La Méditerranée connaît désormais des températures marines autrefois quasi impossibles

En 2026, la Méditerranée a enregistré une température exceptionnelle dès le printemps. Des mesures réalisées en mer et une étude d’attribution climatique racontent la même évolution : ce qui était presque impossible devient désormais beaucoup plus probable.

La chaleur gagne la Méditerranée et pousse ses écosystèmes vers des seuils de plus en plus difficiles à supporter.
La chaleur gagne la Méditerranée et pousse ses écosystèmes vers des seuils de plus en plus difficiles à supporter.

Le signal était déjà visible avant le cœur de l’été. En Méditerranée, le navire océanographique THETIS-II, engagé dans un programme national français de surveillance de l’océan piloté par le LEGOS (Laboratoire d’Études en Géophysique et Océanographie Spatiales), a mesuré 24 °C en mai 2026, puis 28,4 °C le 27 juin.

Cette dernière mesure est près de 9 °C supérieure aux températures observées dans les années 1990. Les observations réalisées avec le navire COLIBRI et des flotteurs instrumentés ont également mis en évidence un réchauffement particulièrement marqué.

Température qui bat les records dès la fin juin

Précision importante : 28,4 °C n'est pas la température moyenne de toute la Méditerranée, mais une mesure effectuée à un endroit et à un moment donné. Elle témoigne néanmoins d'un épisode de chaleur marine exceptionnel.

Ces observations ont été réalisées alors que des vagues de chaleur marines, des périodes où la température de la mer est exceptionnellement élevée pour la saison, étaient déjà identifiées dans plusieurs mers européennes.

Une chaleur que le climat actuel rend beaucoup plus probable

Contrairement aux observations du LEGOS/OMP, l'étude réalisée par les experts du consortium World Weather Attribution (WWA) ne mesure pas directement la température de la Méditerranée : elle cherche à déterminer l'influence du changement climatique sur l'épisode extrême de juillet.

Les chercheurs ont analysé les 14 jours les plus chauds de juillet dans quatre régions européennes, dont les Méditerranées occidentale et orientale. Les températures de surface y ont été en moyenne 2,4 °C supérieures aux références historiques de juillet. En Méditerranée orientale, l'anomalie atteignait +2 °C.

Dans un climat préindustriel, environ 1,4 °C plus froid, de telles températures auraient été quasiment impossibles.

L'analyse conclut que le changement climatique d'origine humaine a ajouté environ 2 °C à la chaleur observée dans les deux régions méditerranéennes. Dans l'Est de la Méditerranée, il explique même la totalité de l'anomalie de +2 °C.

Quand l'exceptionnel devient une menace écologique

Cette nouvelle réalité ne concerne pas seulement la température de l'eau. Une mer plus chaude se stratifie davantage : ses différentes couches se mélangent moins, ce qui réduit l'apport de nutriments vers les eaux de surface.

La production de phytoplancton peut alors diminuer, avec des conséquences sur l'ensemble de la chaîne alimentaire. Ce mécanisme réduit aussi la pompe biologique de carbone, qui contribue au transfert du carbone vers les profondeurs océaniques.

Les vagues de chaleur marines peuvent également provoquer des mortalités massives d'espèces qui structurent les habitats, fragilisant ensuite toute la biodiversité qui en dépend.

Protéger les écosystèmes ne suffira pas à refroidir la mer

L'évolution des surfaces touchées illustre l'ampleur du changement. Selon WWA, une vague de chaleur marine comparable concernait environ 40 % de la Méditerranée occidentale dans le climat sans réchauffement anthropique, contre 80 % aujourd'hui. En Méditerranée orientale, la proportion serait passée de 9 % à 70 %.

Les aires marines protégées peuvent améliorer la résistance des écosystèmes, mais leur efficacité reste limitée face à une mer qui continue de se réchauffer. L'IPSL souligne ainsi que la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) demeure indispensable pour éviter des risques écologiques devenant difficiles à maîtriser.

Sans transition rapide hors des combustibles fossiles, les températures associées à ces épisodes pourraient encore augmenter de 1,3 à 1,9 °C d'ici la fin du siècle.

Référence de l'article

CENTRE « CLIMAT-SOCIÉTÉ » DE L’IPSL, LAPLACE TO BE. (2026). Eclairages - La vague de chaleur de juin 2026.
Naina Rao. (2026). Climate change drove extreme July heat in European seas, study finds.