COP28 : les Parties arriveraient-elles à un consensus sur la sortie des énergies fossiles ?

Une COP28 réussie signifierait l'adoption d'un texte final où la mention d'une sortie des énergies fossiles y figure clairement. Le combat est loin d'être gagné.

La négociation sur la sortie des fossiles reste difficile mais possibles.
La négociation sur la sortie des fossiles est certes difficile mais est encore possible.

Avec des émissions mondiales de CO2 atteignant un record de 38,2 GtCO2 en 2022, soit une augmentation de 7,2% depuis l'Accord de Paris, il est indéniable que les énergies fossiles continuent de peser lourdement sur le mix énergétique mondial.

Les chiffres sont clairs.

Le constat est sans appel : 88% des émissions mondiales proviennent de la combustion d'énergies fossiles. Une croissance continue de la consommation mondiale d'énergie fossile depuis 2015 (4% de pétrole, 8% de gaz, 16,5% de charbon) souligne la nécessité d'actions immédiates pour inverser cette tendance.

Le rapport montre que l'écart d'émission ressemble à un canyon jonché de promesses non tenues, de vies brisées et de records battus. Tout cela est un échec de leadership, une trahison des personnes vulnérables et une énorme occasion manquée. Les dirigeants doivent considérablement améliorer leur jeu maintenant. Antònio Guterres

Si rien n'est entrepris, les projections de l'ONU laissent présager un réchauffement climatique entre 2,5°C et 2,9°C d'ici la fin du siècle, mettant en évidence l'urgence d'une transition énergétique mondiale.

Bonne volonté de la présidence de la COP28

La COP28 est présidée par le Sultan Ahmed al-Jaber, CEO de l'Abu Dhabi National Oil Company. La dualité de son rôle en tant que président de la COP et de chef d'une compagnie pétrolière nationale soulève des interrogations quant à la véritable volonté politique de s'attaquer aux énergies fossiles. Malgré cela, dans son discours d'ouverture, le président de la COP28 affirme la nécessité d'inclure le rôle des combustibles fossiles dans les négociations, reconnaissant qu'aucun sujet ne doit être laissé de côté.

Nous devons faire en sorte d'inclure le rôle des combustibles fossiles. Je sais qu'il existe des opinions fortes sur l'idée de mentionner les énergies fossiles et renouvelables dans le texte négocié, mais nous avons la possibilité de faire quelque chose qui n'a jamais été vu. En réalité, nous n'avons pas le choix. Sultan Ahmed al-Jaber.

Certains pays comme les Etats-Unis, la Norvège, la Chine et quelques pays africains n'ont même pas fixé de date limite pour les projets de combustibles fossiles sur leur territoire. La question clé demeure : le Sultan peut-il réussir là où d'autres ont échoué, étant également à la tête d'une compagnie pétrolière nationale ?

Ce que nous dit la science VS ce que veulent les dirigeants.

Les appels urgents de la science se heurtent souvent aux intérêts politiques et économiques des dirigeants. Les recommandations drastiques de l'Agence Internationale de l'Energie (IEA), appelant à renoncer immédiatement à tout nouveau projet fossile, sont contrecarrées par des réalités politiques complexes.

Le dernier rapport du GIEC, quant à lui, insiste sur la nécessité d'éliminer progressivement les combustibles fossiles, responsables des deux tiers des émissions de CO2 depuis 1850. Cependant, jusqu'à présent, les délibérations à la COP28 semblent marquées par une réticence à prendre des mesures radicales.

Le nucléaire et le renouvelable comme solution ?

Le débat sur le rôle du nucléaire dans la transition énergétique est entré en scène. Une déclaration commune d'une vingtaine de pays appelle à tripler l'énergie nucléaire d'ici 2050. En effet, Emmanuel Macron affirme qu'aucune stratégie crédible, ni nationalement, ni mondialement ne permet de sortir du charbon et des fossiles en reposant uniquement sur le renouvelable, car le renouvelable, en plus du fait que c'est intermittent, fait peser des risques importants sur le réseau.


Les dirigeants de ces 20 pays s'accordent à dire qu'il est impossible d'atteindre la neutralité carbone sans le nucléaire. Ce dernier permet d'émettre nettement moins de CO2 et de produire beaucoup d'électricité certes, malgré le fait que ce n'est pas sans risque.

Du côté du renouvelable, les hôtes émiratis ont réussi à catalyser des engagements non contraignants de plus de 110 pays pour tripler les capacités d'énergies renouvelables d'ici 2030.

Sortie difficile des énergies fossiles

Même si certains pays dont les Etats-Unis et la Chine ont pris des engagements volontaires pour réduire significativement l'utilisation du charbon dans leur mix énergétique, les principaux bombes climatiques se concentrent sur leurs territoires : 141 en Chine, 28 aux USA.

Les énergies fossiles demeurent par conséquent un sujet tabou lors des COP, d'autant plus que le principe de captation de CO2 est utilisé pour justifier la continuation de l'utilisation des combustibles fossiles.

En effet, la subtilité réside dans la réduction des énergies fossiles non adossées à des systèmes de captage de CO2 (CCS), ce qui signifie que l'on s'attaque uniquement aux émissions, mais non à la source. Aussi, le président polonais met en garde sur les défis liés à une transition "trop rapide" hors des énergies fossiles pour la société.

En bref, malgré les discours et les engagements, la sortie des énergies fossiles demeure un défi colossal. Les négociations durant la COP28 seront déterminantes pour voir si les dirigeants mondiaux peuvent surmonter les divergences et parvenir à un accord significatif pour relever le défi climatique. La question fondamentale persiste : la cause est-elle vraiment perdue tant que les énergies fossiles ne sont pas réellement remises en question ?

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