Réchauffement climatique : les manchots ont besoin d'une aide urgente sous peine de disparaître

Le changement climatique provoque un déclin dramatique des populations de manchots empereurs, leur habitat antarctique fondant sous l'effet de la chaleur, alerte le WWF. L'organisation humanitaire appelle à une protection spéciale pour ces oiseaux avant qu'il ne soit trop tard.

Les manchots empereurs pourraient disparaître d'ici 2100 si des mesures urgentes ne sont pas prises.
Les manchots empereurs pourraient disparaître d'ici 2100 si des mesures urgentes ne sont pas prises.

D'après le WWF, les populations de manchots empereurs pourraient chuter de moitié au cours des 50 prochaines années.

Cet avertissement fait suite à la décision de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) de classer l'espèce « Quasi menacée » à « En danger » sur sa Liste rouge.

La population a diminué de près de 10 % entre 2009 et 2018. Plus récemment, la situation s'est encore aggravée avec la réduction record de la banquise.

Ces icônes de glace pourraient bien se diriger vers une extinction certaine d'ici la fin du siècle.

Entre 2018 et 2023, la population a diminué d'environ 22 %, et on estime actuellement à quelque 595 000 adultes le nombre d'individus.

Des modélisations antérieures laissaient entrevoir un déclin plus important, voire une extinction fonctionnelle d'ici la fin du siècle.

Le WWF appelle désormais à une action urgente pour enrayer le changement climatique et protéger les manchots empereurs et leur habitat.

Pourquoi les manchots empereurs sont-ils en si mauvaise posture ?

Cette espèce se rencontre uniquement en Antarctique et est parfaitement adaptée à la survie dans cet environnement.

Pendant neuf mois de l'année, les manchots empereurs dépendent de la banquise côtière, c'est-à-dire la banquise reliée à la terre ferme, aux fonds marins ou aux plateformes de glace.

Durant cette période, ils se rassemblent en grandes colonies pour s'accoupler, pondre des œufs, élever leurs poussins et muer afin de renouveler leur plumage imperméable et isolant.

Depuis 2013, le WWF et des scientifiques britanniques suivent les colonies de manchots empereurs en Antarctique grâce à l'imagerie satellite à haute résolution.

Ces recherches dressent un tableau de plus en plus sombre. Depuis 2016, la banquise antarctique a considérablement diminué, tant en superficie qu'en durée.

La fonte précoce de la banquise côtière à proximité de nombreuses colonies de reproduction autour de l'Antarctique a entraîné des échecs de reproduction catastrophiques.

En 2022, quatre des cinq sites de reproduction connus de l'Antarctique occidental se sont effondrés, et des milliers de poussins, dépourvus de plumes imperméables jusqu'à leur développement complet, ont probablement péri de froid ou de noyade.

Même les manchots adultes risquent de mourir dans les eaux glacées, faute d'espace pour muer en toute sécurité entre janvier et mars chaque année.

La fonte précoce de la banquise dans certaines parties de l'Antarctique occidental a contraint les manchots en mue à se concentrer sur une zone de glace plus restreinte, augmentant ainsi leurs risques de tomber dans les eaux glacées.

Les plumes des manchots empereurs ne sont pas imperméables pendant la mue, ce qui les expose à un risque de noyade.
Les plumes des manchots empereurs ne sont pas imperméables pendant la mue, ce qui les expose à un risque de noyade.

Que peut-on faire pour sauver les manchots empereurs ?

Le WWF demande que le manchot empereur soit inscrit comme espèce spécialement protégée lors de la prochaine réunion du Traité sur l'Antarctique en mai.

Cette mesure lui offrirait une protection supplémentaire contre les pressions humaines sur son habitat, notamment le tourisme et le transport maritime.

Rod Downie, conseiller principal du WWF pour les régions polaires et les océans, a déclaré : « Face au recul alarmant de la banquise antarctique auquel nous assistons actuellement, ces emblèmes de la glace risquent fort de disparaître d'ici la fin du siècle, à moins d'agir immédiatement.

« Il est urgent de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, de protéger les eaux entourant l'Antarctique, véritables paradis pour la vie marine, et de faire reconnaître le manchot empereur comme espèce spécialement protégée », a-t-il ajouté.