Pourquoi la France s’obstine-t-elle à tuer des millions de “nuisibles” alors que c’est inefficace selon une étude ?

Renards, pies, corbeaux, belettes... Chaque année, des millions d'animaux sont chassés en France car « susceptibles d’occasionner des dégâts » dans les installations agricoles. Une récente étude menée par le Muséum national d’histoire naturelle qualifie pourtant cette méthode « d'inefficace et couteuse. »

Le renard roux parmi les espèces visées par la chasse ouverte.
Le renard roux parmi les espèces visées par la chasse ouverte.

Longtemps nommés « nuisibles », le gouvernement publie tous les trois ans une liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) » qui permet de chasser, piéger, capturer ou déterrer ces dernières toute l’année et éviter des dégâts pénalisant certaines activités agricoles. Chaque année, ce sont environ 1,7 million de renards, de mustélidés et de corvidés qui sont abattus afin de réduire les dommages qu’ils pourraient occasionner.

Mais une nouvelle étude, commandée et financée par le ministère de la transition écologique lui-même, affirme que l'élimination massive des espèces concernées ne réduit pas les pertes économiques qui leur sont attribuées et, pour certaines espèces, ne contribue pas non plus à la baisse des effectifs.

Une méthode couteuse et inefficace

L'étude, publiée dans la revue Biological conservation ce 9 mars affirme que cette méthode est « inefficace, injustifiable économiquement et éthiquement questionnable. » Plusieurs travaux ont souligné les limites de cette approche qui extermine des millions d'oiseaux et de mammifères.

Des associations de protection de la nature, mais aussi des organismes comme l’inspection générale de l’environnement et du développement durable (Igedd) appellent à un « changement de paradigme ».

Car ces mesures ont un coût « huit fois plus élevé que les déclarations de dégâts imputés à ces espèces », selon l’étude. Ces destructions coûtent donc plus cher que les dommages agricoles provoqués par les animaux. Selon les chercheurs, éliminer ces animaux coûte 103 à 123 millions d’euros par an, quand le coût des dégâts déclarés est de huit à 23 millions d’euros.

Les données publiques des déclarations de dégâts et du nombre d’animaux tués entre 2015 et 2022 montre que plus d'ESOD tués « ne réduit pas les dégâts. » Parallèlement, l'étude du Museum d'histoire naturelle montre « qu’un arrêt des destructions n’engendre pas d’augmentation des dégâts. »

« Il n’est donc pas rentable de détruire les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts : cela coûte plus cher que d’indemniser les dommages économiques causés », concluent les chercheurs, jugeant cette politique « inefficace et coûteuse ».

Fin 2024, un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable appelait à « une refonte de l’approche française » et à ne pas reconduire l’arrêté ESOD en 2026.

Références de l'article :

Le Monde, Tuer des millions de renards, corbeaux ou corneilles chaque année est « inefficace et injustifiable économiquement », conclut une étude

Le Télégramme, Renards, pies, belettes… Tuer 1,7 million d’animaux « nuisibles » en France est « inefficace et coûteux », souligne une étude

Biological Conservation, Ecological and economic assessments of native vertebrate pest control in France