Pourquoi la "saison des feux" commence-t-elle de plus en plus tôt ?

Des incendies surviennent désormais dès le printemps, parfois même en hiver. Ce n'est pas la saison des feux qui change, mais les conditions climatiques qui s'installent plus tôt et durent plus longtemps. Faisons le point.

La saison des feux ne suit plus le calendrier : elle s'adapte désormais à un climat qui se réchauffe.
La saison des feux ne suit plus le calendrier : elle s'adapte désormais à un climat qui se réchauffe.

Longtemps, les grands incendies de forêt étaient associés au cœur de l'été. Aujourd'hui, ils surviennent bien avant les vacances estivales. Des landes du Médoc aux Alpilles, des feux sont désormais observés dès le mois de mars, voire dès février, comme à Mouriès en Provence en 2023. En Espagne aussi, des incendies typiques de l'été éclatent désormais au printemps.

Ce basculement ne signifie pas que les incendies apparaissent spontanément plus tôt. Elle traduit surtout que les conditions météorologiques qui favorisent leur déclenchement et leur propagation s'installent désormais plusieurs semaines avant le début traditionnel de la saison estivale.

Le réchauffement climatique allonge la période à risque

Pour Jean-Baptiste Fillipi, chercheur au CNRS et à l'Université de Corse, l'une des conséquences les plus concrètes du réchauffement climatique est l'augmentation du nombre de journées où les services de secours doivent rester en alerte.

La raison est bien identifiée. Les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, les épisodes de vent fort se multiplient et la végétation perd son humidité plus rapidement. Ensemble, ces facteurs créent un environnement où un départ de feu peut se transformer en incendie majeur en très peu de temps.

Le changement climatique n'allume pas les incendies. En revanche, il allonge les périodes pendant lesquelles ils peuvent éclore et se propager rapidement. Cette évolution concerne aussi un nombre croissant de territoires, bien au-delà des régions méditerranéennes historiquement les plus exposées.

À l'échelle européenne, certaines saisons voient ainsi partir en fumée jusqu'à 500 000 hectares de végétation, soit l'équivalent de la superficie d'un département français.

Une végétation plus sèche, un risque plus élevé

Avant même qu'une flamme n'apparaisse, la chaleur agit déjà sur les paysages. Les sols s'assèchent, les herbes jaunissent plus tôt, les broussailles perdent leur humidité et les arbres deviennent plus vulnérables. La végétation se transforme progressivement en un combustible particulièrement sensible au moindre départ de feu.

Le ministère de la Transition écologique souligne que la période à risque débute désormais dès le printemps dans plusieurs régions françaises et s'étend progressivement à de nouveaux territoires. Pour aider les habitants à anticiper ce danger, Météo-France publie chaque année la Météo des forêts, diffusée du 28 mai au 30 septembre, qui évalue quotidiennement le niveau de risque selon les conditions météorologiques.

L'été n'est donc plus l'unique période de vigilance. Les premiers épisodes de chaleur printaniers suffisent parfois à créer des conditions comparables à celles que l'on observait autrefois plusieurs semaines plus tard.

Une saison plus longue mets les secours sous tension

Cette évolution se mesure déjà sur le terrain. Depuis le début de la saison 2026, près de 7 000 départs de feu ont été recensés en France, détruisant 8 700 hectares, dont 1 200 hectares en une seule journée. Selon les autorités, les incendies surviennent désormais environ trois semaines plus tôt qu'auparavant, ce qui prolonge considérablement la période de mobilisation des secours.

Chaque jour, près de 2 000 sapeurs-pompiers, professionnels, volontaires, militaires et personnels civils sont engagés pour lutter contre les flammes. Dans les départements les plus exposés, comme l'Aude, les opérations peuvent mobiliser quatre Canadair, deux hélicoptères bombardiers d'eau, un Dash et des centaines de pompiers, parfois confrontés à des rafales atteignant 70 km/h.

Des secours qui doivent tenir tout l'été...et bien au-delà

Lorsque les premiers grands incendies surviennent plusieurs semaines avant le cœur de l'été, les services de secours doivent maintenir un niveau d'engagement élevé pendant une période beaucoup plus longue.

C'est cette « endurance » qui préoccupe aujourd'hui les autorités. Des feux plus précoces mobilisent les personnels, les moyens aériens et la logistique avant même le pic habituel de la saison, alors que de nouveaux départs restent possibles pendant plusieurs mois.

Pour s'y adapter, les dispositifs de prévention et d'intervention se renforcent. En 2026, des massifs forestiers situés dans 52 départements sont classés à risque d'incendie. La France compte 258 641 sapeurs-pompiers, dont 200 961 volontaires. Parmi eux, 91 000 sont désormais formés à la lutte contre les feux de forêt, soit 10 % de plus qu'il y a cinq ans.

Le climat prépare le terrain, l'humain déclenche l'étincelle

Une idée mérite d'être rappelée avec précision : le changement climatique ne provoque pas directement les départs de feu.

Selon le ministère de la Transition écologique, 90 % des incendies sont d'origine humaine. Un mégot jeté dans une végétation sèche, des travaux réalisés sans précaution, un barbecue mal maîtrisé ou, plus rarement, un acte volontaire peuvent suffire à déclencher un incendie.

Référence de l'article

Maryline Baumard. Feux de forêt : les pompiers se préparent à une saison de tous les dangers.
Parlons Politique. Feux de forêt et canicule : pourquoi les habitants paient déjà le prix d’une saison qui s’emballe.