La mer Méditerranée a dépassé les 33 °C et le météorologue Johannes Habermehl alerte : "je n’avais encore jamais vu ça"

Au large des côtes de Majorque, la température de l’eau atteint l’incroyable valeur de 33 °C : un véritable record ! Ce qui semble aujourd’hui propice aux plaisirs de la baignade pourrait se transformer en un déchaînement de violents orages à l’automne.

Si une situation instable se produit alors que la Méditerranée est très chaude, le risque de pluies torrentielles augmente.
Si une situation instable se produit alors que la Méditerranée est très chaude, le risque de pluies torrentielles augmente.

C’est un chiffre qui laisse sans voix même les experts météorologiques les plus chevronnés : 33,02 °C. La Méditerranée n’avait jamais atteint une température aussi élevée depuis le début des relevés. Cette valeur exceptionnelle a été enregistrée par une bouée située au large de Dragonera, à Majorque, ce qui signifie que la Méditerranée occidentale affiche des températures supérieures de quatre à six degrés aux normales de cette période de l’année.

Le précédent record remontait à l’été 2024 et s’établissait à 31,87 °C. Il est désormais dépassé de plus d’un degré entier ; dans le domaine des mesures de température de la mer, ce n’est pas anodin, mais un bond considérable. La mer s’est transformée en véritable baignoire : on ne s’y rafraîchit plus, on commence presque à y transpirer.

« La Méditerranée est une batterie chargée au maximum »

Ce qui, pour les baigneurs, ressemble à une eau particulièrement agréable est en réalité une véritable bombe à retardement. Chaque degré supplémentaire de la mer entraîne davantage d’évaporation, plus d’humidité dans l’air et donc une grande quantité de carburant pour les phénomènes météorologiques extrêmes. Cette chaleur ne disparaît pas simplement : elle s’accumule.

« Tant de chaleur, et si tôt… Je n’avais encore jamais rien vu de pareil. La mer est actuellement comme une batterie chargée au maximum, susceptible de se décharger brutalement à l’automne », avertit le météorologue allemand Johannes Habermehl. Et c’est précisément cette situation qui inquiète de plus en plus les experts. Ce qui paraît aujourd’hui inoffensif, comme une eau de baignade très chaude, peut se transformer en quelques heures en une force de la nature déchaînée.

Vers un risque de pluies diluviennes et de médicanes ?

Dans les milieux météorologiques, certains termes suffisent à faire transpirer les touristes : l’un d’eux est « médicane ». Ce néologisme, formé à partir de Mediterranean et hurricane, désigne une dépression de type cyclonique qui ressemble de manière frappante à un véritable ouragan, avec un œil en rotation, de violentes rafales et des pluies torrentielles.

Il est vrai qu’une tempête de ce type est plus petite que ses grandes sœurs de l’Atlantique. Mais ce qu’elle perd en taille, elle le compense par sa violence. Son moteur est l’eau chaude : plus le contraste est important entre la surface de la mer et l’air froid en altitude, plus la situation peut devenir explosive. Le potentiel destructeur de ce phénomène a été démontré en 2023 avec le médicane Daniel, qui a provoqué le débordement de barrages entiers en Libye.

Actuellement, les eaux du bassin méditerranéen sont nettement plus chaudes que la normale.
Actuellement, les eaux du bassin méditerranéen sont nettement plus chaudes que la normale.

Bien sûr, un autre phénomène très médiatisé est celui des gouttes froides, notamment depuis les inondations catastrophiques qui ont frappé Valence et d’autres provinces espagnoles à la fin du mois d’octobre 2024. Cette année, le potentiel est considérable, mais il faut rappeler qu’une goutte froide n’est pas synonyme de pluies torrentielles.

Faut-il craindre un automne marqué par des situations préoccupantes… ou peut-être pas ?

La bonne nouvelle pour tous ceux qui commencent déjà à faire leurs valises avec inquiétude, c’est que la chaleur de l’eau ne suffit pas, à elle seule, à provoquer une inondation catastrophique. Il faut également que les conditions météorologiques soient favorables en altitude, avec de l’air froid en haute altitude et un faible cisaillement du vent. Ce n’est que lorsque toutes ces conditions sont réunies simultanément qu’un médicane ou une goutte froide peuvent véritablement gagner en puissance.

Ces tempêtes ne se produisent pas nécessairement plus souvent en raison des températures record de la mer, mais elles peuvent être plus dangereuses. Si toutes les conditions sont réunies cet automne, le prochain épisode de mauvais temps pourrait être beaucoup plus intense qu’au cours d’une année normale. Des crues soudaines sur les côtes espagnoles, italiennes et croates, ainsi que des quantités de pluie équivalentes à plusieurs mois de précipitations tombant en seulement quelques heures : ce scénario est plus plausible qu’à l’accoutumée.

Vacances d’automne : faut-il modifier sa réservation ou peut-on partir sereinement ?

La question essentielle est donc la suivante : est-ce désormais une mauvaise idée de passer ses vacances d’automne en Méditerranée ? La réponse est non : céder à la panique n’est pas la meilleure attitude. Des millions de personnes profiteront de leur séjour sans rencontrer de problème ; un médicane ou une goutte froide à fort impact ne sont pas non plus des phénomènes qui se produisent chaque jour, mais correspondent aux scénarios les plus extrêmes possibles.

La température de la Méditerranée dépasse les 30 °C sur de vastes zones.
La température de la Méditerranée dépasse les 30 °C sur de vastes zones.

Mais les températures très élevées de la mer ont considérablement accru le risque de violents orages, et cela doit être pris au sérieux. Le meilleur conseil : restez attentif aux alertes météorologiques, souscrivez une assurance voyage avec des conditions d’annulation flexibles et, en cas de doute, évitez le littoral si de violents orages ou une goutte froide sont annoncés. En restant vigilant, il n’est pas nécessaire de renoncer à son séjour ; il suffit d’aborder l’automne au bord de la mer avec prudence et attention.