Le télescope James Webb révèle une énigmatique structure en "S" et des millions d'étoiles cachées au cœur de Centaurus A

Le télescope spatial James Webb perce les épais nuages de poussière de Centaurus A, révélant une énigmatique structure en forme de « S », des millions d'étoiles et un trou noir qui lèvent le voile sur le passé tumultueux de cette galaxie.

L'image en infrarouge moyen de Centaurus A, capturée par le télescope spatial James Webb (JWST), révèle les structures et l'activité qui animent cette galaxie. Crédit : NASA.
L'image en infrarouge moyen de Centaurus A, capturée par le télescope spatial James Webb (JWST), révèle les structures et l'activité qui animent cette galaxie. Crédit : NASA.

NGC 5128, plus connue sous le nom de Centaurus A, est une galaxie située à environ 12 millions d'années-lumière de la Terre, une distance relativement faible à l'échelle de l'Univers. C'est l'une des galaxies les plus brillantes du ciel et, surtout, la galaxie active la plus proche de nous.

Ses caractéristiques en font un véritable « laboratoire cosmique », idéal pour permettre aux astronomes de mieux comprendre la formation et l'évolution des galaxies ainsi que de leurs trous noirs supermassifs.

À première vue, Centaurus A présente une forme elliptique. Mais ce qui la rend vraiment unique est la large bande sombre et irrégulière qui traverse son centre. Constituée de poussière et de gaz, cette structure fut décrite comme une « cicatrice » par l'astronome James Dunlop, le premier à l'observer il y a près de 200 ans.

En son cœur se cache un trou noir supermassif dont la masse est estimée à environ 100 millions de fois celle du Soleil. Ce géant se nourrit de la matière qui l'entoure, libérant au passage d'immenses quantités d'énergie et projetant de puissants jets de matière dans l'espace.

Grâce à sa relative proximité, Centaurus A offre une occasion unique d'observer des phénomènes qui sont beaucoup plus difficiles à distinguer dans des galaxies plus éloignées. Les astronomes peuvent ainsi étudier en détail la dynamique des galaxies, leurs interactions avec d'autres galaxies ainsi que les effets exercés par leur trou noir central.

Un présent façonné par une collision ancienne

L'aspect actuel de Centaurus A est le résultat d'un événement cataclysmique survenu il y a environ deux milliards d'années. Les observations montrent qu'il s'agit des vestiges de la collision entre une gigantesque galaxie elliptique et une galaxie spirale plus petite, qui a finalement été absorbée.

La galaxie Centaurus A observée dans le domaine du visible à l'aide d'un télescope. Crédit : ESO.
La galaxie Centaurus A observée dans le domaine du visible à l'aide d'un télescope. Crédit : ESO.

La célèbre bande de poussière qui obscurcit le centre de la galaxie est en réalité le vestige de cette galaxie spirale, progressivement démantelée par l'immense force gravitationnelle de la galaxie elliptique. Cette collision a laissé des « cicatrices » encore visibles aujourd'hui, faisant de Centaurus A un objet de référence pour comprendre les fusions galactiques.

Cet affrontement titanesque a également déclenché une intense période de formation stellaire. En comprimant d'immenses nuages de gaz, la collision a favorisé la naissance de millions de nouvelles étoiles, donnant naissance à des amas stellaires brillants et très chauds, toujours visibles aujourd'hui le long des bords de la bande de poussière.

En plus des étoiles situées dans les régions internes de la galaxie, de longs filaments rougeâtres s'étendent sur plusieurs milliers d'années-lumière autour du noyau et servent de véritables pouponnières d'étoiles. Les astronomes débattent encore de leur origine : ces structures auraient pu être façonnées soit par le rayonnement émis par le noyau galactique, soit par les chocs entre les nuages de gaz provoqués lors de la fusion des deux galaxies.

Le télescope spatial James Webb, une révolution technologique

À l'occasion de son quatrième anniversaire d'exploitation scientifique, le télescope spatial James Webb (JWST) a réalisé des images de Centaurus A d'une précision inédite. Contrairement aux télescopes observant principalement dans le visible, le Webb utilise l'infrarouge, ce qui lui permet de traverser les épais nuages de poussière et de révéler les structures cachées derrière eux.

L'instrument MIRI (Mid-Infrared Instrument) a ainsi mis en évidence des structures de poussière lumineuses aux formes particulièrement complexes. Parmi elles figure une énigmatique structure en forme de « S » au cœur de la galaxie, qui soulève de nouvelles interrogations sur l'influence du trou noir supermassif sur la matière qui l'entoure.

Image de Centaurus A obtenue par l'Observatoire de La Silla et observations en infrarouge proche et moyen réalisées par le télescope spatial James Webb (JWST). Crédit : NASA.
Image de Centaurus A obtenue par l'Observatoire de La Silla et observations en infrarouge proche et moyen réalisées par le télescope spatial James Webb (JWST). Crédit : NASA.

De son côté, la caméra proche infrarouge (NIRCam) a permis de réaliser ce que les scientifiques qualifient d'« archéologie galactique ». Grâce à son exceptionnelle résolution, elle est capable de distinguer des millions d'étoiles individuelles dans des régions qui apparaissaient jusqu'à présent floues ou totalement obscurcies.

En étudiant ces étoiles une à une, les astronomes peuvent reconstituer l'histoire de la galaxie : sa formation, ses périodes de relative stabilité ainsi que le moment précis où la collision a déclenché une intense phase de formation stellaire. Centaurus A devient ainsi une véritable archive vivante de l'histoire de l'Univers.

Le mystérieux trou noir au cœur de la galaxie

Le télescope James Webb ne se contente pas de produire des images d'une qualité exceptionnelle. Grâce à la spectroscopie, il est également capable d'analyser les mouvements du gaz au sein de la galaxie. Les premières observations révèlent un gaz ionisé expulsé à très grande vitesse sous l'effet de l'activité du trou noir supermassif.

Les chercheurs ont également découvert que cet objet central joue un rôle à la fois complexe et paradoxal. D'un côté, il peut favoriser la naissance de nouvelles étoiles en comprimant les nuages de gaz. De l'autre, il peut freiner leur formation en éjectant cette matière hors de la galaxie. Un équilibre permanent s'instaure ainsi entre création et dispersion de la matière, sous l'influence du trou noir.

Comme nous l'avons évoqué précédemment, l'une des découvertes les plus fascinantes est cette mystérieuse structure en forme de « S » au cœur de la galaxie. Les astronomes savent qu'elle correspond à des nuages de poussière fortement déformés et répartis de manière asymétrique, mais son origine exacte demeure une énigme qui nécessitera encore de nombreuses observations pour être élucidée.

Grâce au télescope spatial James Webb, Centaurus A n'est plus simplement une tache lumineuse traversée par une « cicatrice ». Elle est devenue une véritable archive de l'histoire cosmique. Deux siècles après sa découverte, nous observons toujours la même région du ciel, mais avec un niveau de précision que James Dunlop n'aurait jamais pu imaginer.