Catastrophe au Népal après l'effondrement d'un glacier : que sait-on du rôle du réchauffement climatique
Plus de 600 morts, des milliers de disparus et une vallée dévastée. Après l'effondrement d'une masse glaciaire au Népal, une étude publiée quelques semaines plus tôt éclaire la fragilisation accélérée des glaciers de cette région de l'Himalaya.

Le bilan ne cesse de s'alourdir. Trois jours après la catastrophe qui a frappé la région frontalière entre le Népal et la Chine, les autorités comptaient 633 morts et plus de 3 000 disparus. La crue a balayé des bâtiments, des routes, des ponts et des chantiers, laissant des populations entières isolées.
Une catastrophe humaine d'une ampleur considérable
Au Népal, 2 426 personnes restaient portées disparues, contre 556 sur le territoire chinois du Tibet. Selon les premières analyses rapportées par les autorités et les scientifiques, la catastrophe a été déclenchée par l'effondrement d'une importante masse glaciaire du Langtang Lirung, à environ 5 200 mètres d'altitude. L'événement avait initialement été répertorié comme un séisme de magnitude 5,2.
Près de 93 000 personnes auraient été affectées par le désastre. Alors que les secours se poursuivent dans des conditions extrêmement difficiles, que peut réellement nous apprendre cette catastrophe sur le rôle du réchauffement climatique ?
Ce que la science peut dire, et ce qu'elle ne permet pas encore d'affirmer
La prudence est indispensable. Les sources disponibles ne permettent pas, à ce stade, d'attribuer avec certitude cet effondrement précis au seul réchauffement climatique.
Népal-Chine : en quelques secondes, leffondrement présumé dun glacier a déclenché une crue dévastatrice et meurtrière qui a tout emporté sur son passage.
— Le Point (@LePoint) August 27, 2026
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En revanche, une étude approfondie publiée en juin 2026 dans la revue Global and Planetary Change documente une évolution particulièrement préoccupante dans le bassin du Langtang. Les glaciers de cette région perdent de la masse, reculent, s'amincissent et se fragmentent de manière croissante.
L'étude fournit ainsi un contexte scientifique essentiel pour comprendre la transformation rapide des glaciers dans lesquels cette catastrophe s'est produite.
La frontière entre accumulation et fonte remonte vers les sommets
L'un des indicateurs les plus révélateurs est la montée de la ligne d'équilibre glaciaire. Il s'agit de l'altitude où, en moyenne, les gains de neige compensent les pertes de glace : en dessous, le glacier perd de la masse ; au-dessus, l'accumulation peut encore compenser une partie de la fonte.
Dans le bassin du Langtang, cette ligne a gagné environ 175 mètres, passant de 5 360 ± 123 mètres dans les années 1960 à 5 532 ± 110 mètres dans les années 2010. Elle se rapproche désormais de l'altitude médiane des glaciers du bassin, située autour de 5 600 mètres.
Cette remontée réduit progressivement la surface disponible pour l'accumulation de neige et fait basculer davantage de glace dans la zone où les pertes dominent. L'étude souligne qu'elle intersecte de plus en plus des zones abruptes, minces et fortement crevassées des glaciers, favorisant la fonte et l'amincissement.
Une glace qui s'amincit toujours plus haut
Le recul ne concerne plus uniquement les parties basses des glaciers. Entre 2000-2004 et 2015-2019, le rythme moyen d'amincissement dans le bassin est passé de −0,41 ± 0,14 mètre par an à −0,77 ± 0,11 mètre par an. L'étude montre également que cet amincissement s'est propagé vers des altitudes plus élevées, jusque dans des zones d'accumulation et de chutes de glace.
La perte de volume s'est elle aussi accélérée : 0,29 km³ entre 2000 et 2004, contre 0,45 km³ entre 2015 et 2019, soit un rythme de perte environ 1,5 fois plus élevé durant la période récente.
Les données fournies avec l'étude indiquent par ailleurs un réchauffement particulièrement marqué en altitude, de l'ordre de +0,3 °C par décennie entre 1964 et 2003 au-dessus de 4 000 mètres.
Quand les glaciers se fragmentent, leur recul peut s'accélérer
C'est l'un des enseignements les plus importants de l'étude. Dans le bassin du Langtang, la fragmentation et la déconnexion des glaciers se sont multipliées au fil des décennies. En 2023, les chercheurs ont recensé 26 fragmentations, 13 déconnexions et 14 séparations de glaciers ou de leurs affluents. Le glacier du Lirung lui-même présentait plusieurs unités de glace distinctes dans sa zone d'accumulation, tandis que sa langue couverte de débris était déjà déconnectée de sa zone d'accumulation.
Lorsque ces connexions se rompent, la glace accumulée en altitude alimente moins efficacement les parties situées plus bas. Les langues glaciaires peuvent alors ralentir, stagner et s'amincir davantage. La fragmentation favorise aussi l'exposition du substrat rocheux, la formation de falaises de glace et de petits lacs à la surface du glacier, qui deviennent localement des zones de fonte accélérée.
L'étude conclut que, si le réchauffement en altitude se poursuit, la fragmentation et la déconnexion pourraient prendre une place croissante dans le recul futur des glaciers de la région, avec des conséquences importantes pour l'évolution de l'eau et les risques géologiques associés.
Chaque émission compte
À l'échelle mondiale, une analyse scientifique estime qu'environ 1 kilogramme de CO₂ émis entraîne la perte d'environ 15 kilogrammes de glace glaciaire. Le lien entre les émissions issues principalement du charbon, du pétrole et du gaz et la fonte des glaciers n'est donc plus une abstraction.
La science montre que les glaciers du Langtang évoluent dans un environnement marqué par une perte de masse et un amincissement accélérés, ainsi que par la remontée de la ligne d'équilibre et une fragmentation croissante. Pour l'instant, toutefois, elle ne permet pas d'affirmer que le réchauffement climatique a directement provoqué, à lui seul, cet effondrement précis.
Référence de l'article
Le Monde avec AFP. (2026). Inondations au Népal et au Tibet : au moins 633 morts et plus de 3 000 disparus, dont quatre Français.
Gunjan Silwal, Bethan Davies, J. Rachel Carr, Owen King, Sammie Buzzard, Jonathan L. Carrivick, Prashant Bara. (2026). Glacier changes in Langtang Catchment, Central Nepalese Himalaya from the Little Ice Age (~1815 CE) to 2023 CE.