Quel est le « pays le plus étrange au monde » qui s'ouvre doucement au tourisme ?

Aussi intriguant que mystérieux, le Turkménistan est un des pays les plus fermés au monde. Gouverné d’une main de fer, il maintient un régime de visa particulièrement restrictif, à contre-courant des quatre autres pays d’Asie Centrale.

Le monument de l'Indépendance et la Bibliothèque nationale, à Ashgabat.
Le monument de l'Indépendance et la Bibliothèque nationale, à Ashgabat.

Sur les réseaux sociaux, les créateurs de contenus ayant réussi à entrer dans cette ex-république soviétique d'Asie centrale largement désertique et riche en gaz décrivent le Turkménistan comme le « pays le plus étrange au monde ».

Le Turkménistan est le plus fermé des cinq pays d'Asie centrale ayant appartenu au régime soviétique. Autant dire que les touristes se comptent sur les doigts d’une main, d’autant que le visa ne s’obtient pas si facilement. Le simple visa de transit de 5 jours est plus facile à décrocher et c'est ce que font la plupart des voyageurs qui, entre l’Iran et l’Ouzbékistan, se lancent à la découverte des trésors architecturaux du Turkménistan.

Achgabat, la ville blanche aux monuments spectaculaires

Dans la fournaise d’un désert qui couvre les quatre cinquièmes du pays, l’essentiel de la vie se concentre dans la capitale, Achgabat, qui se distingue par un paysage architectural insolite, façonné par le dirigeant incontesté Gurbanguly Berdimukhamedov, friand de records, dont celui de ville au monde ayant « la plus forte densité d'immeubles en marbre blanc », décerné à la capitale par le Guinness. « À Achkhabad, tout est blanc, confirme Liza Zorn, une touriste allemande. J'ai vu des feux de circulation blancs pour la première fois de ma vie. »

Bien que la capitale du Turkménistan ait subi des heures sombres durant son histoire, cela lui a permis d’édifier un patrimoine sans précédent pour un pays qui reste à l’écart des flux touristiques. En effet, Achgabat a connu un tragique tremblement de terre en 1948 qui a entraîné la mort de plus de 100 000 de ses habitants. La ville a érigé un monument en l’honneur de ses victimes, le Mémorial du tremblement de terre. Ce monument est l’exemple même d’un pays qui se consacre de plus en plus à l’édification de bâtiments imposants. L’une des fiertés de la ville reste la mosquée Ertugrul Gazi, située au cœur de la ville. L’architecture spectaculaire de cette dernière, entourée de quatre minarets, fait écho à la grande mosquée Bleu d’Istanbul.

Un cratère brûlant et des sites archéologiques d'exception

L’une des principales curiosités du pays est la Porte de l’enfer. Localisé à 3 heures de la capitale, dans le désert Kara-Koum, ce cratère gazier brûlant depuis un demi-siècle, issu d’un accident industriel, attire chaque année un nombre toujours plus important de touristes venus au Turkménistan afin d’admirer cette merveille inhabituelle. Cette combustion incroyable fait de ce lieu le plus mystérieux de tout le pays dans lequel il est possible de voir des flammes brûler à plus de 20 mètres de profondeur.

Le cratère de Darvaza est l'un des lieux les plus étranges du pays.
Le cratère de Darvaza est l'un des lieux les plus étranges du pays.

Les ruines de Kunya Ourgentch, de Merv et de Nisa, toutes inscrites au patrimoine mondiale de l’Unesco, sont uniques au monde par leur richesse et leur étendue. Merv fut une ville légendaire, une étape incontournable de la Route de la Soie. Nisa fut la capitale de cet empire dominant l’Asie centrale et dont les ruines et vestiges, subsistant encore aujourd’hui, témoignent du rôle important de la cité et de l’empire en terme économique et politique.

Un peuple hospitalier héritier de traditions nomades

La Journée du tapis, au cours de laquelle les touristes peuvent assister à une démonstration de tissage traditionnel et une dégustation de produits locaux, est un élément qui forme, avec les chevaux akhal-teke et les chiens alabaï, la trinité vénérée par le régime. Les tapis turkmènes sont connus dans le monde entier pour leur incroyable qualité et les traditions de tissages fait à la main. Quant aux chevaux, ils sont d'une race de cheval de selle ancienne originaire d’Asie centrale dont les principales caractéristiques sont leur grande rapidité, leur endurance et leur robustesse. Mais ce qui rend cette race véritablement unique et ce qui l’a rendu mondialement célèbre reste ses reflets dorés.

Il faut organiser ses déplacements via une agence de voyages, tout doit être approuvé et organisé à l'avance.

Le tourisme reste embryonnaire. Tout touriste doit montrer patte blanche, son itinéraire est balisé et l'arrivée encadrée, avec des liaisons aériennes limitées. « Il faut organiser ses déplacements via une agence de voyages, tout doit être approuvé et organisé à l'avance », rappelle Effie Frank, encadrante de l'agence Saiga tours.

Quoiqu'il en soit, les locaux seront toujours heureux de rencontrer des voyageurs curieux de découvrir le Turkménistan, de les accueillir chez eux et de leur offrir une tasse de thé ou encore de leur faire goûter aux mets locaux. Héritiers des traditions nomades, ils sont d’autant plus hospitaliers que, coupés du reste du monde, ils sont avides de nouvelles de l’étranger !

Référence

Sites archéologiques, marbre blanc, cratère brûlant... Le «pays le plus étrange au monde» s’ouvre timidement au tourisme, Le Figaro avec AFP, le 23 juin 2026