Super El Niño 2026, cet expert met les choses au clair : « Ceux qui annoncent un hiver glacial font fausse route »
Un hiver comme autrefois, marqué par des tempêtes de neige et un froid extrême, est-il sur le point de frapper l’Europe à cause d’El Niño ? Des informations non vérifiées circulent également dans les quotidiens et les médias télévisés nationaux. Faisons le point en distinguant El Niño, le vortex polaire, les téléconnexions et les prévisions saisonnières.

El Niño suscite de plus en plus d’inquiétudes, de débats et d’informations diverses. La dernière rumeur en date concerne sa prétendue influence sur le vortex polaire, avec des répercussions directes en Europe et en Italie, au point d’entraîner un véritable hiver d’antan.
Nous avons déjà publié un article pour expliquer clairement ce qu’est El Niño et pourquoi il est utile de disposer chez soi de réserves alimentaires et d’un kit d’urgence, indépendamment de l’ENSO.
Il convient désormais de préciser les liens entre l’ENSO — El Niño-Oscillation australe — et le vortex polaire, ainsi que ce qu’annoncent les prévisions saisonnières pour l’hiver prochain.
Les téléconnexions : quelques rappels
Lorsque l’on consulte les cartes des répercussions disponibles sur les sites de la NOAA, de l’OMM, de l’IRI de l’université Columbia et d’autres organismes scientifiques, on constate qu’aucune d’entre elles ne signale de conséquences en Europe. Cela ne signifie pas pour autant que notre continent ne sera pas concerné. En effet, dans le système climatique terrestre, tout est interconnecté.
Comme nous l’avons déjà expliqué dans plusieurs articles, l’influence d’El Niño sur l’Europe est indirecte et s’exerce par l’intermédiaire des téléconnexions. Concrètement, El Niño agit indirectement en modifiant la circulation générale de l’atmosphère.
La modification de la trajectoire des perturbations vers l’Europe, associée au fait que les températures mondiales ont tendance à augmenter durant les phases positives de l’ENSO, peut par exemple entraîner des hivers plus doux et plus secs dans certaines régions européennes ou, au contraire, des conditions plus instables, selon la phase et l’intensité du phénomène.
L’influence sur le vortex polaire
Divers sites, ainsi que des journaux et des médias, affirment qu’El Niño pourrait provoquer une rupture du vortex polaire, entraînant alors d’importantes descentes d’air froid en Europe, y compris en Italie. Une mise au point s’impose avant toute chose.
Plusieurs articles scientifiques consacrés à ce sujet figurent dans la bibliographie. En 2023, Palmeiro et d’autres chercheurs ont notamment analysé l’influence de l’ENSO sur les réchauffements stratosphériques soudains (SSW).
À l’aide des données ERA5 et d’autres modèles, les chercheurs ont étudié la manière dont l’ENSO peut modifier la fréquence et la saisonnalité des SSW, ainsi que les conditions qui précèdent leur apparition. Selon cette étude, El Niño n’augmente pas le nombre de réchauffements stratosphériques hivernaux, mais tend à les concentrer entre janvier et février, ce qui affaiblit le vortex polaire.
Le véritable déclencheur de ces événements reste toutefois une anomalie dans les ondulations du courant-jet au-dessus de l’Eurasie, qui agit sur des échelles de temps beaucoup plus courtes que l’influence de l’ENSO.
En pratique, il n’existe pas de véritable relation de cause à effet par téléconnexion, mais seulement certains signaux laissant penser que l’ENSO « prépare le terrain » en rendant le vortex polaire plus ou moins vulnérable. Il n’est cependant pas la cause directe d’un événement en particulier.
Ce que prévoit le CEPMMT
Selon certaines sources, le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) aurait établi des prévisions alarmantes pour l’hiver prochain. El Niño provoquerait un effondrement du vortex polaire, ainsi que des tempêtes et des blocages anticycloniques sur la Scandinavie, avec des masses d’air glacial arctique et sibérien prêtes à déferler sur l’Europe. Nous n’avons toutefois retrouvé aucune source correspondant à ces prévisions.

On trouve toutefois sur le site du CEPMMT une information intéressante concernant l’analyse de l’hiver 2015-2016, survenu après une phase positive de l’ENSO. L’article explique les téléconnexions et souligne combien il est difficile de les reproduire dans les modèles, en particulier pour l’Europe. La tendance historique indiquerait que lors des hivers marqués par El Niño, le nord de l’Europe tend à connaître des températures plus froides, surtout entre janvier et février.
Le CEPMMT souligne cependant que de nombreux autres facteurs influencent le climat européen, notamment l’étendue de la banquise, les conditions océaniques dans l’Atlantique et l’enneigement des sols. En outre, l’influence du Pacifique équatorial sur l’Europe dépend d’une série de mécanismes intermédiaires, dont certains restent encore mal compris et difficiles à modéliser.
Ce qu’indiquent les cartes saisonnières
En mai dernier, nous avions annoncé un été probablement très chaud, indépendamment d’El Niño. Les cartes saisonnières indiquent aujourd’hui une tendance similaire : les températures hivernales, aussi bien sur l’ensemble de la saison que pour chacun des mois, devraient probablement être supérieures aux normales. La seule région où le signal reste neutre est précisément le nord de l’Europe. La Méditerranée, l’Italie, l’Espagne ainsi que l’Europe centrale et occidentale présentent en revanche une nette anomalie positive.
Concernant les précipitations, les cartes font apparaître la possibilité de pluies supérieures aux normales dans le nord de l’Italie en janvier et février, mais inférieures aux normales dans le sud du pays. Cela laisse présager de fréquents passages de perturbations atlantiques. En revanche, il est impossible de déterminer si, au cours d’un hiver probablement doux et pluvieux, certaines incursions froides pourraient provoquer de soudaines et importantes chutes de neige à basse altitude, voire en plaine.
Référence de l'article
Palmeiro, F. M., García-Serrano, J., Ruggieri, P., Batté, L., & Gualdi, S.. (2023). On the influence of ENSO on sudden stratospheric warmings. Journal of Geophysical Research: Atmospheres, 128, e2022JD037607..
ECMWF. The 2015/2016 El Niño and beyond.