Antilles : pourquoi les sargasses continuent d'envahir les côtes de Martinique et de Guadeloupe ?

Les sargasses, ou algues brunes, prolifèrent toujours plus sur les côtes des îles caribéennes sans que rien ne semble pouvoir enrayer leur progression. Les écosystèmes souffrent, tout comme la population, exaspérée. Une nouvelle étude confirme les dégâts causés sur la biodiversité.

Des tonnes de sargasses s'échouent chaque années sur les côtes antillaises, mettant en danger la santé des habitants et des écosystèmes.
Des tonnes de sargasses s'échouent chaque années sur les côtes antillaises, mettant en danger la santé des habitants et des écosystèmes.

Fléau pour les îles des Caraïbes, les sargasses occasionnent de multiples problèmes, tout d'abord pour la santé de ceux qui inhalent les émanations de sulfure d’hydrogène, d’ammoniac et d’autres gaz toxiques dégagées par ces étendues d’algues brunes. Elles peuvent notamment provoquer des irritations des yeux et des voies respiratoires.

Leur impact est également lourd pour les écosystèmes naturels, pour la faune et la flore, notamment la mangrove et les herbiers marins, qui étouffent face à l'algue envahissante. « Globalement, les bactéries qui décomposent les sargasses lorsqu’elles arrivent sur les rivages consomment tout l’oxygène, rendant l’espace inhabitable pour la faune et la flore », explique au Monde l'équipe de biologistes marins de l’université des Antilles.

2025, année record d'échouages de sargasses

Ces algues brunes, qui se développent à la surface de l’eau, passe l’intégralité de leur cycle de vie en pleine mer. Elles s’agglomèrent en de vastes radeaux pouvant atteindre plus de 1 000 m² pour plusieurs mètres d’épaisseur. C'est lorsqu’elles échouent encore humides sur les plages qu'elles dégagent une forte odeur d’œuf pourri et deviennent nocives alors que la décomposition débute.

En juin 2025, le ramassage de ces algues étaient déjà trois fois plus conséquent qu'à la même période en 2024. « En trois mois, on a déjà collecté en mer l’équivalent de 4 500 tonnes de sargasses. L’année dernière, sur la même période, nous n’étions qu’à 1 500 tonnes. On ne s’y attendait pas du tout », expliquait alors le directeur du Groupement d’intérêt public (GIP) Sargasses en Martinique, Frederick Voyer, à Reporterre.

Conséquences du réchauffement climatique

La prolifération des algues brunes s’est largement accentuée depuis 2011 en raison d’une évolution des courants marins, du dérèglement climatique et de la hausse des températures marines. En 2025, l'accentuation de la présence de sargasses aurait été causée par un phénomène météorologique appelé oscillation nord atlantique, un transfert des masses d’air du nord au sud.

Les courants marins océaniques, perturbés par un phénomène météorologique, auraient contribués à un afflux de sargasses sur les côtes antillaises.
Les courants marins océaniques, perturbés par un phénomène météorologique, auraient contribués à un afflux de sargasses sur les côtes antillaises.

Cela aurait affecté les courants marins océaniques et ainsi contribué à la dispersion des sargasses plus au sud, loin de leur bassin d’origine, dans la mer des Sargasses, au large du golfe du Mexique. Les algues ont aussi profité de l'eau plus chaude des Antilles, davantage chargée en nutriments et en engrais agricoles.

Comment faire face au phénomène ?

Les moyens de lutte mis en place continuent d'évoluer. Un nouvel engin, le Sargator 3, a été mis en mer l'été dernier et permet de récolter jusqu’à 80 tonnes d’algues brunes par heure, soit huit fois plus que le Sargator 2 utilisé jusqu’à présent. Mais les habitants en demande davantage, alors que le budget alloué au fléau est jugé insuffisant par les organisations locales.

Références de l'article :

Le Monde, Aux Antilles, la prolifération des sargasses étouffe les mangroves et les herbiers marins, « rendant l’espace inhabitable »

Reporterre, Les Antilles dépassées par l’invasion de sargasses