Confirmé : le glacier Perito Moreno entre dans une phase de recul accéléré après des décennies de stabilité apparente

Pendant des décennies, il a été considéré comme le glacier « stable » de Patagonie. Cependant, de nouvelles recherches scientifiques montrent que le Perito Moreno a entamé un processus de recul. Il ne disparaîtra pas demain mais il a désormais quitté l’équilibre qui l’avait maintenu presque intact.

Le glacier Perito Moreno, à proximité d’El Calafate – Santa Cruz – a laissé derrière lui sa stabilité et montre des signes de perte de stabilité et de recul.
Le glacier Perito Moreno, à proximité d’El Calafate – Santa Cruz – a laissé derrière lui sa stabilité et montre des signes de perte de stabilité et de recul.

Pendant des années, le glacier Perito Moreno a été une exception en Patagonie. Alors que la majorité des glaciers de la région reculaient en raison du réchauffement climatique, ce géant de glace semblait se maintenir en équilibre. Son front avançait et reculait légèrement mais sans tendance claire à la perte, ce qui en a fait un symbole de résistance face au changement climatique.

À long terme, ce processus pourrait même modifier l’un des phénomènes les plus célèbres du parc : les ruptures du glacier qui bloquent puis libèrent le bras Rico du lac Argentino. Si le front s’éloigne définitivement de la péninsule, ces événements pourraient devenir de plus en plus rares jusqu’à disparaître.

Cependant, de nouvelles recherches combinant des mesures réalisées par radar aéroporté, la bathymétrie du lac à l’aide d’un sonar et des observations satellitaires révèlent que cet équilibre s’est rompu. Comme l’explique BBC Mundo, les scientifiques ont reconstruit la géométrie du glacier et modélisé son évolution future, concluant que le système est entré dans une phase de recul durable.

Images du glacier Perito Moreno prises à environ deux mois d’intervalle. Bien qu’il perde de la glace sur l’ensemble de son front, on observe que la perte la plus importante se produit sur son front nord, dans le canal de los Témpanos, où la profondeur est plus importante. Images : Facundo Albertengo, PNLG – GLACIARIUM
Images du glacier Perito Moreno prises à environ deux mois d’intervalle. Bien qu’il perde de la glace sur l’ensemble de son front, on observe que la perte la plus importante se produit sur son front nord, dans le canal de los Témpanos, où la profondeur est plus importante. Images : Facundo Albertengo, PNLG – GLACIARIUM

La raison principale est physique : le glacier perd son appui sur le substrat rocheux et progresse vers des zones où le lac est plus profond. Cela favorise le fait que certaines parties du front commencent à flotter et se détachent plus facilement. Selon Euronews, ce processus accélère le détachement de blocs de glace, appelé « calving », et entraîne un amincissement progressif du glacier.

D’exception climatique à symbole du réchauffement

Pendant des décennies, le Perito Moreno a été cité comme un cas atypique dans les Andes patagoniques. Alors qu’environ 90 % des glaciers de la région reculaient, celui-ci maintenait une position relativement stable. Il a même été utilisé par certains milieux négationnistes comme exemple pour remettre en cause l’impact du réchauffement climatique.

Mais ce récit a commencé à changer vers 2017-2018. Les séries d’observations ont commencé à montrer une perte de masse et un amincissement généralisé de la glace. Comme le souligne El País, ces dernières années le glacier a perdu près de deux kilomètres sur certaines de ses marges, un changement significatif pour un système qui semblait immobile depuis des décennies.

L’écoulement de la glace, plus rapide près du bord du glacier en raison de la réduction de la friction au niveau du substrat, provoque l’étirement de la glace et l’ouverture de crevasses. Lorsque les contraintes deviennent élevées, les crevasses se propagent à travers le glacier et entraînent le détachement de blocs. Image : AntarcticGlaciers.org
L’écoulement de la glace, plus rapide près du bord du glacier en raison de la réduction de la friction au niveau du substrat, provoque l’étirement de la glace et l’ouverture de crevasses. Lorsque les contraintes deviennent élevées, les crevasses se propagent à travers le glacier et entraînent le détachement de blocs. Image : AntarcticGlaciers.org

Les mesures récentes indiquent également que le front du glacier perd plusieurs mètres de hauteur par an. Des chercheurs argentins et des équipes internationales avertissent que l’augmentation de la température régionale favorise la fonte en surface et l’infiltration de l’eau jusqu’à la base du glacier. Cette eau agit comme un lubrifiant entre la glace et la roche, accélérant l’écoulement et facilitant le recul.

En termes simples, le Perito Moreno a cessé d’être l’exception qui confirmait la règle. Aujourd’hui, il est en train de devenir un nouvel exemple de la manière dont même les glaciers considérés comme les plus robustes réagissent à une planète qui se réchauffe.

Un changement visible pour les scientifiques et les touristes

Le recul du glacier est déjà perceptible même pour ceux qui visitent les célèbres passerelles du parc national Los Glaciares. Les comparaisons entre des photographies récentes et des archives des années précédentes montrent que le front de glace se trouve de plus en plus éloigné de points fixes du paysage.

Sur l’image, on voit que l’eau du bras Rico/Sur est plus trouble que celle du canal de los Témpanos et qu’elles ne se mélangent pas facilement. Image : Glaciarium
Sur l’image, on voit que l’eau du bras Rico/Sur est plus trouble que celle du canal de los Témpanos et qu’elles ne se mélangent pas facilement. Image : Glaciarium

Selon des publications diffusées par le musée Glaciarium et le parc national lui-même, les images prises en 2025 montrent un front plus bas, fragmenté et plus éloigné de la péninsule. Comme le rapporte le média régional Tiempo Sur, guides touristiques et scientifiques s’accordent à dire que le recul observé en quelques années est inédit pour ce glacier.

Paradoxalement, cette phase d’amincissement peut générer des spectacles plus fréquents pour les visiteurs. Le détachement de blocs et les fracas de la glace tombant dans l’eau pourraient devenir plus courants. Mais, comme l’avertissent les glaciologues, ces événements ne sont pas un signe de stabilité mais le symptôme d’une perte de masse accélérée.

Référence de l'article :

Masahiro Minowa, Pedro Skvarca, Koji Fujita, Nozomu Naito, Shin Sugiyama, Triggering mechanisms of dynamic mass loss at a freshwater-calving glacier in southern Patagonia, Earth and Planetary Science Letters, Volume 681, 2026, 119930, ISSN 0012-821X, https://doi.org/10.1016/j.epsl.2026.119930