L’océan au bord de la rupture : ce grand rapport de l’ONU alerte sur une accélération sans précédent des changements

Le nouveau diagnostic mondial sur l’état des océans montre que la mer continue d’absorber une grande partie de la chaleur de la planète, mais les signes de changement s’accélèrent.

Les océans sont essentiels à notre économie : on estime que 40 millions de personnes travailleront dans des secteurs liés à l’océan d’ici à 2030.
Les océans sont essentiels à notre économie : on estime que 40 millions de personnes travailleront dans des secteurs liés à l’océan d’ici à 2030.

Lorsque l’on parle de changement climatique, on pense souvent aux vagues de chaleur, aux pluies intenses ou aux sécheresses. Pourtant, une partie essentielle de ce phénomène se déroule loin de nos regards, sous la surface des océans.

L’océan a absorbé une grande partie de l’excès de chaleur généré par les activités humaines, contribuant ainsi à limiter un réchauffement encore plus rapide de la planète. Mais cette chaleur s’y accumule de plus en plus vite, selon le nouveau rapport de l’ONU auquel ont participé des scientifiques chiliens.

L’océan amortit le réchauffement de la planète

Même s’il passe souvent inaperçu, l’océan joue un rôle essentiel dans la régulation du climat mondial. Selon le rapport, il absorbe près de 90 % de l’excès de chaleur produit par les activités humaines ainsi qu’environ un tiers du dioxyde de carbone (CO₂) rejeté dans l’atmosphère.

Comment cette régulation fonctionne-t-elle ?

L’océan agit comme une immense éponge qui absorbe une partie de la chaleur et des gaz responsables du réchauffement climatique. Grâce à ce mécanisme, l’augmentation de la température de l’air a été moins importante qu’elle ne l’aurait été sans cette aide naturelle.

Mais cette capacité a ses limites et entraîne également des conséquences. La chaleur absorbée par l’océan ne disparaît pas : elle reste stockée dans les eaux et s’accumule progressivement au fil du temps.

Pour donner un ordre de grandeur, le rapport indique que près d’un sixième de toute la chaleur accumulée dans les océans depuis 1955 a été absorbée au cours des seules dernières années. Pour les scientifiques, cela montre que l’océan ne se contente pas de se réchauffer : ce réchauffement s’accélère.

Le niveau de la mer continue de monter

Ce qui se produit sous la surface finit par avoir des conséquences visibles sur les littoraux. Lorsque l’océan se réchauffe, l’eau se dilate et occupe davantage d’espace. À cela s’ajoute la fonte des glaciers et des vastes masses de glace des régions polaires, qui déversent toujours plus d’eau dans les océans.

Une façon simple de l’imaginer consiste à penser à un verre qui se remplit en permanence. Même si la quantité d’eau ajoutée chaque jour paraît faible, le niveau continue de monter au fil du temps.
Une façon simple de l’imaginer consiste à penser à un verre qui se remplit en permanence. Même si la quantité d’eau ajoutée chaque jour paraît faible, le niveau continue de monter au fil du temps.

C’est pourquoi le niveau moyen des mers continue d’augmenter. Selon le rapport, il a atteint en 2023 un rythme de hausse de 4,3 millimètres par an, un chiffre particulièrement préoccupant pour les villes et les communautés côtières du monde entier.

Le Chili a contribué à l’élaboration de ce diagnostic mondial

Le Chili ne figure pas seulement dans le rapport en tant que pays maritime : il a également joué un rôle important dans sa rédaction.

Le docteur Renato Quiñones, chercheur à Université de Concepción et au Centre INCAR, a été l’un des coordinateurs mondiaux de cette évaluation.

Parmi les auteurs figure également María Christina Fragkou, de Université du Chili, aux côtés d’autres spécialistes ayant apporté leur expertise sur l’aquaculture, les ressources marines et le commerce international des produits de la mer.

Le rapport intègre également des dimensions qui occupaient une place plus limitée dans les éditions précédentes, comme l’égalité entre les femmes et les hommes, les savoirs autochtones et la justice environnementale, offrant ainsi une vision plus large des relations entre les sociétés humaines et l’océan.

La grande inconnue se trouve dans les profondeurs

Nous en savons davantage sur la surface des océans que sur ce qui se passe à plusieurs milliers de mètres de profondeur.

Le rapport souligne que les écosystèmes marins profonds demeurent parmi les milieux les moins étudiés de la planète. Dans de nombreuses régions, les connaissances sur les espèces vivant dans ces fonds marins restent très limitées.

Parallèlement, l’intérêt international pour les ressources minérales présentes dans les grands fonds marins ne cesse de croître. Des métaux tels que le cobalt, le nickel ou le manganèse sont essentiels à la fabrication des batteries et à d’autres technologies liées à la transition énergétique. Les scientifiques rappellent toutefois que ces écosystèmes restent encore largement méconnus et que de nombreuses questions demeurent sans réponse.

Depuis le littoral, l’océan peut sembler immense et immuable. Pourtant, sous la surface, des changements profonds sont en cours et permettent d’expliquer une part importante de l’évolution actuelle du climat.

Et si le changement climatique se manifeste souvent dans le ciel ou sur les terres émergées, une partie essentielle de cette histoire continue de s’écrire sous la surface des océans.

Références de l'article :

U. de Chile. (2026). Académica U. de Chile es una de las autoras del histórico informe de la ONU sobre el futuro de los océanos. Comunicado publicado en la web de la institución.

Radio UdeC. (2026). Con participación UdeC: ONU presentará el Tercer Informe de Salud de los Océanos. Noticia publicada en la web de la radio.