Ce tatouage ancestral revient en force au Japon, malgré plus d’un siècle d’interdiction

Le tatouage hajichi est-il sur le point de faire son grand retour au Japon ? Après plus d’un siècle d’interdiction, les femmes de la communauté de Ryukyu veulent de nouveau arborer fièrement cet art sur leurs mains.

Le Japon et les tatouages, une relation complexe
Le Japon et les tatouages, une relation complexe

Tatouages. Nous sommes de plus en plus nombreux à arborer fièrement des tatouages. Certains aiment un petit tatouage discret à l’arrière de la nuque, d’autres préfèrent l’entièreté d’un bras tatoué. Certains aiment que leur tatouage ait une réelle signification, d’autres apprécient la pièce d’art. Les jambes, le dos et parfois même sur le visage, le tatouage intrigue et sa signification varie en fonction des sociétés.

Un tatouage fait pour et par les femmes de la communauté

Le Japon, par exemple, a une histoire très particulière avec le tatouage. Avant l'appellation d’Okinawa, ces îles étaient le royaume de Ryukyu, un royaume dans lequel les femmes pouvaient obtenir des positions de pouvoir, comme l’explique la doctorante Adriane Tengan-Stoia.

« Avant l’intervention occidentale et la colonisation japonaise, la chifijing ganashi me, ou grande prêtresse, était l’équivalent du roi »

Les poignets, le dos de la main, les doigts… Le dessin est partout

Mais au XIXe siècle, le gouvernement Meiji renverse ce royaume, annexe les îles et fait de ces dernières la préfecture d’Okinawa. Et puisque le gouvernement japonais souhaite un hétéropatriarcat, les femmes sont persécutées et se voient soustraites à leur rôle, pourtant essentiel dans la société. Enfin, leurs traditions sont mises à mal. L’une d’entre elles : le tatouage hajichi, un symbole pour la société ryukyuane, porté sur les mains.

Il s’agit d’un tatouage fait à l’aiguille, empreint de tradition et de culture, censé représenter les différentes étapes de vie d’une femme dans ce royaume. Une marque de tradition que le gouvernement japonais a voulu évincer. Mais en cela, il a échoué. Alors qu’en plein XXe siècle, l’interdiction est posée, des femmes se tatouent discrètement. Et aujourd’hui, ce tatouage renaît de ses cendres. La doctorante évoque une période de “sommeil” et non pas de disparition.

« Nos langues et coutumes autochtones n’ont pas “disparu”, elles se sont mises en “sommeil” pour nous permettre de survivre. Même après l’interdiction, le hajichi n’a jamais vraiment disparu »
Okinawa, ancien royaume de Ryukyu
Okinawa, ancien royaume de Ryukyu

Résultat : la nouvelle génération s’empare de leurs anciennes traditions et ont pour objectif de les faire renaître. Mais les restrictions et interdictions passées ont la vie dure. Les préjugés sont particulièrement ancrés dans la société japonaise actuelle et les tatouages ne sont pas toujours bien vus.

Plusieurs femmes de la communauté préfèrent trouver un compromis avec les traditions, en se faisant tatouer une partie du corps moins visible que les mains, par exemple.En effet, pour plusieurs métiers, il peut être très handicapant, voire complètement disqualifiant d’avoir un tatouage, surtout si celui-ci est particulièrement visible.

Le Japon est particulièrement attaché à ses traditions
Le Japon est particulièrement attaché à ses traditions

Les tatouages sont parfois associés, à tort ou à raison, à l’histoire des gangs de Yakuzas, la mafia japonaise. Mais la société ryukyuane entend bien renouer avec son passé, sa culture et ses symboles.

Référence de l'article

Haley Harrison. (2026). Longtemps interdits à Okinawa, ces tatouages renaissent grâce à la nouvelle génération.