Montée du niveau de la mer : la pression s'accroît sur les côtes du monde entier

Les océans montent, les inondations côtières se multiplient et des écosystèmes disparaissent. Des grandes villes aux petites îles, comment protéger les populations, la biodiversité et le patrimoine ?

De puissantes vagues frappent des habitations en bord de mer, projetant de l’eau au-dessus des protections côtières. Un rappel des risques d’érosion et de submersion qui menacent les littoraux.
De puissantes vagues frappent des habitations en bord de mer, projetant de l’eau au-dessus des protections côtières. Un rappel des risques d’érosion et de submersion qui menacent les littoraux.

Le niveau moyen mondial de la mer a augmenté de 20 centimètres entre 1901 et 2018. Depuis 1993, il a encore progressé de 10,6 centimètres. Les océans montent aujourd’hui plus vite qu’à n’importe quelle période des trois derniers millénaires, au minimum, sous l’effet dominant des activités humaines depuis au moins 1970.

Une hausse qui s'accélère

Deux mécanismes expliquent principalement cette hausse : les glaciers et les calottes glaciaires fondent à un rythme soutenu, tandis que l’eau de mer se dilate en se réchauffant. Les variations des réserves d’eau sur les continents contribuent également au phénomène.

Cette évolution diffère selon les territoires. Les mouvements du sol et les courants océaniques modifient le niveau relatif de la mer localement. À Jakarta par exemple, certaines zones se sont affaissées jusqu’à 15 centimètres par an au cours de la dernière décennie, notamment sous l’effet du pompage excessif des eaux souterraines. Dans un scénario d’émissions modérées, le niveau moyen mondial pourrait encore s’élever de 56 centimètres d’ici 2100, par rapport à la période 1995-2014.

Des villes et des populations sous pression

Environ 770 millions de personnes vivent dans des zones situées à moins de cinq mètres au-dessus du niveau des marées hautes et sont particulièrement exposées aux conséquences de la montée des eaux, selon un rapport des Nations unies.

La hausse du niveau de la mer favorise les submersions, accentue l’érosion des plages et des falaises et aggrave les inondations lors des tempêtes. La fréquence des événements extrêmes associés qui ne se produisaient statistiquement qu’une fois par siècle a déjà été multipliée par 12 depuis 1900. Dans de nombreuses régions, ils pourraient survenir au moins chaque année d’ici la fin du siècle, selon un scénario d’émissions modérées.

La montée du niveau de la mer menace des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO. Selon une étude de 2014, 136 sites pourraient être affectés avec un réchauffement mondial de 3 °C. (c) carbonbrief
La montée du niveau de la mer menace des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO. Selon une étude de 2014, 136 sites pourraient être affectés avec un réchauffement mondial de 3 °C. (c) carbonbrief

Les conséquences dépassent largement les dégâts aux habitations : réseaux d’eau potable, systèmes d’assainissement et terres agricoles sont également menacés par les inondations et l’intrusion d’eau salée. Les populations les plus modestes sont souvent les moins bien équipées pour y faire face. Entre 2000 et 2018, la population vivant à moins de cinq kilomètres des côtes a augmenté de 28 %, renforçant l’exposition de nombreux territoires.

Biodiversité et patrimoine en première ligne

Depuis 1970, près de 28 millions d’hectares de zones humides côtières telles que les mangroves, les estuaires, les vasières et herbiers marins, ont disparu, soit une superficie comparable à celle de l’Équateur. Lorsque les constructions empêchent ces milieux de migrer vers l’intérieur des terres à mesure que la mer monte, ils se retrouvent piégés entre l’océan et les aménagements humains : c’est le phénomène de « compression côtière ».

Les récifs coralliens subissent eux aussi plusieurs pressions. L’élévation de l’eau réduit la lumière disponible dans certains milieux peu profonds, tandis que l’érosion peut apporter des sédiments qui gênent l’alimentation et la reproduction des coraux. Depuis 1980, près de 10 % de la couverture corallienne mondiale a disparu, principalement sous l’effet du réchauffement océanique.

Le patrimoine culturel est également concerné. En Afrique, 56 sites culturels et naturels sur 284 sont déjà menacés par les inondations ou l’érosion liées à la montée de la mer. Ce nombre pourrait atteindre 191 d’ici 2050 dans un scénario d’émissions modérées.

Protéger les côtes, s'adapter

Les réponses doivent associer réduction des émissions et adaptation locale. À Venise, des barrières mobiles protègent la lagune lors des marées hautes. Ailleurs, restaurer les mangroves et les marais, limiter les constructions dans les zones exposées ou déplacer certaines infrastructures vers des terrains plus sûrs peut réduire les risques.

Mais les moyens restent très inégaux. Les petits États insulaires en développement, souvent constitués d’atolls peu élevés, sont particulièrement vulnérables. Selon les Nations unies, ils pourraient avoir besoin de 6 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour s’adapter au changement climatique, alors qu’ils n’ont reçu que 1,2 milliard de dollars de financements publics pour l’adaptation en 2022-2023.

Réduire les émissions est essentiel pour limiter la hausse future du niveau marin. Préserver les espaces naturels, adapter l’aménagement des territoires et financer les communautés les plus exposées l’est tout autant.

Référence de l'article

Dr Giuliana Viglione. (2026). Explainer: How sea level rise poses an ‘existential threat’ to humans, heritage and nature.