"Cela pourrait être violent" : un Atlantique à 22 °C près de la France pourrait alimenter de fortes tempêtes automnales

La température de l'eau de l'océan Atlantique dépasse encore par endroits les 22°C près des côtes françaises. Les experts s'inquiètent d'une possible aggravation de l'intensité des futures tempêtes automnales : comment expliquer ce phénomène ?

Nos côtes sont en surchauffe : en Méditerranée, les températures de l'eau sont actuellement plus de 4°C au-dessus des normales de saison. On peut parler de vague de chaleur marine, tout comme près de l'Atlantique, où sur le littoral français, les températures de l'océan dépassent les 22°C, plus de 3°C au-dessus des normales de saison. Pourquoi cela annonce-t-il un automne à risque ?

L'évaporation, carburant des tempêtes

Nous vous avons déjà expliqué dans un précédent article pourquoi une Méditerranée surchauffée pouvait booster les orages et les épisodes méditerranéens. Mais pourquoi un Atlantique trop chaud peut intensifier les tempêtes automnales ? D'abord parce que l'eau chaude agit comme le carburant thermique direct des systèmes dépressionnaires.

La température de l'eau de l'océan Atlantique dépasse par endroits les 22°C près des côtes françaises, une valeur remarquable pour un début d'automne.
La température de l'eau de l'océan Atlantique dépasse par endroits les 22°C près des côtes françaises, une valeur remarquable pour un début d'automne.

Les océans absorbent plus de 90% de l'excès de chaleur de l'atmosphère, et lorsque l'Atlantique est en surchauffe, cela modifie radicalement les transferts d'énergie entre la mer et l'air, à travers plusieurs mécanismes. Le premier, c'est l'évaporation massive, véritable carburant des tempêtes. Plus l'eau de surface de l'Atlantique est chaude, plus l'évaporation est intense.

Cette évaporation massive propulse d'immenses quantités d'humidité (la vapeur d'eau) dans l'atmosphère. C'est la physique qui le dit : chaque degré Celsius supplémentaire dans l'air lui permet de contenir environ 7% d'humidité en plus, et dans un contexte de réchauffement climatique marqué, toute cette vapeur d'eau se condense en se refroidissant en altitude et forme des nuages fortement chargés en précipitations.

Ce processus de condensation libère une quantité très importante de chaleur latente, une chaleur libérée qui réchauffe le cœur des tempêtes (les systèmes dépressionnaires) et agit comme un véritable moteur thermique.

Un risque d'intensification rapide

Cet air chaud et chargé en humidité est plus léger que l'air froid : en s'élevant rapidement, il crée un vide à la surface de l'océan, provoquant une chute brutale de la pression atmosphérique. Pour combler ce vide, les vents de surface s'engouffrent alors vers le centre de la dépression la plus proche à une vitesse de plus en plus élevée. Plus l'eau est chaude, plus la pression baisse, et plus les vents tourbillonnent avec violence.

Une tempête circule actuellement à l'Ouest de l'Irlande. La France est épargnée, mais jusqu'à quand ? L'Atlantique surchauffé risque de booster les prochaines dépressions en approche.
Une tempête circule actuellement à l'Ouest de l'Irlande. La France est épargnée, mais jusqu'à quand ? L'Atlantique surchauffé risque de booster les prochaines dépressions en approche.

Ainsi, pour les tempêtes automnales et hivernales en Europe, un Atlantique trop chaud augmente le contraste thermique avec l'air froid descendant de l'Arctique : c'est ce conflit de masses d'air, amplifié par l'humidité océanique, qui peut donner naissance à des dépressions explosives très dynamiques, on parle parfois de "bombe météorologique".

Cela pourrait être violent, selon les experts, avec des rafales de vent potentiellement remarquables et des cumuls de pluie très importants. Le Pas-de-Calais a déjà connu pareille situation pendant l'hiver 2023-2024, avec des pluies diluviennes se déversant quasiment chaque jour, par récurrence. Quant aux violentes tempêtes, nous avons connu récemment Goretti, en janvier dernier : la prochaine tempête sera-t-elle plus forte encore ?