Le désert d’Atacama sous la neige sous l’effet de dépressions hivernales provoquées par l’intense phénomène El Niño

En août 2026, deux dépressions hivernales consécutives ont recouvert d’un inhabituel manteau neigeux certaines parties du désert d’Atacama, dans le nord du Chili. Cette région, habituellement aride, avait déjà connu des chutes de neige auparavant, notamment en 2025 et, avant cela, en 2011. L’intense phénomène El Niño de 2026 en est en partie responsable.

Une vue étendue du nord du Chili et de l’Argentine, ainsi que du sud de la Bolivie et du Pérou, montre la neige après le passage d’une tempête, s’étendant des Andes jusqu’au cœur du désert d’Atacama. À un endroit, le manteau neigeux atteint presque la côte pacifique chilienne. Un manteau neigeux recouvre une vaste région du nord du Chili, depuis les Andes jusqu’aux abords de la côte Pacifique, comme le montre cette image prise le 19 août 2026 par MODIS (spectroradiomètre imageur à résolution modérée), embarqué à bord du satellite Terra de la NASA. NASA Earth Observatory/Lauren Dauphin
Une vue étendue du nord du Chili et de l’Argentine, ainsi que du sud de la Bolivie et du Pérou, montre la neige après le passage d’une tempête, s’étendant des Andes jusqu’au cœur du désert d’Atacama. À un endroit, le manteau neigeux atteint presque la côte pacifique chilienne. Un manteau neigeux recouvre une vaste région du nord du Chili, depuis les Andes jusqu’aux abords de la côte Pacifique, comme le montre cette image prise le 19 août 2026 par MODIS (spectroradiomètre imageur à résolution modérée), embarqué à bord du satellite Terra de la NASA. NASA Earth Observatory/Lauren Dauphin

Cependant, l’un des épisodes neigeux de 2026 a été exceptionnellement étendu, des Andes jusqu’aux abords de la côte Pacifique.

Une neige rare dans un désert extrêmement aride

Le capteur OLI (Operational Land Imager) des satellites Landsat 8 et Landsat 9 de la NASA et de l’USGS a capturé ces images (ci-dessus) les 6 et 14 août 2026, respectivement avant et après une période de mauvais temps. Elles offrent une vue détaillée du plateau de Chajnantor, au sein du complexe volcanique Altiplano-Puna, où se trouve l’Atacama Large Millimeter/submillimeter Array (ALMA), l’un des radiotélescopes les plus puissants de la planète. Avec l’arrivée de la neige et des vents violents, ALMA a suspendu ses activités et placé ses antennes en mode de protection.

Une autre dépression, survenue durant la seconde moitié du mois, a recouvert une zone encore plus vaste de neige fraîche. L’image suivante, prise le 19 août par MODIS (spectroradiomètre imageur à résolution modérée), embarqué à bord du satellite Terra de la NASA, montre la neige s’étendant vers l’ouest depuis les Andes, à travers le cœur hyperaride du désert, jusqu’aux abords de la côte Pacifique, au sud de la ville portuaire chilienne d’Antofagasta. Cette région côtière abrite plusieurs observatoires astronomiques importants, dont certains ont également suspendu leurs activités pendant cet épisode.

Un manteau neigeux recouvre une vaste région du nord du Chili, depuis les Andes jusqu’aux abords de la côte Pacifique, comme le montre cette image prise le 19 août 2026 par MODIS (spectroradiomètre imageur à résolution modérée), embarqué à bord du satellite Terra de la NASA. NASA/Lauren Dauphin
Un manteau neigeux recouvre une vaste région du nord du Chili, depuis les Andes jusqu’aux abords de la côte Pacifique, comme le montre cette image prise le 19 août 2026 par MODIS (spectroradiomètre imageur à résolution modérée), embarqué à bord du satellite Terra de la NASA. NASA/Lauren Dauphin

La majeure partie des précipitations hivernales de la région provient de systèmes dépressionnaires isolés, qui se détachent du courant-jet et peuvent occasionnellement atteindre le nord du Chili. C’est ce qui s’est produit en 2025, selon René Garreaud, spécialiste des sciences de l’atmosphère à l’Université du Chili. La dépression de la fin du mois d’août 2026 est elle aussi née d’un système dépressionnaire isolé, mais celui-ci s’était détaché d’un talweg exceptionnellement vaste — une zone allongée de pression atmosphérique relativement basse — qui s’étendait sur une immense partie de l’hémisphère, depuis l’extrême sud de l’Amérique du Sud jusqu’aux régions subtropicales.

La perturbation atmosphérique, conjuguée à l’abondante humidité côtière, a engendré des précipitations sur une portion inhabituellement étendue de la région : au large, le long du littoral, au cœur du désert d’Atacama et sur les Andes. Selon Garreaud, les précipitations ont atteint une ampleur « rarement observée dans cette région par ailleurs extrêmement aride ».

Dans certaines zones, il a plu plutôt que neigé. Taltal, par exemple, sur la côte nord du Chili, a enregistré près de 40 millimètres de pluie en trois jours, soit environ dix fois sa moyenne annuelle, selon Garreaud. « Ce type de phénomène ne se produit que quelques fois par décennie, voire pas du tout. »

Les fortes précipitations ont provoqué des coulées de boue destructrices et des crues soudaines dans certaines parties du nord du Chili. Le Service national de prévention et de réponse aux catastrophes (SENAPRED) a indiqué que des milliers de personnes avaient été touchées et que des centaines d’habitations avaient subi d’importants dégâts.

Garreaud a souligné que le renforcement d’El Niño constituait la toile de fond de cet hiver inhabituellement pluvieux dans le centre-nord du Chili.

Outre les dépressions du mois d’août, un épisode majeur survenu en juillet a eu d’importantes répercussions dans la région du Norte Chico. Pendant El Niño, l’anticyclone subtropical du Pacifique — qui maintient habituellement la région au sec — s’affaiblit, tandis qu’un anticyclone de blocage tend à se former dans le Pacifique Sud, près de l’extrémité méridionale du continent. Ensemble, ces changements déplacent vers l’équateur la trajectoire des dépressions de l’hémisphère Sud.

Images de NASA Earth Observatory, réalisées par Lauren Dauphin à partir de données Landsat de l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS) et de données MODIS de NASA EOSDIS LANCE et GIBS/Worldview. Article de Kathryn Hansen.