Pêche industrielle : des centaines de milliers de saumons capturés par accident en Alaska

La pêche du colin d'Alaska, poisson largement utilisé par les restaurants fast-food, coûte cher aux autres espèces et surtout au saumon dont les populations s'effondrent.

Derrière les bâtonnets de poisson se cache une pêche industrielle qui fait débat en Alaska.
Derrière les bâtonnets de poisson se cache une pêche industrielle qui fait débat en Alaska.

Raies, saumons, crabes, alors que les filets des navires de pêche géants remontent sur le pont, le constat est à chaque fois le même. De nombreuses espèces, souvent déjà en déclin, se retrouvent prises au piège dans les eaux de l'Alaska.

Le poisson des bâtonnets, au cœur d’une controverse en Alaska

Nous connaissons tous le colin d'Alaska, notamment sous forme de bâtonnets de poisson pané, dans certains sandwich de fast-food ou sous le nom de surimi. Il est pêché en grande quantité par la technique du chalutage, où d'immenses filets sont tractés dans l’eau pour capturer les poissons.

Mais problème : les prises ne sont pas sélectives et les filets remontent aussi des espèces qui ne sont pas ciblées, dont des saumons déjà largement menacés. « C'est une technique de pêche sauvage donc vous attrapez des espèces qui n'étaient pas visées », explique le capitaine d'un des bateaux. « C'est le prix à payer pour pouvoir manger du poisson », ajoute-il.

Le colin d’Alaska, un poisson pêché en très grandes quantités et utilisé notamment dans les bâtonnets de poisson.
Le colin d’Alaska, un poisson pêché en très grandes quantités et utilisé notamment dans les bâtonnets de poisson.

Selon l'agence de presse américaine AP, sur les dix dernières années, les chalutiers du détroit de Béring ont capturé en moyenne environ 18 000 saumons royaux et 288 000 autres saumons par an, principalement des saumons kéta.

Des saumons en déclin, des communautés privées de pêche

En Alaska, la gronde monte, notamment dans les communautés autochtones et chez les pêcheurs locaux, face aux dégâts écologiques causés par la pêche industrielle qui vient s'ajouter aux changements des conditions océaniques et au réchauffement de l’eau.

Dans l’ouest de l’Alaska, plusieurs populations de saumons ont fortement diminué. Le long du fleuve Yukon, une interdiction de pêche au saumon quinnat (royal) a d'ailleurs été instaurée en 2024 et pour sept ans afin de donner une chance à l'espèce de se renouveler.

Peut-on limiter l’impact de la pêche industrielle ?

Des règles encadrent déjà les prises accessoires, mais leur efficacité et leur application restent au cœur du débat. Les pêcheurs tentent d'éviter les zones où les saumons vivent en nombre et certains dispositifs permettent à certains poissons de s’échapper des filets, mais leur efficacité est loin d'être totale.

Pour les communautés autochtones, le saumon est bien plus qu’une ressource commerciale : il joue un rôle essentiel dans l’alimentation, les traditions et la vie culturelle.
Pour les communautés autochtones, le saumon est bien plus qu’une ressource commerciale : il joue un rôle essentiel dans l’alimentation, les traditions et la vie culturelle.

Les contestataires considèrent que les prises collatérales peuvent être plus facilement contrôlées que d'autres causes de déclin, et que même les petites pertes comptent quand il s'agit d'espèces très menacées.

« Chaque poisson est essentiel pour les communautés qui vivent le long de la rivière Yukon » précise Andrew Seitz, professeur sur l'industrie de la pêche à l'Université d'Alaska Fairbanks.

Le dilemme persiste donc, entre maintenir la pêche industrielle et approvisionner la planète en poisson, et préserver les écosystèmes et les moyens de subsistance des communautés locales.

Référence de l'article

Annika Hammerschlag. (09/10/2026). The fish behind America’s fish sticks is fueling a fight over trawling in Alaska.