

En intégrant ce réchauffement exceptionnel dans les conditions initiales des simulations, les modèles renforcent la probabilité qu’El Niño continue de s’intensifier, et ce de manière marquée, au cours des prochains mois. Examinons ci-dessous les conditions actuelles dans l’océan Pacifique et les indications fournies par les nouvelles prévisions.

Conditions actuelles dans l’océan Pacifique : un réchauffement record

Selon les données d’observation hebdomadaires publiées par le Climate Prediction Center, le CPC de la NOAA, la région Niño 3.4 a enregistré, au cours de la semaine centrée sur le 15 juillet, une anomalie absolue de +2,1 °C par rapport à la normale climatique. Il s’agit de la deuxième semaine consécutive durant laquelle les anomalies absolues atteignent ou dépassent 2 °C, un seuil caractéristique des épisodes El Niño « très intenses ».

Bien que cette valeur ne suffise pas à classer officiellement le phénomène parmi les épisodes El Niño très forts, puisque cette classification repose sur la moyenne trimestrielle des anomalies, les données montrent que l’océan a déjà atteint des températures comparables à celles observées lors des grands événements historiques.

Les anomalies relatives, qui tiennent compte du réchauffement moyen des océans tropicaux et constituent désormais l’indicateur officiel de suivi des phénomènes ENSO, ont atteint 1,4 °C au cours de la dernière semaine, se rapprochant ainsi du seuil correspondant à un événement « fort », fixé à 1,5 °C.

Les eaux subsuperficielles, jusqu’à 300 mètres de profondeur, présentent également une vaste masse d’eau chaude, avec des anomalies supérieures à 6 °C dans les zones les plus proches de la surface.

Synthèse du bulletin hebdomadaire de la NOAA présentant les anomalies de température à la surface de la mer et l’évolution thermique des eaux subsuperficielles du Pacifique équatorial. Crédit : Meteored, à partir des données du CPC/NOAA.
Synthèse du bulletin hebdomadaire de la NOAA présentant les anomalies de température à la surface de la mer et l’évolution thermique des eaux subsuperficielles du Pacifique équatorial. Crédit : Meteored, à partir des données du CPC/NOAA.

Par ailleurs, le Climate Reanalyzer, qui exploite les données quotidiennes du CPC/NOAA sur la température à la surface de la mer, montre que l’année 2026 établit de nouveaux records.

Cette situation apparaît clairement sur les graphiques ci-dessous : la courbe rouge, correspondant à l’année en cours, se démarque de toutes les autres, aussi bien pour la température moyenne des océans à l’échelle mondiale entre 60° N et 60° S, à gauche, que dans la région Niño 3.4, à droite.

La température quotidienne à la surface de la mer, à l’échelle mondiale à gauche et dans la région Niño 3.4 à droite, met en évidence le réchauffement record observé en 2026, représenté par la courbe rouge. Crédit : Meteored, d’après les graphiques du Climate Reanalyzer.
La température quotidienne à la surface de la mer, à l’échelle mondiale à gauche et dans la région Niño 3.4 à droite, met en évidence le réchauffement record observé en 2026, représenté par la courbe rouge. Crédit : Meteored, d’après les graphiques du Climate Reanalyzer.

Depuis juin 2026, la température moyenne des océans à l’échelle mondiale, tout comme celle de la région Niño 3.4, atteint des niveaux records. Dans cette dernière zone, elle a déjà dépassé 29 °C au début de l’hiver austral, surpassant les valeurs observées lors des épisodes historiques d’El Niño de 1982, 1997 et 2015.

La nouvelle prévision table sur un pic à +3,1 °C

Le graphique en éventail des modèles de l’IRI rassemble les prévisions de nombreux centres météorologiques du monde entier. La mise à jour publiée ce lundi 20 juillet renforce la probabilité qu’El Niño 2026-2027 atteigne une très forte intensité et figure parmi les épisodes les plus puissants jamais observés.

Les prévisions les plus récentes indiquent que les anomalies de température à la surface de la mer dans la région Niño 3.4, principale zone de référence pour le suivi du phénomène, pourraient dépasser 3 °C entre le printemps et l’été de l’hémisphère Sud.

Les modèles dynamiques, représentés par la courbe rose plus épaisse et considérés comme les plus fiables à cette échéance, prévoient une intensification supplémentaire du réchauffement par rapport à la précédente mise à jour. Dans les simulations initialisées en juin, le pic prévu atteignait 2,6 °C. Il est désormais estimé à environ 3,1 °C, soit une hausse d’un demi-degré.

Prévision de l’anomalie relative de la température à la surface de la mer dans la région Niño 3.4, à partir des simulations initialisées en juin, à gauche, et en juillet, à droite. Crédit : Meteored. Source : IRI.
Prévision de l’anomalie relative de la température à la surface de la mer dans la région Niño 3.4, à partir des simulations initialisées en juin, à gauche, et en juillet, à droite. Crédit : Meteored. Source : IRI.

Un autre élément important est que, depuis 2025, le graphique de l’IRI n’intègre plus l’un des principaux systèmes de prévision climatique au monde : le modèle du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, l’ECMWF.

Les simulations initialisées en juillet montrent que l’ECMWF prévoit des anomalies supérieures à 2,5 °C dès le mois d’août, puis dépassant 3 °C à partir d’octobre. Si ces prévisions figuraient encore dans l’éventail de l’IRI, la moyenne de l’ensemble serait encore plus élevée.

Prévision des anomalies absolues de température à la surface de la mer dans la région Niño 3.4, selon l’ensemble multimodèle du C3S, à gauche, et les neuf modèles qui le composent, à droite. Crédit : Meteored/C3S-ECMWF.
Prévision des anomalies absolues de température à la surface de la mer dans la région Niño 3.4, selon l’ensemble multimodèle du C3S, à gauche, et les neuf modèles qui le composent, à droite. Crédit : Meteored/C3S-ECMWF.

Par ailleurs, l’ECMWF, par l’intermédiaire du service Copernicus sur le changement climatique, le C3S, met à disposition une moyenne établie à partir de neuf modèles issus de différents centres de prévision climatique. Cet ensemble confirme lui aussi l’intensité exceptionnelle de l’épisode, avec des anomalies pouvant atteindre 3,5 °C en décembre.

La cohérence entre les mises à jour successives des modèles, le renforcement continu du signal de réchauffement dans les prévisions et les conditions actuellement observées dans l’océan Pacifique confortent l’hypothèse selon laquelle El Niño 2026-2027 pourrait non seulement figurer parmi les épisodes les plus intenses jamais observés, mais aussi prétendre au record de l’événement le plus puissant depuis le début des relevés.