Cet expert météo analyse les effets d’El Niño en Europe : « Nous ne devons pas nous inquiéter outre mesure. »
Les dernières prévisions du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) confirment l’apparition d’un phénomène classé comme un « super El Niño ». Ses répercussions suscitent des inquiétudes, non seulement dans les régions tropicales du Pacifique, mais aussi en Europe. Comment pourrait-il nous affecter ? Devons-nous constituer des réserves alimentaires ? Faisons le point.

L’épisode El Niño actuel est au centre de l’attention des météorologues, des scientifiques et même des médias, comme jamais auparavant lors des grands épisodes de la phase positive de l’ENSO. Les dernières prévisions du CEPMMT montrent désormais une tendance claire, avec une faible dispersion, qui place le phénomène de 2026 à des niveaux historiques.
Les pays d’Amérique latine en ressentent déjà les effets. Par exemple, dans les régions occidentales du Costa Rica, la saison des pluies connaît des précipitations inhabituellement faibles, accompagnées de températures très élevées. Des incendies ravagent l’Indonésie et pas moins de trois ouragans sont actuellement actifs dans le Pacifique oriental.
L’intérêt est également très vif en Europe, où les informations se multiplient, parfois sur un ton alarmiste. Il convient donc de clarifier la situation et de rappeler ce qu’est réellement El Niño.
Qu’est-ce réellement que le phénomène El Niño ?
El Niño est la phase chaude du cycle appelé ENSO (El Niño–Oscillation australe), une variation périodique de certains paramètres météorologiques et océanographiques qui se produit entre l’océan et l’atmosphère dans le Pacifique équatorial. L’augmentation de la température de la mer n’est que l’une des caractéristiques d’El Niño. En réalité, les alizés, la convection tropicale, la circulation de Walker et la pression atmosphérique se modifient également.
Ce n’est pas un hasard si deux principaux indicateurs objectifs permettent de caractériser El Niño : l’anomalie de la température de la mer dans certaines zones du Pacifique — mesurée par l’indice océanique Niño (ONI) — et l’indice d’oscillation australe (SOI).
️ El Niño is firmly established and will intensify into a very strong event in the coming months. WMO forecasts show ~100% likelihood that it will persist through February 2027.
— Global Goals (@GlobalGoalsUN) September 12, 2026
A very strong El Niño same impacts everywhere.
WMO El Nino Update: https://t.co/cXDIhJGKwq pic.twitter.com/D1OrV3LjVm
L’indice SOI (Southern Oscillation Index, ou indice d’oscillation australe) repose sur la différence de pression atmosphérique au niveau de la mer entre l’est du Pacifique tropical (Tahiti) et la zone située entre l’ouest du Pacifique et l’océan Indien (Darwin).
Chaque phénomène El Niño est différent par son intensité, la localisation de la zone de réchauffement maximal et sa durée. Ses effets peuvent également se manifester différemment d’un épisode à l’autre. La phase opposée, caractérisée par un refroidissement, est appelée La Niña et entraîne elle aussi des conséquences.
El Niño va-t-il vraiment atteindre l’Europe ?
Techniquement, El Niño « n’arrive » pas en Europe, ni même dans les pays les plus exposés et les plus proches de la zone tropicale du Pacifique.
Plus précisément, la phase El Niño a débuté et pourrait atteindre son intensité maximale en novembre ou en décembre, avec des anomalies de température à la surface de la mer (SST) pouvant atteindre +3 à +4 °C.
La phase positive de l’ENSO devrait néanmoins se prolonger jusqu’en février, voire jusqu’en mars. Pendant toute cette période, elle produira des effets et des conséquences supplémentaires, manifestes et immédiats dans les régions tropicales, tout en poussant les températures moyennes mondiales vers de nouveaux records, à des niveaux encore jamais observés.
Les téléconnexions : NAO, AO et vortex polaire
L’influence d’El Niño sur les pays méditerranéens comme l’Italie ou l’Espagne n’est pas directe et reste, dans tous les cas, encore mal comprise. Plus largement en Europe, cette influence est indirecte et s’exerce par l’intermédiaire de téléconnexions agissant sur d’autres indices, comme la NAO (oscillation nord-atlantique) ou l’AO (oscillation arctique).
El Niño peut modifier indirectement la circulation atmosphérique euro-atlantique et les précipitations dans le bassin méditerranéen, en particulier entre l’automne et la fin de l’hiver. Toutefois, ce signal est faible et non linéaire, et il dépend fortement de la variabilité atmosphérique. El Niño ne détermine donc pas, à lui seul, les conditions météorologiques d’une saison.

Selon certaines études, El Niño peut interagir, en hiver, avec le vortex polaire stratosphérique. Les preuves restent toutefois insuffisantes pour envisager de grandes vagues de froid, voire des chutes de neige à basse altitude. La situation peut évoluer au cours de l’hiver : un début de saison plus doux, humide et marqué par un flux zonal pourrait être suivi d’une fin d’hiver davantage exposée à des configurations méridiennes froides.
Faut-il se préparer et s’inquiéter de ce qui pourrait se passer en Europe ?
Certains médias affirment qu’au Royaume-Uni, le gouvernement aurait recommandé de constituer des réserves alimentaires et de prévoir des kits d’urgence face aux risques liés à El Niño, à la suite des alertes émises par le Met Office. En réalité, le Met Office n’a publié aucune prévision catastrophiste. Dans un récent communiqué, il indique :
Comme nous l’avons déjà évoqué, un kit d’urgence est recommandé et utile pour de nombreuses raisons, et il convient de toujours en avoir un à portée de main. Il ne faut donc pas s’inquiéter outre mesure face à certaines prévisions alarmistes concernant les conséquences d’El Niño en Europe.
Est-ce la faute du changement climatique ?
El Niño existait déjà avant le changement climatique d’origine humaine. Toutefois, il se superpose désormais à celui-ci, accentuant le réchauffement mondial durant les phases positives de l’ENSO. Sur une planète plus chaude, les phénomènes deviennent plus extrêmes, comme nous avons déjà pu le constater au cours des derniers mois, pendant la phase neutre, voire durant un léger épisode La Niña.
L’ONU a annoncé ces derniers jours qu’il était désormais inévitable de dépasser le seuil de réchauffement de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Voilà ce qui devrait nous préoccuper, avec ou sans El Niño, et nous inciter à agir rapidement.