Stockage du carbone : et si replanter des arbres n'était pas aussi efficace que ce que l'on pensait ?

Dans l'industrie du bois, il est d'usage de replanter de jeunes arbres après en avoir abattu de plus grands. Toutefois, une récente étude menée en Suède montre que les forêts plantées par l'Homme n'ont pas les mêmes capacités de stockage de carbone.
La déforestation liée au marché du bois
Les forêts du monde entier jouent un rôle majeur pour la séquestration du carbone. En effet, celles-ci constituent le deuxième puits de carbone naturel après l'océan, séquestrant plus de 7 milliards de tonnes de dioxyde de carbone (CO2) par an, ce qui représente 1,5 fois plus que ce que les États-Unis émettent annuellement dans notre atmosphère.
Pour réduire l'impact du marché du bois, de nombreuses entreprises plantent aujourd'hui autant de bois qu'elles n'en coupent, c'est notamment le cas de la Suède où l'exploitation du bois est particulièrement importante. On estime en effet que le pays coupe environ 1,4% de ses forêts chaque année, une vitesse six fois plus rapide que la déforestation de l'Amazonie.
Ce constat pourrait ne pas être inquiétant en sachant que les entreprises suédoises replantent justement autant d'arbres qu'elles n'en coupent. Néanmoins, une nouvelle étude menée à travers le pays scandinave et récemment parue dans la revue Science dresse un bilan bien moins positif de la déforestation liée au marché du bois.
Un stockage bien moins efficace
Selon l'étude en question, les forêts plantées par l'industrie du bois stockent en effet 83% de carbone en moins par acre (~0,4 hectares) que les forêts primaires, une différence 2,7 à 8 fois supérieure que les chiffres avancés par les autorités suédoises. D'après les scientifiques, il serait ainsi nécessaire de supprimer 8 milliards de tonnes de CO2 de l'atmosphère pour retrouver l'équivalent du stockage permis par les forêts naturelles.
Les chercheurs ont découvert que les forêts boréales stockaient en fait la majorité du carbone dans la Terre, et non dans les arbres. Les sols renfermeraient en effet 64% du carbone total dans les forêts primaires analysées, contre 30% dans les arbres et 6% dans le bois mort.
Cette étude prouve donc que protéger les forêts primaires restantes a beaucoup plus d'intérêt que ce qu'on ne pensait à l'échelle de la planète, les nouveaux arbres plantés par la suite étant bien moins efficaces pour stocker du CO2.
Il serait également nécessaire de comprendre véritablement les mécanismes amenant à ce stockage plus efficace dans les forêts primaires, afin de pouvoir à terme restaurer certaines sites dégradés par l'industrie du bois et donc certains larges puits de carbone très importants pour notre planète. L'équation du stockage du CO2 est en effet bien moins simple que ce que nous pouvions imaginer jusqu'à aujourd'hui.
Référence de l'article :
Les arbres plantés par l’homme stockent beaucoup moins de carbone que les forêts naturelles, Geo (20/03/2026), Lola Breton