Les voitures hybrides rechargeables rejettent bien plus de CO2 qu'annoncé par les constructeurs

Les hybrides rechargeables émettent bien plus de CO₂ que ne le laissent entendre les chiffres officiels. Une récente étude de l'International Council on Clean Transportation (ICCT) révèle un écart qui atteint jusqu’à 4,6 fois les émissions annoncées.

Les niveaux d'émissions de CO2 des véhicules hybrides rechargeables sont bien plus élevés qu'annoncé par les constructeurs !
Les niveaux d'émissions de CO2 des véhicules hybrides rechargeables sont bien plus élevés qu'annoncé par les constructeurs !

Présentés comme une solution permettant de réduire les émissions de CO₂ du parc automobile, les véhicules hybrides rechargeables sont pourtant loin d'être aussi propres qu'initialement annoncé par les constructeurs. Une nouvelle étude publiée le 3 septembre dernier montre en effet un écart important entre les émissions mesurées lors de leur homologation et celles réellement observées sur les routes.

Des émissions bien plus importantes en conditions réelles

L'étude menée par l'International Council on Clean Transportation (ICCT) s'appuie sur les données de près de 920 000 voitures hybrides rechargeables immatriculées en Europe entre 2021 et 2023. Celle-ci met en évidence un écart important entre les émissions annoncées par les constructeurs et celles réellement produites par ces véhicules.

Pour les modèles étudiés immatriculés en 2021, les émissions de CO₂ étaient ainsi en moyenne 3,5 fois supérieures aux valeurs officielles communiquées par les constructeurs. Cet écart s'est toutefois encore accentué au cours des années suivantes, atteignant jusqu'à 4,6 fois les émissions annoncées pour les modèles immatriculés en 2023.

Cette différence s'explique notamment par la manière dont ces véhicules sont utilisés au quotidien. Les méthodes d'homologation partent du principe qu'une voiture équipée d'une batterie plus importante sera davantage utilisée en mode électrique. Or, les données recueillies par l'ICCT directement sur les véhicules ne confirment pas cette hypothèse.

Une batterie haute capacité ne signifie donc pas forcément que la voiture roulera davantage à l'électricité. En pratique, les conducteurs ne rechargent pas systématiquement leur véhicule, ce qui entraîne une utilisation plus fréquente du moteur thermique et donc des émissions de CO₂ plus importantes. Celui-ci est également davantage sollicité lors des trajets plus longs, lorsque l'autonomie électrique du véhicule est dépassée.

Un écart qui pose question en Europe

Cette situation peut également avoir des conséquences au-delà des seules émissions de CO₂. Les chiffres officiels sont notamment utilisés pour évaluer les performances environnementales des véhicules, mais aussi dans certains dispositifs fiscaux et réglementaires. Un écart aussi important peut donc donner une image trop favorable des hybrides rechargeables.

L'ICCT estime ainsi que ces différences peuvent induire les consommateurs en erreur concernant les coûts énergétiques réels de leur véhicule. Les automobilistes peuvent en effet s'attendre à une consommation de carburant plus faible que celle réellement constatée, alors que le moteur thermique est en réalité utilisé bien plus fréquemment que ne le laissent penser les données d'homologation.

Face à ce constat, l'organisation appelle l'Union européenne à revoir sa méthode de calcul des émissions. Une première évolution est déjà entrée en vigueur en 2025 et une nouvelle modification est prévue en 2027. Celle-ci doit notamment revoir le «facteur d'utilisation», qui détermine la part des trajets supposés être effectués en électrique, afin de rapprocher les valeurs officielles des conditions réelles de conduite.

L'ICCT estime toutefois que ces ajustements devront à l'avenir davantage s'appuyer sur les données enregistrées directement par les véhicules. Cela permettrait notamment de mieux prendre en compte la manière dont les automobilistes utilisent et rechargent réellement leurs voitures hybrides rechargeables.

Ces résultats interviennent alors que la place des voitures hybrides rechargeables dans la transition automobile européenne fait toujours débat. L'Union européenne prévoit actuellement de renforcer fortement les restrictions sur les émissions des voitures neuves à partir de 2035, mais la Commission européenne a proposé fin 2025 d'assouplir cet objectif afin de laisser davantage de place à différentes technologies.

Cette évolution est notamment soutenue par plusieurs constructeurs, en particulier en Allemagne, qui souhaitent conserver une place pour les motorisations hybrides au-delà de 2035. Dans ce contexte, l'écart important entre les émissions officielles des hybrides rechargeables et celles réellement observées pourrait toutefois alimenter les débats sur la place de cette technologie dans la transition automobile européenne.

Référence de l'article

Elodie Falco. (2026). Les voitures hybrides rechargeables polluent jusqu’à 4,6 fois de plus que prévu.
International Council on Clean Transportation. (2026). Plug in hybrids’ gap between real-world emissions and official values widens despite longer electric ranges.