Australie : ces papillons de nuit que les radars météo confondent avec la pluie !

Prévisions météo du jour : une pluie de papillons ! En Australie, des nuées du célèbre papillon de nuit Bogong, espèce menacée, trompent les radars météo. L'insecte aux capacités extraordinaires continue de fasciner les scientifiques.

Papillon sans prétention, le Bogong est pourtant doté de capacités extraordinaires pour se repérer dans l'espace.
Papillon sans prétention, le Bogong est pourtant doté de capacités extraordinaires pour se repérer dans l'espace.

À regarder les radars météo de l'est de l'Australie, on pourrait penser qu'une précipitation est en approche. Or ce n'est pas le cas ! Il s'agit d'une nuée de papillons de nuit Bogong (Agrotis infusa) en pleine migration. Le phénomène étonne et intrigue les scientifiques.

Des champions de la migration qui brouillent les radars météo

Chaque année, le papillon Bogong migre vers les Alpes australiennes et pour cela, traverse l’est de l’Australie, notamment la Nouvelle-Galles du Sud et les environs de Sydney. Du haut de ses 5 centimètres, il peut parcourir 1000 kilomètres à l’aller, comme au retour !

Mais comment s'est-il retrouvé sur les radars météorologiques ? Ces derniers émettent des ondes radio qui se réfléchissent sur les gouttes d’eau, mais aussi sur les corps et les ailes des insectes lorsqu’ils sont présents en très grand nombre.

Ce phénomène avait déjà eu lieu lors des Jeux olympiques de Sydney en 2000, lorsque des essaims attirés par les éclairages avaient été confondus avec un nuage de pluie !

Le Bogong, un papillon migrateur essentiel à la biodiversité

Il est plus qu'un simple papillon de nuit. Le Bogong, insecte ancestral d'Australie, est capable de naviguer dans la bonne direction alors qu'il n'a jamais encore migrer. Comment ? Grace aux étoiles et à sa « boussole céleste », comme l'explique Benoît Prospero dans son émission "Le monde merveilleux du vivant" sur Radio France.

« Quand il navigue dans la bonne direction, certaines de ses cellules s’activent. Pour lui, les constellations ne sont pas de simples points qui scintillent : elles se traduisent en impulsions électriques qui parcourt ses circuits nerveux et allument ses neurones. »

Papillon ancestral, le Bogong est même représenté sur les peintures d'artistes aborigènes d'Australie.
Papillon ancestral, le Bogong est même représenté sur les peintures d'artistes aborigènes d'Australie.

Sa destination ? Les Alpes australiennes. Il y passe les mois les plus chauds à l’abri dans des grottes et des crevasses rocheuses. Il a aussi un rôle crucial pour la biodiversité : il participe à la pollinisation et constitue une ressource alimentaire importante pour le possum pygmée des montagnes, une espèce gravement menacée.

Entre 2017 et 2019, ses populations ont connu un effondrement majeur estimé jusqu’à 99,5 %. Le retour de ces nuées est donc un signe encourageant même si on ne peut pas encore parler de rétablissement durable de l’espèce. Les habitants ont d'ailleurs été invités à ne pas perturber la migration.

Quand les radars météo deviennent des outils pour suivre la faune

Les scientifiques voient dans cette captation des radars météo un réel intérêt, au-delà de la simple curiosité : les données radar pourraient en effet aider à comprendre les itinéraires migratoires des Bogong, difficiles à suivre sur de longues distances.

Si le ciel est voilé et que le Bogong ne peut plus se guider grâce aux étoiles, il utilise les champs magnétiques de la Terre !
Si le ciel est voilé et que le Bogong ne peut plus se guider grâce aux étoiles, il utilise les champs magnétiques de la Terre !

Des chercheurs utilisent déjà les radars pour observer les déplacements des renards volants, de grandes chauves-souris australiennes, et d’autres projets suivent les migrations d’oiseaux. À terme, des outils de ce type pourraient contribuer à observer les déplacements d’animaux et certains événements écologiques.

Références de l'article

Petra Stock. (17/10/2027). The Guardian.
Benoît Prospero. (14/07/2026). Ici, Radio France.