En quelque mois, la France passe de sols exceptionnellement humides à une sécheresse historique

Les sols français n’ont jamais été aussi secs pour un mois de septembre. Après une humidité record quelques mois plus tôt, ce basculement interroge l’avenir des forêts, des cultures et de la ressource en eau.

Vue aérienne des rives du lac d'Annecy à un niveau d'eau bas dû à la sécheresse en France. (c) Adobe Stock
Vue aérienne des rives du lac d'Annecy à un niveau d'eau bas dû à la sécheresse en France. (c) Adobe Stock

Il n’aura fallu qu’environ six mois pour passer d’un extrême à l’autre. Après avoir connu une humidité exceptionnelle, les sols de France métropolitaine atteignent désormais un niveau de sécheresse inédit pour un mois de septembre. Le contraste est d’autant plus saisissant que cette période de l’année devrait normalement marquer le début de leur réhumidification.

D'un excès d'eau à des sols très secs

Le basculement s’est accéléré avec un mois de septembre particulièrement sec. Depuis le début du mois, les précipitations significatives se comptent presque sur les doigts d’une main : une seule journée, le 8 septembre, a dépassé 1 mm de pluie à l’échelle nationale.

Les cumuls provisoires atteignent seulement 10 mm, localement 20 mm, le long de la Manche, et 5 à 10 mm dans le tiers sud, contre 60 à 70 mm habituellement en septembre dans ces secteurs, et jusqu’à 90 à 100 mm sur les reliefs.

Dans certaines villes, l’attente se prolonge depuis la fin août : les dernières pluies significatives remontent au 29 août à Paris-Montsouris et Romorantin. Le déficit se traduit directement dans les sols.

Au 20 septembre, 84 % du territoire était concerné par une sécheresse décennale pour un mois de septembre, c’est-à-dire une situation qui se produit en moyenne une fois tous les dix ans. Quelques jours plus tard, l’indicateur national d’humidité des sols atteignait un niveau record pour cette période de l’année.

Le phénomène dépasse même, localement, les records saisonniers. Du sud-ouest au nord-est, certains territoires n’avaient jamais connu des sols aussi secs à cette période. En Languedoc-Roussillon, Dordogne, Corrèze et Bas-Rhin, les niveaux observés n’avaient même jamais été atteints quelle que soit la saison.

Les sols changent...les forêts et les cultures aussi

Concrètement, que se passe-t-il lorsque des conditions exceptionnelles commencent à se répéter ? Pour les forêts, par exemple, certaines essences sont adaptées à des conditions climatiques précises ; la répétition de périodes chaudes et sèches peut donc mettre leurs capacités d’adaptation à l’épreuve.

L’agriculture est confrontée à la même problématique : quelles cultures pourront encore produire suffisamment, et avec quels rendements, si les conditions actuelles deviennent plus fréquentes ? Si les précipitations diminuent pendant la période de croissance, les rendements peuvent reculer, avec à la clé des tensions possibles sur les volumes disponibles et le prix des aliments.

Le changement climatique ne signifie cependant pas que la France recevra nécessairement moins de pluie en toute saison. Le scénario décrit est plus contrasté : les sécheresses estivales pourraient s’aggraver tandis que les précipitations hivernales pourraient augmenter.

Une nouvelle équation pour gérer l'eau ?

Au 10 septembre, 93 départements étaient soumis à des restrictions d’usage de l’eau, dont 74 au niveau de crise, le degré le plus élevé.

Cette évolution oblige à regarder la ressource en eau autrement. Et la tendance climatique donne une idée de l’enjeu à plus long terme. Avec la hausse des températures, l’évaporation augmente et les sols perdent davantage d’eau.

Dans une France à +4 °C, Météo-France estime que les sols connaîtraient en moyenne 39 jours supplémentaires de sécheresse, avec jusqu’à huit mois de sols secs par an sur le littoral méditerranéen.

Les sécheresses deviendraient fréquentes en été et en automne, certains épisodes pourraient durer plusieurs années, et une sécheresse comparable à celle de 2022 deviendrait fréquente en été.

Référence de l'article

Météo-France. (2026). Une sécheresse des sols historique.