Et si les meilleures vacances étaient de rester chez soi ?
Rythme quotidien trop intense, stress généré par l'organisation des vacances, contre-pied d'une norme de plus en plus vécue comme une obligation... Le sédentarisme estival est désormais revendiqué et s'impose comme une nouvelle tendance.

En 2026, plus d'un quart des Français (27%) s'apprête à renoncer à tout séjour d'au moins quatre nuits consécutives hors de leur domicile, selon un sondage Ipsos pour le Secours populaire, réalisé début mai et publié le 12 juin. Certes, rester chez soi pendant ses congés peut être un choix pour certains, surtout lorsqu’on bénéficie d’un cadre de vie agréable. Mais le taux de départ en vacances est très inégal, selon les revenus et la catégorie sociale.
Au-delà de ce sondage, de précédentes études ont mis en évidence un phénomène massif de non-départ en vacances. "Depuis trente ou quarante ans, on observe un taux assez stable autour de 40% des Français qui ne partent pas en vacances au cours de l'année", rappelle le sociologue Bertrand Réau, professeur au Conservatoire national des arts et métiers.
Une conquête sociale devenue une obligation
L’été est synonyme de vacances, de voyage et... de réussite. « Les vacances constituent à l’origine une conquête sociale, rappelle la docteure en sociologie Audrey Van Ouytsel pour le media SoSoir. Elles sont le fruit de luttes visant à améliorer les conditions de vie et à garantir un droit au repos. Mais ce temps libéré du travail a progressivement acquis une autre fonction : il est devenu un espace où se jouent des enjeux de reconnaissance sociale, d’identité et de distinction. »

À tel point que poser ses congés en juillet ou en août et se choisir une destination « de rêve » ne s’apparente plus à un moment de détente et coupure nécessaire, mais à une obligation à laquelle certains, de plus en plus nombreux, tentent de se soustraire. Par flemme, pour des raisons financières, par souci écologique ou par refus de la norme.
Prendre le contre-pied en restant chez soi
Le choix d'un lieu de vie qui est parfois lui-même un lieu de vacances - on pense à Marseille, la Normandie, la Bretagne ou encore le Sud-Ouest, le télétravail qui donne parfois l'impression d'être en semi-vacances permanentes, la pression d'organiser les vacances et de choisir la destination parfaite, mais aussi la surabondance des images de soi-disant « destinations de rêve » véhiculées sur les réseaux sociaux invite certains à prendre le contre-pied des vacances passées loin de chez soi.
« Certaines personnes revendiquent aujourd’hui le droit de ne pas partir, souligne Audrey Van Ouytsel. Cette résistance révèle une tension intéressante. D’un côté, les individus expriment un besoin réel de rupture avec un quotidien souvent intense. De l’autre, ils peuvent rejeter les contraintes que les vacances elles-mêmes génèrent. Le voyage n’apparaît alors plus comme une évidence, mais comme une option parmi d’autres pour retrouver du temps pour soi. »
La question n’est donc plus : où s'évader ? Mais bien : rester à la maison ne me nourrirait-il pas autant que de parcourir le monde ? « Aucune de ces options n’est intrinsèquement supérieure aux autres. La véritable liberté consiste peut-être à pouvoir choisir sans avoir à se justifier », conclut la sociologue.
Référence
Pourquoi la flemme de partir en vacances est de plus en plus tendance ?, Charlotte Vanbever, le 28 juin 2026