Fin du riz ? Après 9000 ans de culture, il a atteint sa limite thermique en seulement 200 ans ! Quelles conséquences ?

Une étude mêlant archéologie et modèles climatiques montre qu’après 9 000 ans de culture, le riz asiatique a atteint son pic thermique historique ces 200 dernières années : le réchauffement climatique compromet durablement son avenir.

Le riz asiatique a atteint son pic thermique historique au cours des 200 dernières années.
Le riz asiatique a atteint son pic thermique historique au cours des 200 dernières années.

Pour près de la moitié de l’humanité, le riz est bien plus qu’un simple aliment : il constitue la base de l’alimentation quotidienne. La moitié des êtres humains tire 20 % de ses calories de cette céréale et plus d’un milliard de personnes dépendent de sa culture pour leur subsistance. Un nombre immense de personnes repose ainsi sur une seule plante.

La bonne nouvelle, c’est que le riz bénéficie de siècles d’adaptations. La mauvaise, c’est que ces adaptations ont une limite et nous sommes en train de l’atteindre.

Une étude publiée dans la revue Communications Earth & Environment a croisé 9 000 ans de données archéologiques avec des observations agricoles modernes et des projections climatiques. Conclusion préoccupante : le riz asiatique n’a jamais prospéré là où la température moyenne annuelle dépasse 28 °C ni là où les pics de la saison chaude excèdent 33 °C. Des seuils restés stables tout au long de son histoire mais désormais menacés.

Le thermomètre que le riz ne peut pas franchir

Une équipe de chercheurs de l’Université de Floride a retracé l’expansion du riz à travers 803 sites archéologiques en Asie. Verdict : en près de neuf millénaires, l’humanité a réussi à cultiver le riz dans des climats plus froids — notamment lors du refroidissement brutal survenu il y a environ 4 200 ans, qui a favorisé l’émergence de variétés résistantes permettant son extension jusqu’à la Corée et au Japon — mais il n’a jamais su s’adapter à une chaleur extrême.

Même si l’amélioration génétique peut atténuer la situation, certaines zones — notamment en Asie du Sud-Est — ne permettront plus la culture du riz, pourtant essentielle dans ces régions aux ressources limitées
Même si l’amélioration génétique peut atténuer la situation, certaines zones — notamment en Asie du Sud-Est — ne permettront plus la culture du riz, pourtant essentielle dans ces régions aux ressources limitées

Comme l’explique le chercheur principal Nicolas Gauthier, à des températures extrêmement élevées, « on atteint un point où la plante cesse physiquement de fonctionner ». Contrairement au froid, que l’on peut contourner en ajustant les rythmes de croissance, la chaleur excessive paralyse tout simplement le mécanisme biologique de la plante.

Et la vague de chaleur à venir est d’une tout autre ampleur. L’étude alerte que, dans les 50 prochaines années, le réchauffement climatique progressera 5 000 fois plus vite que n’importe quelle variation de température à laquelle le riz a dû s’adapter au cours de toute son histoire évolutive.

D’ici 2070, presque toute la zone méridionale de culture — de l’Inde à la Malaisie — affichera une température moyenne annuelle supérieure à 28 °C. Les projections estiment que les surfaces dépassant ces seuils pourraient être multipliées par dix à trente dans les principaux pays producteurs asiatiques d’ici la fin du siècle.

Un problème inégalement réparti

L’Inde, aujourd’hui premier producteur mondial de riz avec près de 150 millions de tonnes par an, fait face à un risque réel. Mais paradoxalement, ceux qui dépendent le plus du riz pour leur subsistance seront aussi ceux qui auront le moins accès aux nouvelles variétés génétiquement adaptées que la science pourrait développer. Les régions les plus touchées au sud — Indonésie, Malaisie et Bangladesh — ne sont pas celles qui dominent l’innovation agricole mondiale.

La science propose quelques pistes : amélioration génétique, adaptation des calendriers de semis et déplacement des cultures vers des latitudes plus élevées.

Mais Nicolas Gauthier est catégorique : même si une famine de grande ampleur peut être évitée, la transition sera brutale et inégalitaire. La culture du riz pourrait disparaître de l’Asie du Sud-Est pour se déplacer ailleurs, sans pour autant résoudre le problème de ceux qui ne peuvent plus le cultiver.

Le riz est aujourd’hui la principale source d’énergie pour plus de 3,5 milliards de personnes.
Le riz est aujourd’hui la principale source d’énergie pour plus de 3,5 milliards de personnes.

Le riz a survécu aux ères glaciaires, aux sécheresses et à l’effondrement de grandes civilisations. Cette fois, c’est la vitesse du changement qui pose problème. Les dérèglements climatiques fonctionnent en cascade : ce qui affecte une culture aujourd’hui peut perturber des chaînes d’approvisionnement entières demain, faire grimper les prix et déstabiliser des populations dont on ne parle jamais dans les journaux.

Chaque dixième de degré non évité aujourd’hui est une dette que quelqu’un paiera demain, probablement avec une assiette vide.

Référence de l'article :

Gauthier, N., Alam, O., Purugganan, M.D. et al. Projected warming will exceed the long-term thermal limits of rice cultivation. Commun Earth Environ 7, 84 (2026).