Cette ville immense a fermé ses refuges contre la chaleur en pleine vague de chaleur. Comment expliquer ce paradoxe ?

Entre le 3 et le 6 juillet, la vague de chaleur a poussé des milliers de Lisboètes à chercher refuge dans les espaces verts, mais plusieurs parcs étaient fermés. Découvrez ce qui s'est passé.

Chaleur extrême, parcs fermés : pourquoi Lisbonne a-t-elle fermé certains de ses refuges climatiques ? Photo d'illustration : Unsplash
Chaleur extrême, parcs fermés : pourquoi Lisbonne a-t-elle fermé certains de ses refuges climatiques ? Photo d'illustration : Unsplash

À première vue, cela peut sembler paradoxal : Lisbonne suffoque sous la chaleur, les thermomètres flirtent avec les 40 °C, la municipalité recommande de se rendre dans les refuges climatiques et, dans le même temps, ferme certains des espaces verts où il serait pourtant le plus naturel de chercher un peu d'ombre.

« Samedi matin, un enfant suppliait sans relâche sa mère de le laisser entrer dans le parc de Quinta das Conchas, comme si elle avait la clé du portail », raconte le média LPP. « Les grilles de ce parc, situé au cœur du quartier de Lumiar à Lisbonne, ont été fermées vendredi par la municipalité. Elles le resteront jusqu'à la fin de la journée du 6 juillet. »

« Outre la Quinta das Conchas, douze autres parcs urbains de Lisbonne ont été fermés, parmi lesquels Monsanto, le parc Silva Porto, la Tapada das Necessidades et le Vale do Silêncio. Bien qu'ils figurent sur la liste des refuges climatiques de la ville et que Lisbonne soit en pleine vague de chaleur, il est interdit d'y circuler ou d'y séjourner. »

Un débat très vif

Ces derniers jours, le débat a été vif et une question s'est imposée parmi les Portugais : pourquoi la municipalité de Lisbonne a-t-elle fermé plusieurs parcs de la ville précisément au moment où ils étaient le plus nécessaires ?

La réponse courte est simple : une partie de ces parcs, bien qu'ils servent de lieux de fraîcheur et de détente, est juridiquement classée comme espace forestier. Or, lorsque le gouvernement décrète un état d'alerte en raison d'une chaleur extrême et d'un risque accru d'incendies de forêt, des mesures exceptionnelles entrent en vigueur, limitant l'accès, la circulation et la présence du public dans ces espaces.

Plusieurs espaces forestiers sont désormais de nouveau accessibles au public. Photo : Ville de Lisbonne
Plusieurs espaces forestiers sont désormais de nouveau accessibles au public. Photo : Ville de Lisbonne

C'est précisément ce qui s'est produit à Lisbonne entre le 3 et le 6 juillet. Durant cette période, la municipalité a fermé 13 parcs et espaces verts classés comme zones forestières, dont plusieurs font également partie du réseau municipal des refuges climatiques.

La décision a concerné plusieurs sites emblématiques de la ville, notamment le parc forestier de Monsanto, la Quinta das Conchas e dos Lilases, la Tapada das Necessidades, le parc Bela Vista, le parc Vale do Silêncio et le parc Silva Porto.

Cette mesure a été prise à la suite de l'état d'alerte décrété par le gouvernement pour l'ensemble du Portugal continental, dans le contexte de la vague de chaleur et de l'aggravation du risque d'incendies de forêt.

Pourquoi ces parcs ont-ils été fermés ?

La logique de cette décision n'était pas de « fermer les parcs parce qu'il fait chaud », mais d'appliquer les restrictions prévues pour les zones forestières lors des journées où le risque d'incendie est élevé. En pratique, ces espaces ont été soumis à des règles similaires à celles en vigueur dans les forêts situées hors des villes, en raison de la présence de bois, d'une végétation dense, d'arbres ou de végétation particulièrement inflammable.

Dans certains cas, comme celui du parc de Monsanto, cette décision est facile à comprendre. Dans d'autres, elle fait davantage débat.

C'est là que la question dépasse le simple cadre technique pour devenir aussi un enjeu urbain. Nombre des parcs concernés ne correspondent pas, dans l'esprit de leurs usagers, à l'image traditionnelle d'une forêt. Ce sont des espaces de vie quotidienne, avec des chemins piétonniers, des pelouses, des bancs, des plans d'eau, une ombre généreuse et des familles venues chercher un peu de fraîcheur lors des journées les plus difficiles.

La Quinta das Conchas est devenue l'exemple le plus emblématique de cette contradiction. Bien qu'une partie du site soit boisée, une grande partie du parc fonctionne comme un jardin urbain et constitue un axe de passage important pour les habitants du quartier de Lumiar. Lors des épisodes de forte chaleur, il s'agit également de l'un des espaces les plus fréquentés du nord de Lisbonne.

