Alimentation bio en France : Y trouve-t-on vraiment autant de cadmium que dans l'alimentation conventionnelle ?

Dans son dernier rapport, l'Anses affirme que l'agriculture bio est aussi impactée par le cadmium que l'agriculture conventionnelle. Pourtant, des études scientifiques prouvent que ce n’est pas le cas. Les agriculteurs demandent à l’agence de revoir sa copie.

La filière bio conteste une présence similaire de cadmium dans sa production que dans l'agriculture conventionnelle.
La filière bio conteste une présence similaire de cadmium dans sa production que dans l'agriculture conventionnelle.

Vrai ou faux ? Le cadmium affecte-il autant le bio que l'agriculture classique ? Dans son dernier rapport daté du 25 mars, l'agence nationale de sécurité sanitaire confirme que l’alimentation est la principale source d’exposition des Français au cadmium et affirme que l’agriculture biologique est « potentiellement tout aussi impactée que l’agriculture conventionnelle par la présence de cadmium. »

Pour la Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB), cette conclusion s’appuie sur des « erreurs et imprécisions factuelles » et demande à l’agence qu’elle « rectifie rapidement les éléments problématiques » de cette expertise qui met en cause l’utilisation par les agriculteurs d’engrais minéraux phosphatés, des fertilisants riches en métaux lourds, pour augmenter les rendements.

Dans une lettre datée de lundi, les deux coprésidents de la Fnab réagissent auprès du directeur général par intérim de l’Anses : « Nous regrettons que cette communication puisse laisser croire au consommateur que le mode de production biologique n’offre pas de garanties supérieures, alors même que notre filière a déjà mis en œuvre un certain nombre des leviers que vous préconisez dans l’expertise : la non-utilisation de phosphates miniers, le recours aux matières organiques et l’application de seuils renforcés. »

Une utilisation limitées des engrais phosphatés dans le bio

C'est ce que rappellent les agriculteurs de la filière bio : « le règlement bio impose des seuils limites d’engrais plus restrictifs qu’en conventionnel », avec un seuil limité par la réglementation européenne, soit 60 milligrammes par kilo. La France, qui bénéficie d'une dérogation, autorise un seuil actuel de 90 mg/kg pour l’agriculture conventionnelle.

Dans la pratique, « le recours aux phosphates miniers est marginal, voir inexistant en bio », ajoute la Fnab, citant la vaste étude PhosphoBio menée en 2021-24 sous l’égide des pouvoirs publics et des chambres d’agriculture.

L'Anses s'est défendu auprès du Monde et explique que « certaines informations sur la qualité du sol ne sont pas nécessairement connues par les agriculteurs : le fond géochimique naturel, certaines pollutions anciennes… » Selon l’agence, la teneur du sol en cadmium peut donc être plus importante que ce que pensent les agriculteurs bio.

Elle explique aussi que le rapport « ne visait pas une comparaison entre agriculture biologique et conventionnelle, mais à identifier les leviers pour maîtriser durablement la pollution diffuse en cadmium. »

Références de l'article :

Le Monde, Cadmium : les autorités sanitaires accusées d’avoir ignoré des éléments en faveur du bio

Vert, Cadmium : le bio autant exposé que le conventionnel ? La filière dénonce les «erreurs» de l’Anses