El Niño 2026 : un stress test grandeur nature pour les réseaux électriques renouvelables
Et si le prochain El Niño révélait les fragilités cachées de la transition énergétique ? En bouleversant vents, pluies et températures, le phénomène climatique pourrait mettre les réseaux électriques renouvelables face à leur plus grand test de résilience.

Les réseaux électriques ont été pensés comme des infrastructures relativement prévisibles. Aujourd’hui, avec la montée en puissance des énergies renouvelables, la météo devient l’un des grands chefs d’orchestre du système énergétique mondial. Justement, les signaux envoyés par le Pacifique inquiètent les climatologues.
Climat : acteur direct de l'électricité
Selon la NOAA, le système d’alerte ENSO est désormais placé sous « El Niño Watch », avec une probabilité de 82 % de voir El Niño émerger entre mai et juillet 2026, et 96 % de chances qu’il persiste jusqu’à l’hiver 2026-2027. Sous la surface de l’océan Pacifique équatorial, les températures augmentent déjà depuis six mois consécutifs.
Ce phénomène climatique naturel, lié à un réchauffement anormal des eaux du Pacifique tropical, ne se contente pas de modifier les températures mondiales. Il déplace les régimes de pluie, perturbe les vents et transforme l’ensoleillement à l’échelle planétaire. Et donc, il agit directement sur les trois piliers des énergies renouvelables, l’hydroélectricité, l’éolien et le solaire.
L'hydroélectricité en première ligne
C’est souvent l’énergie renouvelable la plus vulnérable face aux variations climatiques. Sans pluie, les barrages perdent leur capacité à produire. L’exemple du barrage de Kariba, en Afrique australe, reste spectaculaire.
Lors du dernier épisode El Niño de 2023-2024, le niveau du réservoir est tombé à un record historique, provoquant un effondrement de la production électrique en Zambie et au Zimbabwe, deux pays fortement dépendants de cette infrastructure.
En Colombie, où l’électricité repose à plus de 80 % sur l’hydroélectricité, même des épisodes El Niño modérés ont réduit les apports d’eau des réservoirs d’environ 14 %. Le Soudan et la Namibie ont eux aussi subi d’importantes pertes de disponibilité hydroélectrique.
Le solaire et l'éolien ne disparaissent pas...mais se déplacent
Contrairement à une idée reçue, El Niño ne fait pas « tomber en panne » les renouvelables. Il modifie leur géographie. Dans certaines régions touchées par la sécheresse, le ciel plus dégagé peut augmenter le rayonnement solaire et donc améliorer la production photovoltaïque. Mais ailleurs, les changements de mousson ou de circulation atmosphérique réduisent l’ensoleillement.
Même logique pour le vent. Pendant El Niño, certaines zones d’Asie du Sud ou des Caraïbes enregistrent un affaiblissement des vents, ce qui réduit la performance des éoliennes.
Le rapport WMO–IRENA 2024 montre d’ailleurs que ces anomalies climatiques deviennent déjà visibles dans les chiffres énergétiques mondiaux. En Afrique australe, les capacités éoliennes ont progressé de +8 à +16 %, tandis que le solaire gagnait +2 à +6 %. À l’inverse, l’Asie du Sud a subi des déficits simultanés de production éolienne et solaire.
Une demande électrique qui explose avec la chaleur
Toutefois, au moment où certaines productions renouvelables ralentissent, les besoins en électricité augmentent fortement. Les vagues de chaleur poussent des millions de foyers à utiliser davantage la climatisation. En Asie du Sud, les anomalies mensuelles de la demande électrique ont atteint environ +16 % en octobre 2024.
À l’échelle mondiale, le rapport estime que la demande énergétique liée au climat a augmenté de 4 % par rapport à la moyenne 1991-2020. Et cela survient dans un monde où les capacités renouvelables dépassent désormais 4 400 gigawatts.
Anticiper pour éviter les crises
L’un des grands enseignements du rapport WMO–IRENA est la montée en puissance des prévisions climatiques saisonnières. Les modèles du Centre européen ECMWF sont désormais capables d’anticiper plusieurs mois à l’avance certaines anomalies régionales de production solaire ou de demande électrique.
Concrètement, ces prévisions peuvent aider à mieux gérer les barrages, planifier les échanges d’électricité entre pays ou préparer les réseaux aux pics de consommation.
Des recherches menées en Amérique latine montrent même qu’en combinant intelligemment l’hydroélectricité, le solaire et l’éolien selon leurs complémentarités géographiques et saisonnières, il serait possible de réduire la variabilité des renouvelables jusqu’à 65 % et de multiplier par cinq le niveau minimal de production disponible, y compris pendant les sécheresses liées à El Niño.
La transition énergétique ne dépend donc pas uniquement des technologies. Elle dépend aussi de notre capacité à comprendre le climat, à l’anticiper et à construire des systèmes suffisamment souples pour vivre avec ses bouleversements.
Référence de l'article
Organisation météorologique mondiale. (2026, 13 janvier). Climate variability emerges as both risk and opportunity for global energy transition.