Le paradoxe des refuges climatiques

Cette fermeture a ainsi relancé un débat qui n'est pas nouveau : est-il pertinent de considérer certains parcs dans leur totalité comme une seule et même zone forestière, sans distinguer les secteurs les plus exposés au risque d'incendie des espaces plus urbains et plus sûrs ?

La Quinta das Conchas est devenue l'exemple le plus emblématique de cette contradiction. Photo : Wikimedia / Vitor Oliveira
La Quinta das Conchas est devenue l'exemple le plus emblématique de cette contradiction. Photo : Wikimedia / Vitor Oliveira

Ces derniers jours, la mairie d'arrondissement (Junta de Freguesia) de Lumiar a de nouveau demandé une réévaluation de la classification de la Quinta das Conchas. Elle estime que l'allée centrale du parc – une vaste zone ombragée, très fréquentée par les habitants – ne devrait pas être soumise au même régime que les secteurs boisés.

« Ce n'est pas la première fois que la mairie d'arrondissement de Lumiar soulève cette question auprès de la municipalité de Lisbonne », souligne le site LPP. « Dès août 2025, elle avait déjà alerté sur le fait que la classification de l'ensemble de la Quinta das Conchas comme zone forestière ne reflétait pas la diversité des espaces qui la composent. Elle avait proposé une segmentation technique afin d'exclure l'allée centrale du parc du régime applicable aux zones forestières. »

La position de la mairie d'arrondissement est claire : la prévention des incendies est indispensable, mais elle ne devrait pas empêcher la population d'utiliser en toute sécurité les parties du parc qui servent de refuge lors des épisodes de chaleur extrême.

« La mairie d'arrondissement de Lumiar dit comprendre et soutenir la nécessité de mesures strictes pour prévenir le risque d'incendie, reconnaissant que la fermeture a été décidée conformément à la classification actuellement en vigueur. Elle estime toutefois que cette classification, jugée "obsolète et inadaptée à la réalité physique et écologique du site", doit être révisée.

Au fond, le problème réside dans le conflit entre deux impératifs tout aussi légitimes. D'un côté, il est nécessaire de réduire le risque d'incendie lors des journées les plus critiques. De l'autre, il faut protéger la population contre la chaleur, en particulier les personnes âgées, les enfants, les personnes atteintes de maladies chroniques et celles qui vivent dans des logements peu adaptés aux fortes températures. Lorsqu'un même lieu constitue à la fois une zone potentiellement exposée aux incendies et un refuge climatique, les politiques publiques se retrouvent confrontées à un véritable dilemme.

Cette contradiction est apparue avec une acuité particulière à Lisbonne, où la ville a renforcé ces dernières années sa communication autour des refuges climatiques. Ce réseau comprend non seulement des parcs et des jardins, mais aussi des bibliothèques, des musées, des équipements culturels et d'autres lieux où il est possible de trouver des températures plus supportables. Le problème est que certains des espaces verts les plus attractifs de ce dispositif coïncident avec des zones soumises aux restrictions appliquées en période d'alerte.

Le résultat a été simple et, pour de nombreux Lisboètes, particulièrement frustrant : en pleine vague de chaleur, ils se sont retrouvés face à des grilles fermées dans des lieux qui, sur le papier, étaient précisément censés leur permettre d'échapper aux fortes températures.

Et maintenant, qu'est-ce qui change ?

La bonne nouvelle, c'est que cette situation n'était que temporaire. Avec la levée de l'état d'alerte à Lisbonne, la municipalité a rouvert les parcs forestiers de la ville le 7 juillet. À la date de publication de cet article, ces espaces sont donc de nouveau accessibles au public.

Cet épisode soulève toutefois une question essentielle : Lisbonne est-elle réellement prête à concilier la lutte contre le risque d'incendie avec la nécessité, de plus en plus pressante, d'offrir des refuges à la population lors des vagues de chaleur ? Tout porte à croire que ce type de situation pourrait se reproduire.

Les vagues de chaleur deviennent en effet plus fréquentes, plus intenses et plus longues. Les villes devront donc apprendre à faire face simultanément à plusieurs risques.

Il ne suffit pas de disposer d'un réseau de refuges climatiques : encore faut-il garantir que ces refuges restent accessibles précisément au moment où la population en a le plus besoin.

Référence de l'article

LPP. (2026). Porque é que a CML encerrou alguns Refúgios Climáticos em plena onda de calor?.
Time Out, Barbedo, R. (2026). Câmara ordena fecho de 13 espaços verdes em Lisboa, de Monsanto à Quinta das Conchas.
Diário de Notícias, Henriques, S. (2026). Lisboa reabre parques florestais com o fim de situação de alerta.