1949-2026 : les incendies témoignent de la transformation du climat français
Il y a 77 ans, le plus grand incendie de l'histoire moderne française semblait exceptionnel. Aujourd'hui, les mégafeux se répètent, gagnent de nouveaux territoires et révèlent une profonde mutation du climat français.

Le 19 août 1949, un incendie parti d'une scierie au sud de Bordeaux ravage près de 50 000 hectares de pins dans les Landes de Gascogne et fait 82 morts, principalement parmi les forestiers, pompiers volontaires et militaires. Pendant des décennies, cette catastrophe est restée la référence des incendies de forêt en France.
Des Landes de 1949 aux mégafeux : une autre lecture du climat français
En 2026, ce seuil symbolique des 50 000 hectares brûlés est de nouveau franchi. Cette fois-ci, les incendies apparaissent plus tôt au printemps, se prolongent davantage à l'automne et touchent désormais des régions autrefois relativement épargnées. Plus que les feux eux-mêmes, ce sont les conditions dans lesquelles ils se déclenchent et se propagent qui ont changé.
La forêt couvre aujourd'hui 17,5 millions d'hectares, soit 32 % de la France métropolitaine. Ce patrimoine forestier en expansion offre davantage de surfaces susceptibles de brûler, tandis que le réchauffement climatique, avec des températures plus élevées, des sécheresses plus fréquentes et des pluies estivales en diminution, assèche durablement la végétation.
Quand le climat transforme la végétation en combustible
La plupart des incendies sont déclenchés par des activités humaines, parfois par la foudre. En revanche, leur intensité dépend largement des conditions météorologiques. Les sécheresses réduisent progressivement l'humidité des arbres et des sols, les canicules accélèrent leur dessèchement par évaporation et évapotranspiration, tandis que le vent alimente les flammes et projette des braises sur plusieurs centaines de mètres, favorisant des propagations parfois fulgurantes.
La sécheresse exceptionnelle de 1976 entraîne près de 80 000 hectares brûlés et l'évacuation de centaines de vacanciers par la mer à La Palmyre. Les étés 1989 et 1990 confirment le rôle du trio chaleur-sécheresse-vent : 5 000 hectares brûlent près de Lacanau, une superficie comparable disparaît sur la montagne Sainte-Victoire en moins de vingt-quatre heures, puis près de 23 000 hectares partent en fumée entre Marseille et Nice, dont 12 500 hectares dans le seul massif des Maures.
Au début des années 2000, les grands incendies restent essentiellement méditerranéens. En 2003, les massifs des Maures et de l'Estérel perdent 20 100 hectares, auxquels s'ajoutent environ 13 000 hectares en Corse. En 2009, l'île est de nouveau touchée avec plus de 5 300 hectares parcourus par les flammes.
Les mégafeux changent d'échelle
À partir des années 2010, le risque franchit un cap. En 2016, les flammes atteignent les portes de Marseille, détruisant 3 300 hectares, 25 immeubles, un groupe scolaire et un lycée. En 2017, plus de 7 000 hectares brûlent dans le sud-est, tandis que 10 000 personnes sont évacuées à Bormes-les-Mimosas.
Autre évolution majeure : l'apparition des « feux d'hiver ». En 2019, plus de 43 000 hectares brûlent en Europe, dont 36 000 hectares entre le 1er janvier et le 26 février, selon le système européen Effis. Des hivers plus doux favorisent une végétation abondante, rapidement desséchée par un printemps sec et des chaleurs précoces, créant un combustible disponible plusieurs mois avant l'été.
L'année 2022 marque un nouveau changement d'échelle. Sous l'effet d'une sécheresse exceptionnelle et de vagues de chaleur successives, la France enregistre plus de 70 000 hectares brûlés pour 22 700 départs de feu. En Gironde, les mégafeux détruisent près de 30 000 hectares et entraînent l'évacuation de 48 000 personnes, démontrant que le risque s'est durablement installé sur la façade atlantique.
La France fait face à une situation historique : près de 100 000 hectares ont déjà brûlé, un niveau sans précédent, et une trentaine dincendies sont simultanément actifs sur le territoire. Plus de 167 000 personnes ont déjà été évacuées pour être mises en sécurité.
— Sébastien Lecornu (@SebLecornu) July 25, 2026
La situation
Cette dynamique se poursuit en 2026. En Gironde, un incendie parti de Saumos ravage 42 000 hectares en quelques jours et provoque l'évacuation d'environ 220 000 personnes jusqu'aux abords de Bordeaux. Dans les Landes, un second feu détruit 3 600 hectares près de Biscarrosse et contraint 30 000 personnes supplémentaires à quitter leur domicile. Depuis le début de l'année, plus de 50 000 hectares ont déjà été parcourus par les flammes.
Une saison des feux qui s'allonge
Les incendies surviennent plus tôt, durent plus longtemps et concernent progressivement de nouveaux territoires. Selon les travaux sur l'adaptation au changement climatique, la saison propice aux feux pourrait s'allonger d’un à deux mois dans certaines régions françaises.
Les scientifiques du réseau World Weather Attribution montrent que le changement climatique d'origine humaine a rendu deux fois plus probables les conditions météorologiques propices aux grands incendies dans le sud-ouest de la France. Ils soulignent également qu'un hiver humide suivi d'un printemps sec et d'un été très chaud favorise une végétation abondante qui devient ensuite un combustible particulièrement inflammable.
Selon Météo-France, cette combinaison de températures plus élevées, de sécheresses plus fréquentes et de pluies estivales en baisse favorise une extension progressive du risque vers des régions jusqu'ici relativement épargnées, comme les Pays de la Loire, le Centre-Val de Loire ou la Bretagne.
Référence de l'article
latribune.fr. (2026). Du « grand incendie » de 1949 aux mégafeux de 2026 : l’histoire des feux révèle le dérèglement du climat français.