Climat et santé : le Lancet alerte sur le coût humain du réchauffement et réclame une urgence sanitaire mondiale
Des millions de vies, des milliards de dollars et des systèmes de santé fragilisés : dix ans après l’Accord de Paris, le réchauffement climatique pèse toujours plus lourd sur notre santé. Comment protéger les populations avant que les risques ne deviennent incontrôlables ?

Les conséquences du réchauffement ne se mesurent pas uniquement en degrés supplémentaires. Elles se traduisent aussi par des vies écourtées, des maladies et des conditions de vie fragilisées. Le rapport 2026 du Lancet Countdown, publié le 28 octobre, dresse un bilan préoccupant : 146 chercheurs de 30 pays ont analysé les liens entre climat et santé à travers 54 indicateurs.
Une menace sanitaire qui s'accélère
Entre 2016 et 2023, la chaleur a été associée à près de 3 millions de décès attribuables au changement climatique d’origine humaine. En 2023, année particulièrement meurtrière, 710 000 décès liés à la chaleur ont été estimés dans le monde. Parmi eux, 71,5 % seraient imputables au réchauffement anthropique, c’est-à-dire provoqué par les activités humaines.
Pour établir cette responsabilité, les chercheurs comparent les décès observés à ceux qui auraient pu survenir dans un climat sans réchauffement. Les fortes chaleurs ont toujours existé, mais leur fréquence et leur intensité augmentent avec le changement climatique.
La chaleur fragilise déjà la santé
La chaleur peut provoquer un épuisement, un coup de chaleur ou aggraver des maladies cardiovasculaires et rénales. Les personnes âgées, les tout-petits, les femmes et celles qui vivent avec certaines maladies sont particulièrement vulnérables.
Entre 2016 et 2023, la chaleur a été associée à une moyenne de 540 800 décès par an, dont 68,4 % attribuables au changement climatique d’origine humaine, selon les estimations du rapport.
Les effets ne s’arrêtent pas aux urgences hospitalières. En 2025, l’exposition à la chaleur a entraîné la perte de 573 milliards d’heures de travail potentielles dans le monde, pour 1 070 milliards de dollars de pertes de revenus. Ces conséquences économiques peuvent, à leur tour, fragiliser les conditions de vie et la santé.
Des risques en cascade
En 2025, une sécheresse extrême a touché 51,8 % des terres émergées pendant au moins un mois, soit le deuxième niveau le plus élevé jamais observé. Les sécheresses peuvent compromettre les récoltes, l’accès à l’eau et la sécurité alimentaire. Le rapport suit également l’évolution des conditions favorables à certaines maladies infectieuses.
Ainsi, en 2025, 1,72 milliard de personnes vivaient à moins de 100 kilomètres d’eaux côtières présentant des conditions environnementales favorables à la transmission de bactéries du genre Vibrio. Il s’agit d’une exposition à des conditions favorables, et non d’un décompte des personnes infectées.
Protéger la santé, c'est aussi agir sur le climat
Le rapport souligne que les systèmes de santé ne sont pas encore suffisamment préparés. En 2025, 75,8 % des États membres de l’OMS n’avaient pas déclaré avoir achevé, depuis 2020, une évaluation de leur vulnérabilité et de leur adaptation. 71,1 % n’avaient pas déclaré avoir élaboré de plan national d’adaptation pour la santé.
The 2026 Global Report of the Lancet Countdown warns that climate change has created a global health emergency. These recommendations highlight key actions needed to safeguard health and accelerate progress towards a healthier future. Learn more: https://t.co/mYvyefY31q https://t.co/M12vY54UZ9
— The Lancet Countdown on Health and Climate Change (@LancetCountdown) October 30, 2026
Des progrès sont néanmoins mesurables. Dans 53,6 % des 140 pays évalués, la mortalité liée à la pollution atmosphérique issue des combustibles fossiles a diminué. Les chercheurs estiment que cette baisse a permis d’éviter 323 000 décès par an. La transition énergétique peut donc produire des bénéfices sanitaires, en plus de réduire les émissions.
Il s’agit d’une recommandation du rapport, pas d’une déclaration officielle déjà adoptée. Leur message est clair : réduire les émissions, mieux préparer les systèmes de santé et financer l’adaptation ne sont pas des objectifs séparés. Ce sont aussi des moyens de protéger les populations, dès aujourd’hui.
Référence de l'article
AFP - GEO. (2026). Santé: le changement climatique doit être déclaré "urgence sanitaire mondiale", dit un rapport de référence.